‹ [Magasin théâtralChapitre 1241 sur 1545 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

.lANE GREY, GUILFORT, ASCHEM.

JANE

V'ous troublez mes leçons, mylord; oui, laissez-

[nous.

GUILFORT.

récouterai toujours les vôtres à genoui

JANE

Moi , je n'en donne pas, j'en reçois.

GUILFORT.

.le vous laisse.

JANE

Vous êtes là toujours?

GUILFORT.

Quoi ! mon bonheur vous blejse!

f.iiilfort. ♦

GUILl-ORT.

Vous aimez trop Platon; j'aurai mon tour; l-a srience un moment fuira devant l'amour.

jam:.

Peut-être.

ASCHEM.

La science explique la nature, ilest un creuset sacré d'où l'àme sort plus pure. Sans elle l'air mortel des superstitions Vient jusqu'en leur berceau tuer les nations Par elle tout renaît, tout vit. tout se féconde, l.a pensée est un Dieu nous recréant le monde!

GUII.FORT

le ne repousse pas de si nobles présents! Non.maître.et quand je voiscetange de seize ans, i.et ange tout d'amour, de grâce et d'harmonie. Agrandir dans son vol la sphère du génie, •l'ai besoin d'applaudir, j'ai besoin d'admirer; I.a pensée est un dieu que je veux adorer

JANE

Kl si je ne veux pas qu'ion m'applaudisse?

r.LII.FOKT.

Ingrate !

JANE

K estez.

.Nous traduisons ..

JANE

Quoi?

ASCHEM.

La mort deSocrate; .Montrant la page.

La.

JANE

.l'ai chassé trois fois Guilford, toujours en vain!

ASCHEM.

Lorsque tu le traduis Platon est plus divin. Lis.

JANE. ( Elle lit.) « Vous pleurez, amis, vous pleurez, quand moti

[âme, » Semblable au pur encens que la prêtres>e en-

[flamme, " AfTrancliie a jamais du vil poids de son corp.*, " Va s'envoler aux dieux dans de plus saints trans

[ ports. »

ASCHEM.

Quel accent!

JANE

Il est vrai; jamais cette prière .Ne lit monter des pleurs aux bords de liia paupière Comme à présent.

r.LILFOKI.

Pourquoi?

JANK.

.le l'ignore, liuilford ; D aujourd'hui seulement je comprends celte mort! !»' ne sai.t quel instinct vers sa s|»lendeur m'attire, le sens nailre en mon sein les forces du martyre D'aujourd hui .seulemeiii j'aperçois la clarté Que jette ce trépas sur notre éternité, ""d'.iiscz...

F.IIp lui donne le livrp.

AsciiKM. :// lit.j a De la mort qui peut sonder l'abîme ? » Les dieux ont misleurdoigtsursa lèvre sublime. » Mais cet heureux trépas du faible redouté, » N'est qu'un enfantement a l'immortalité. » La vie est le combat, la mort est la victoire! » Et la terre est pour nous l'autel expiatoire » Où l'homme, de ses sens sur le seuil dépouillé, •> Doit jeter dans les feux son vêtement souillé(*).»

JANE

Le plus grand des secrets de la toute-puissance. Seigneur, est à nos yeux la mort de l'innocence!

GUILFORT.

.Mailre, vous l'attristez, des pleurs mouillent se«

yeux.

JANE

L'âme triste un moment, rêve plus près des cieux.

ASCHEM.

L'antiquité n'a point un trépas plus célèbre.

GUILFOHT.

Votre leçon devient une oraison funèbre!

Oh ! dites-nous plutôt vos vers pleins d'abandon

Sur cette belle fleur qui portait votre nom.

JANE

Sur cette fleur brisée un matin par l'orage T Klle portait mon nom... Si c'était un présage?

ASCHEM.

Ma lille:. .

JANE

Pardonnez.

GUILFORT.

Présage de malheur I Oh ! non. non; ses débris sont là, là, sur mon cœur.

JANE

Pauvre fleur ! tes belles compagnes.

fes compagnes, fleurs comme loi.

Du miel de leurs parfums enivrent nos campagnes. Et pour prendre les tiens, fleur, tu n'as plus que

' moi !

Console-toi, fleur bien aimée,

Qui de mon nom étais nommée !

Seule, comme une reine, enire toutes mes fleurs; Sous ton beau diadème aux changeantes couleurs.

Sous ton vêtement de rosée, A ton premier réveil lorage t'a brisée; Console-toi pourtant, lu revis sous mes pleurs '

La fleur est morte; oh! peine amère!

Mais pour pleurer sa, tnort elle n'a pas de mère. Eclo>e de la terre et d'un rayon du jour, Elle n'a pas d'époux pour la pleurer d'amour!

0 p.iuvre fleur, fleur désolée,

Aux regards du printemps voilée.

Oh! console-toi de ton sort;

El pour échapper a l'orage.

Repose près de mon image.

Sur le cœur aimé de Guilforl.

.\>;cliem prend l'élégie et la place dans le livri* de la Mort de Sorralc. Il met le livre sur lo piédestal d'uni' statiir.

Cl M lie Lamartine, Pokme DR Socbatk. (■■) Cette élégie a été rompo.séc par .lane (iri'v; leaiitfiirs n'ont fait que trailiiire littérali'mf'nt.

JANE GREY

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