ACTE DEUXIEME
Les jardins du château de Dorset. Même décoration qu'au premier acte.
SCÈINE PREMIÈRE.
JANE GREY , GUILFORT.
JANE
Mon Guiifort, qu'il est doux de te nommer ainsi ! Mon Guiifort, voulez-vous pas vous asseoir ici?
GUILFORT.
Si tu le veux.
JANE.'
Venez, voici mon banc de marbre.
Nous faut-il à nous deux plus que l'ombre d'un GUILFORT. [arbre?
A tes pieds.
JANE
Nous faut-il, aux bords deees ruisseaux, A nous deux main tenant pi us qu'à ces deux oiseaux?
GUILFORT.
11 ne faut à Guiifort, dans toute la nature. Que ton regard , ta voix, ta blonde chevelure A couvfir de baisers, sur ce front dont la fleur La plus belle envierait la charmante pâleur.
JANK.
Ecoule, il est un mot tout empreint de délire. Un mot que, hier encor, je n'eus point osé dire ; Ce mot a pour nos cœurs d'ineffables accords; Le ruisseau qui murmure en caress.int ses bords. Les soupirs du ramier, le chant mélancolique De la brise des nuits sur la harpe éolique, La musique d'un rêve éveillant dans les airs Un écho fugitif des célestes concerts.
Les sons des luths divins que le poëte adore, Dei-emot enchanté n'approchent point encore. Veux-tu savoirce mot, Guiifort?... amour! amour! Dieu vint le prononcer pour évoquer le jour, Et sans doute, ce Dieu qui de bonheur m'inonde Avait besoin d'aimer lorsqu'il créa le monde. Moi, je t'aime, Guiifort, oui, oui, du fond du cœur. Quand ion regard, sur moi, vient posersa langueur.
Je sens fuir de mon sein monâme, auxcieux ravie. Celui qui n'aime pas ne sait rien de la vie! Hier, je renfermais tous mes tran.<porls en moi. Un accent me manquait pour te parler de toi!..,
GUILFORT.
Mon amante, ma sœur, mon ange bien aimée!...
JANE
Du nom de ton épouse hier tu m'as nommée, Il n'en est pas pour moi d'autre égal en douceur, Parmi les nomsoud'ange,ou d'amante, ou de sœur Entendez-vous, Guiifort?
GUILFORT.
0 gracieuse femme !
JANE
Faudra-t-ii pasbiemôt que vous disiez madame? Madame, à moi , vous-même î ah! c'est affreux
[vraiment.
Votre père est cruel ! .. Vous serez mon amant Tout le jour, et devant ma cousine Marie...
GUILFORT.
Devant toute la terre et pour toute la vie! Oui, j'écoutemoncœur, oui, jeveux qu'en ce jour On devine nos nœuds en voyant notre amour.
JANE
Guiifort, en unissant ses deux enfants, ton père Éiait triste .. et le mien est absent... et ma mère Seule nous a bénis des cieux par un regard , Et du bonheur divin nous a donné sa part!
GUILFORT.
Oui, le ciel à tes vœux ne peut être rebelle; Qu'à l'autel, cette nuit, Jane, vous étiez belle! A l'autel, radieux de fleurs et de clartés, Les anges, pour vous voir, se sont tous arrêtés; Mais nul d'eux ne goûtait, dans ce moment su-
[ prême.
L'extase de bonheur qui m'enivrait moi-nn'nie! J'en jure par ta mère, et mon cœur... non, nul
[d'eux
Ne sentait comme nous le charme d'être deux ; Et peut-être n'osait, dans son cœur solitaire, Contempler les transports d'un enfant de la terre ; Cfir vous étiez à moi, priant à mes côtés, Keportiint sur moi seul vos regards enchantés. Arrêtant sur moi seul , dans vos tendres alarmes. Des yeux où le bonheur faisait monter des larmes. Ah ! si je n'écartais ce tableau retracé, J.'orgueil de votre amour me rendrait insensé.
JANE
Cuilfort !
CtUILFORT.
En ce moment, de notre souveraine 11 te manquait pourtant...
JAJJE.
Quoi?
GUILFORT.
Le bandeau de reine.
JANE
Ne dites pas cela, non.
GUILFORT.
Combien ton époux De te voir admirée aurait été jaloux!
Au lieu de l'entourer et d'ombre et de mystère, J'aurais voulu les yeux de toute l'Angleterre, Et les yeux de Marie...
JANE
Ah! de l'ambition!...
Mais la voici venir pour ta punition.
GUILFORT.
Déjà nous séparer?
Que cette heure est passée Vite!
GUILFORT.
Adieu... mais à toi mon cœur et ma pensée !
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