SCÈNE II
Lf.s mêmes. .NORTHUMBERLA.ND.
\0RTI1UMBEIIL*ND.
Quelque sublime étude encor, je le parie
JANE
Mylord duc, parlez-nous de la reine Marie.
NORTHUMBERLAND
Quoi! vous quittez pour moi Démosthene et Pla-
[lon?
JANE
l'aitelle son entrée à Londres?... Que dit-on?
NORTIllJMBERLAND.
On dit qi.e sur son front le bandeau royal pè^e.
GUIIFORT.
Aulourd'erepourtantlout fléchit, tout s'apaise.
ASCIIEM.
Klle est d'Ediiuard six le seul vrai successeur.
JANE
L'héritante du frère appartient a la sœur.
NORTHUMBERLAND
On craint que cette sœur, pour Rome trop con-
[stante, Ne porte un coup mortel à la foi protestante ; Kt la mule du pape, à l'ombre de la croix, A quelquefois bien bas plié le front des rois! Du vieux christianisme acceptant l'héritage, Kn deux temples rivaux l'Europe se partage : L'un, le plus vaste encor, veut faire, .lunom du ciel. Peser sur l'avenir son redoutable autel , - Et peuplant ses parvis d'adorateurs serviles, Pétrifier la foi dans des cœurs immobiles; L'autre ose interroger la Bible, et ne croit pas Que l'humaine raison ne puisse faire un pas ; Il soustrait la pensée aux entraves de Rome, D'un regard d'examen il aime l'œil de l'homme; El celui-là, qui doit triompher tôt ou tard. Craint et le Vaticdn et !a sœur d'Edouard !*
Que je plains une reine! A peine sur le trône. Des craintes, des complots le réseau l'environne. Queje prendsen pitié, moi, dans ma chaste ardeur, Ce naufrage pompeux qu'on appelle grondeur, Ce diadème d'or, qui, tout empn int dï flammes, Se pose sur nos fronts pour consumer nos âmes! Hélas! si dans leurs cœurs les rois osaient prévoir Le compte qu'ils auront à rendre du pouvoir, Quand Dieu les appelant loin du monde où nous
[sommes , Dira : Qu'avez-vous fait pour le bonheur des hom-
. I mes ?
S'ils prévoyaient combien, même exempts de fu-
[reurs, Peut nous coûter de sang une de leurs çrreurs ! S'ils prévoyaient chargés de punir ou d'absoudre, ('ombienla royauté rapproche de la foudre ! Ils auraient sur leur front la pâleur et l'effroi De Macbeth entendant ces mots : Tu seras roi! Et quitteraient .soudain le sceptre et la couronne.
De peur de voir en eux un présent d Iphictone. Par bonheur, Jane Grey ne doit jamais régner. C'est un fardeau que Dieu voulut bien m'éjtargnerl J'en rends grâce, ô mon maître, à sa bonté suprême.
ASCHEM.
Ma fille, Jane Grey doit régner sur soi même . Doit régner sur son âme immortelle...
JANE, se tournant vers Guilfori.
El sur lui !
N(JRTHt]MBERI.AM>.
Votre hymen, mes enfants, doit se faire aujourd'hui; Oui, mon fils, celte nuit, dans le plus grand mv.*- II doit être ignoré de toute l'Angleterre, [tèrc.
JANE
Quoi ! toujours nous cacher, mylord?
NORTHUMBERLAND
C'est un devoir.
Vos parents, Jane Grey, m'ont remis leur pouvoir ; Vous suivrez mes conseils.
ASCHEM.
De la nouvelle reine N'est-ce pas offenser la grandeur souveraine? Kt doit-elle ignorer. .
NOKTHUMBERLANI»
Oui , maître.
ftUILFORT.
Mais pourquoi ".
NORTHUMBERLANh.
De ces grands intérêts reposez-vous sur moi. Aux guirlandes d'hymen sur cette jeune tête. Au bonheur qui sourit laissez toute leur foie'.. J'aime mes deux enfants, et je veille sur eux.
JANE
Quels sont donc vos projets?
NORTHUMBERLAND
Moi, de vous rendre heureux!