‹ [Magasin théâtralChapitre 1188 sur 1545 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

GOGO, iMARIONNETTK , BABET, M"' COCHOIS.

Au lever du rideau, M^e Cochois et ses filles sont assises à droite; elles travaillent à l'aiguille; Babet tient un livre.

M""= COCHOIS. G'est demain le grantl jour, mes filles! Tout Btrlin sera à l'Opéra! Je \eit\ que vos costumes soient les plus frais , les plus gracieux, et qu'en vous voyant danser, chacun dise : (le sont toujours les belles Cochois.

MARIONNETTE. Maman , voilà un toujours. ..

M""" COCHOIS. On n'a pas éiernellemeni quinze ans, Marionnette.

GOGO. Non, car moi ([ui suis la plus jeune, j'ai mieux que cela, j'ai...

r,AT5ET. l'as de chiirres, Gogo, je t'en prie, pas de chiffres ! ce sont des assassins à boni portant.

GOGO. Pourquoi donc, ma sœur? on n'a d'âge que celui (pi'nn paraît avoir; je ne cache pas le mien : j'ai dix-neuf ans en famille, et j'en ai tout bonnement seize pour le public et mes adorateurs.

MARIONNETTE. D'ailleurs, toi, Babet, qui as étudié la pliilosophie du bon sens i\ l'école (lu mar(|uis d'Argens , tu devrais prendti; bravement ton parti à l'égard de tes vingt- (piatre printemps.

GOGO. A propos , le marquis , nous ne le voyons plus.

M""' COCHOIS. IMesdemoiselles, ne réveille/, |)as le chat cpii dort ! Babet a mis le marcpiis il la porte; il avait eu la hardiesse de lui baiser la main trop cavalièrement. Elle a trèsbien fait.

r.ARET. Le pauvre manpiisi II est bien iiiallieareux... il en est malade... Salimbeni m'a dit qu'il gardait lo lit.

M"" COCHOIS. On ne meurt pas du mal d'amour, mesdemoiselles. ..• on n'en meuil pas. Oiiant au marrpiis.. .

r.Ai'.ET. Mais, maman, pourquoi donc êtesvous si sévère pour lui , cpiarid vous èles si indulgenic pom- le comte Ivan dt; Gzernichew el le baron de Svvêerts, (pii, lotis deux; font une cour assidue à mes sdùirs Marionnette et .■ Gogo ?

M"" COCHOIS. Tarcc (pie ic marquis d'Argens est marié, (picl«'s deux autres sont gar-

çons , et qu'alors ils peuvent épouser vos deux sœurs... {Geste négatif de Gogo.) on ne sait pas... c'est un terne à la loterie... on peut le gagner; mais ces gens mariés, ne m'en parlez pas ! ce sont tous des numéros perdants.

GOGO. Moi , épouser le vieux baron ! jamais!... jamais!... jamais!... Je l'aime, parce qu'il est mon directeur, que j'ai toujours aimé, que j'aimerai toujours mes directeurs... c'est comme un amour de dévote... pas le plus petit mot à dire... c'est même très-édifiant.

MARIONNETTE. Moi , j'aime le jeune et beau comte Ivan , parce qu'il est Busi-e et frère d'ambassadeur; qu'il .me fait des cadeaux magnifiques, et qu'il ne me demande jamais rien pour cela. .. autrement, il eût été bien vite éconduit. ..

M" " COCHOIS. Mis à la porte , comme le marquis.

MARIONNETTE. Je me crois donc à l'abri de toute médisance, en permettant au comte de venir me faire sa cour sur ce pied-là. Je le mène, comme je veux ; je le ferais marcher sur la têle, si cela me convenait; je lui rirais au nez, je le bâtirais, pourvu que cela ne me fit |)as mal aux doigts , il serait le plus heureux des mortels.

M'"* COCHOIS. Voilà des gens comme il faut! {A Bahet.) Mais votre marquis !... RACET. Enfin, s'il voulait m'épouser?...

M"" COCHOIS. T'épouser !... il est marié. RAiîET. S'il parvenait à faire rompre son mariage!...

M"" COCHOIS. Ilum! hum! griniaces de singe (pie tout cela!... Et, d'ailleurs, s'il pouvait laite annultr son premier mariage, il en pourrait autant |)our le. second... Babel ! Babel! mélie-toi de ce maraudeur-là... Il n'y a lieu (le bon à attendre de lui... c'est un iiion^lre I

RAiiET. Quel est son crime?

M'"" COCHOIS. Son ci'ime!...* Mais c'est une infamie! l/aolre jour, la mère du roi lui deiuaiidait (à votre marcpiis), d'où il venait; n'a-t-il pas eu l'impudence de répondre (pi'il venait de faire sa cour à la reine-mère. (i'éiait moi (pic par dérision l'imperlinent (pialiliail dv: reine -mère. !,a icine , coimne (le raison, ne comprenait pas. Tu jeune freliujuet de seigneur est pres((ue toiid)é à la

■ On so lève.

LA FAMILLE COCHOIS

renverse , à force de rire , en criant à luclête , comme un veau : « C'est la mère Co- » chois. .. oh! la reine-mèrcl c'est char- » niant! » La reine, tout vieux collet-monié qu'elle est, a eu la chose de rire comme une jeunesse du faubourg; toute la cour a fait chorus, alors le sobriquet m'en est resté.

MARIONNETTE. Eli bien, maman, il n'est déjà pas si désagréable: Reine-mère!

GOGO, riant aux éclats. lîeinc-mèref...

que c'est amusant!...

M""' cocHOJS. Comment! insolente, tu te perriieis de rire de ta mère !

GOGO, les deux bras croisés sur la poitrine et un genou à demi plié. Pardon , majesté ! la princesse Gogo implore sa grâce • à vos genoux sacrés*.

M""^ COCHOJS, la regardant. EWe est folle, je crois, celte petite... Allons, je te pardonne, mais n'y reviens pas... D'ailleurs, vous devez voir que tous ces propos ne font plaisir ni à moi, {avec aigreur) ni à voire sœur liabet.

MARIONNETTE , avecironie. Quel malheur !

GOGO, de même. Oh ! madame la marquise!...

RARET, Si je le devenais, vous seriez désolées, n'est-ce pas?... Eh bien, oui, mesdemoiselles, j'ai envie de me marier, ne serait-ce que pour ne plus voir ni entendre mille choses qui me déplaisent et m'affligent.

MARIONNETTE Ct GOGO. Oh ! oh !...

M'"* COCHOIS. Assez! je vous l'ordonne!

.Voici votre ftère.

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