UN DES JUGES
Quand vous brisiez vos fers,
Vos jours plus que les siens semblaient vous Ctra
GUILFORT. [chers!
Mes jours ! mes jours !... ODicu ! quelle effroyable
[trame!
En la laissant mourir, je fuyais... moi, madame! Loin d'un péril sacré j'osais porter mes pas? L'écliafaud se dressait et je n'attendais pas? Je fuyais? .. Vous savez par quel mensonge lâche, Davison éloignait ma tèlc de la hache!
11 me dit: Jane est libre ! Infâme trahison ! En me parlant de Jane, il ouvrit ma prison. Pour la voir une fois, j'acceptai de le suivre. IMaudite soit la main qui pour flétrir, délivre! Ce n'('tait que mes jours que l'on voulait sauver. Mais d'un pareil bienfait j'ai su me préserver. J'ai compris cette grâce à moi seul accordée. Car mieux que ma prison, ma fuite était gardée. Le peuple de sa haine est venu me servir. C'est un des condamnés que l'on veut vous ravir! Ouil me 5uis-jc écrié, c'est Guilfort qu'on entraîne. Le chef des révoltés! l'ennemi de la reine!... Sous le nombre bientôt vos soldats ont fléchi. Et de ma liberté je me suis afTranchi ! Vous voyez que vos dons flattent peu mon envie; Après le trône offert, je refuse la vie Et repousse à jamais un appui suborneur Qui cherche à m'enseigner comme on perd son
[honneur!
LA REINE
De l'insulte, Guilford, qui vient de mètre faite, Je vais me disculper en acceptant ta tète. D'un meilleur démenti' l'on ne peut te flétrir?
GUILFORT.
Scrais-je revenu, sans l'espoir de mourir?
JEANE
Que dis-tu?
De mourir, mais en prenant ta place!
Avec le tribunal me voici face à face: Avant de lui répondre, il faut l'interroger : Quel coupable et quel crime avez-vous à juger? Est-ce une faible femme en pleurs et sans défense, Et dont l'âge innocent touche encore à l'enfance? Le coupable, et de tous je veux être entendu. C'est nn parti puissant, non un individu; Un ])arti qui s'accroît dans toute l'Angleterre, Dont l'élan inspiré va plus loin que la terre. Qui dans ce saint élan ne peut être arrêté, Et qui, croyant à Dieu, croit à la liberté. C'est un peuple qui veut, dans sa mâle attitude. Rompre le glaive en main, avec la servitude. Et se ressouvenant des gloires d'autrefois. En redemander compte aux caprices des rois. De lutter contre lui vous acceptez la tâche. Croyez-vous donc l'abattre avec un coup de hache?
î\lonliant la reine.
Gardez-vous, gardez-vous de choisir à son gré Pour le billot sanglant le front de Jane Grcy, Pauvre enfant demeurée hors de toute querelle Qui passera sa vie à prier Dieu pour elle.
JANSGREv.
ai
Ange, qui gavdeïa toujours le repentir.,. Ils vous faut un coupable et non pas un martyr! Coupable, je le suis plus que nul ne peut l'être; Le parti révolté ne prend que moi pour maître. J'abhorre les faveurs, reine, que lu me lis ; Car tie Northumberland je suis le digne (ils , Kt mon père à moi seul laisse pour héritage Ses droits à l'échafaud et sa haine en partage!
Sans remords ! sans remords!
GLILFOUT.
Qui parle de remords, Pour avoir respecté le testament des morts? Si Jane Grey n'a pris qu'un sceptre illégitime. C'est Edouard lui seul qui^doit compte du crime, Lui seul qui, désignant un autre successeur. Crut avoir ses raisons pour proscrire sa sœur. Traînez sur l'échafaud son image .sacrée, Osez juger la mort, la mort deshonorée. Flétrissant sa mémoire et proscriv^ant son deuil, Par la main des bourreaux exhumez son cercueil. Et que du tribunal la sentence fatale Commence par tomber sur son ombre royale! C'est lui qu'on doit juger, mylords,lui seul et moi.
JANE
Vous oubliez, Guilfort , que vous n'étiez pas roi.
GL'ILFORT.
Sur ton front, Jane Grey, qui posa la couronne?
, JANE
On ne prend pas sa part du pouvoir que l'on donne.
LA REINE, se levant.
Assez, assez... Mylords, il est temps de juger Tous ses droits imposteurs qu'ils osent partager. Prononcez sur tous deux... Ils vous ont dit leurs A .lane Grey. '[ litres.
Du débat généreux voilà les vrais arbitres. Vous craignez qu'on ne veuille ici vous séparer; Leur arrêt peut avoir de quoi vous rassurer. Votre sort est remis au tribunal auguste A qui j'ai seulement commandé d'être juste. Et j'attends.
Reine!...
GUIirORT.
Ah! viens sur ce cœur révolté.
Seul asile où l'amour garde ta royauté!
LA UEiNE, à part.
Elle triomphe encor!
SURREY
La sentence est rendue.
LA REINE
Lisez haut : qu'elle soit de nous tous entendue.
SURREY lit.
« Nous tous, pairs et grands d'Angleterre, ayant été chargés par la rtine Marie de citer devant la chambre haute, Jane Grey, fille aînée du marquis de Dorset, duc de Sufiolk, et Guilfort Dudley, dernier fils de Dudlcy, duc de Korlhumberland, accusés du crime de rébellion et d'usurpation de la couronne, nous avons pensé dans notre âme et conscience et déclaré en plein tribunal
que ladite Jane Grey et Guilfort Dudley son époux étaient coupables du crime dont on les accuse, et d'après celte déclaration l'.ous avons voté pour la mort. »
GUILFORT.
Jane Grey condamnée!
LA REINE, à part.
11 la verra mourir!
Ah ! Marie ! est-ce ainsi qu'un règne doit s'ouvrir ?
JANE
Guilfort!
sur.uEV.
. En leur cachot tous deux qu'on les ramène;
Ils mourront dès demain.
LA KEINE , à part.
Demain!
TOUS
Vive la reine!
Le Parlement se retire, on emmène les deux condamnés.
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