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SCÈNE IV

Les mêmes, JANE GREY, SIR ASCHEM, Soldats.

LA REINE, à Jane.

Approchez... Osez lever les yeux; Le bandeau que je porte est-il si précieux Qu'on en soit éblouie ? et son éclat suprême Hier, sur votre front, n'était il pas le même ? Ignorait-on combien, vu les hasards du sort, Une heure de grandeur rapproche de la mort. Kl qu'en osant lourhcr une telle couronne On monte à l'échafaudpar les degrés d'un irûnc? Mais nous ne voulons pas devancer un arrêt Que nous n'entendrons pas peut-être sans regret. Jane Grey n^sa pas, au jour de ma défaite , Demander à la fois ma couronne et ma tête; Sa terreur à mes jours vint servir de garant : Avouez, messeigneurs, que ce fut noble etgrand. Soyez impartiaux , réglez sa destinée.

A Jane Grey.

Vous êtes prisoQDiére et non pas condamnée.

JANE GREY

Dans ces graves débats que domine la loi

Je punirnis celui qui penserait à moi.

Oui, qu'on mette son â-^e et sa faute en balance,

Mon courroux n'ira pas plus loin que le silence,

Et rappelant le juge à son intégrité,

Je laisse au jugement toute sa majesté.

SURREY

Que la reine Marie ou pardonne ou condamne, Nous avons à punir l'usurpatrice Jane.

On osa l'invesiir de la pourpre des rois ; Faisons, en la jugeant, disparaître ses droits. Puisqu'il faut un arrêt pour raffermir un trône, Ne laissons pas deux fronts où n'est qu'une cou-

• [ronne.

C'est les lois à la main que nous déchirerons Le trompeur testament, cause de tant d'affronts. Le ciel punit déjà ces grandes impostures, DéjàNorthumberland est mort de ses blessures, Et si Guilfort, son fils, a pu briser ses fers...

TOUS

Guilfort !

JANE

Merci, mou Dieu! les miens me serontchers.

SURREY

Jane Grey, qui trahit son noble caractère, Doit répondre du sang versé dans l'Angleterre.

âschem.

Reine...

LA REINE

Parlez, Aschem, nous vous l'avons permis ; Les droits de l'accusée en «vos mains sont remis. Votre office de maître en cet instant s'achève! Défendez, s'il se peut, Jane Grey votre élève.

ASCHEM.

Ah! d'une telle élève Aschem ne rougit pas!

Quand même à l'érhafaud j'aurais conduit ses pas,

Quand même il me faudrait à l'heure solennelle

L'exhorter à mourir de ma voix paternelle,

A mourir à seize ans! à cet âge si beau

Que le martyre a peine à cacher le tombeau!...

Mais qui désignerait à la sentence inique

Quand tous sont criminels, cette victime unique?

La seule dont le cœur pur, mais obéissant.

Put se chiirgerdu crime et rester innocent!

La seule qui pl,iid;i la cause souveraine

En criant touten pl'urs: Non !je ne suis pas reine!

Condamner Jane Grey quand tout vous le défend.

C'est mettre à trop haut piix la tête d'un enfant.

Aux veux de tous partis c'est se charger d'un crime

A faire chanceler un trône légitime;

C'est révéler au moins qu'il n'est guère puissant

S'il faut le cimenter avec un peu de sang! !

G reine! à votre tour montrez-vous magnanime;

Dieu pour vous éprouver vous livre la victime!...

Qu'il est beau d'imiter par un pardon royal

L'usage qu'elle fit d'un pouvoir illégal !

Elle a sauvé vos jours, madame, et la victoire

N'a pu d'un tel bienfait vous ôter la mémoire;

Par la main des bourreaux vouloir vous acquitter,

Ce serait de vos droits sacrés faire douter;

£t la vengeance humaine abaisse un diadème

Quand le ciel a pris soin de le venger lui-même. Votre pouvoir royal triomphe maintenant; Prouvez qu'il vient de Dieu, madame, en par-

[donnant.

Au règne de "Marie, Edouard fut contraire. Déchirez par un mot le testament d'un frère. Non, tu ne mourras pas, Jane Grey, mon enfant, Ta grâce affermira le parti triomphant.

Ma dernière leçon ne peut être perdue... 0 viens, viens dans mes bras, tu me seras ren- II tombe à""genoux. [due...

JANE

Mon père, levez-vous... Je fus coupable un jour, Laissez-moi, quand mon cœur est fort de tant

[ d'amour, Expier aujourd'hui ma triste obéissance.

Et par le châtiment rentrer dans l'innocence. Le trône de Marie est élevé trop haut Pour s'ébranler aux coups qui dressent l'écba-

[ faud.

Moi, qui pris dans mes mains la grandeur sou

[veraine, Je n'eus pas, comme ceux qui me croyaient la reine, L'excuse des erreurs de mon aveuglement. Vous interprétez mal mon refus d'un moment; Et l'on ne me doit pas préférer de victime, Parce que je jugeais la grandeur de mon crime. Lorsque tous se couvraient d'un prétexte trom-

[peur.

Je savais où j'allais... j'arriverai sans peur! On vous dit que mon âge empêche que j'expire : Si j'étais un enfant ra'eùt-on donné l'empire? Ce subterfuge vain ne peut me secourir. Qui souleva le sceptre a l'âge de mourir! De la faute de tous que je porte la peine. Je demande pardon de mon crime à la reine, Je demande pardon, mylords, .avec des pleurs, A ceux dont ma faiblesse a causé les malheurs. Je consacre humblement, sans haine et sans envie, A la sœur d'Edouard l'hommjge de ma vie. Quoique de faire grâce elle ait tout le pouvoir. Me condamner, sans doute, est pour elle un de-

[ voir.

Le sang de ses sujets coula pour une femme; Je monte à Dieu, peut-être avec du sang sur l'âme. Mais l'être criminel que protège un remord, A son dernier moment est absout par la mort. Cet espoir consolant affermit ma constance. Une heure d'échafaud lient lieu de pénitence. Et dans mon repentir mon pardon est écrit; Et j'en crois en mourant mon âme et Jésus-Christ.

LA REINE, à part.

Que la sentence est lente au gré de ma vengeance!

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