JANE, LA REINE, ASCHEM
JANE, à part.
Dieu des infortunés, a(hè\e ton ouvrage I Au niveau de l'épreuve élève mon courage.
LA REINE
Aschem, venez.
JANE
Mon maître !
ASCUEM.
Orna fille!
LA REINE
Je veux Qu'il soit ici témoin si je remplis ses vœux.
ASCilEM.
Mon enfant!
JANE
0 bonheur que je n'osais attendre...
LA REI\E
Écoutez, mylady... Restez pour nous entendre.
Elle fait le tour du cacliol.
Que ce cachot est froid et triste et sans soleil...
JANE
Sa lumière n'a pas éclairé mon réveil, Reine, mais les captifs de ce cachot si sombre Vontrecevoir de Dieu le jour qui n'a point d'ombre!
LA REI.NE
C'est-à'dire que Jane et son époux Dudiey,
Heureux, fiers de mourir ensemble et sans délai, Régnent déjà plus haut que les rois de la terre?
Ne puis-je qu'oiïenser la reine d'Angleterre?
LA UtlMi.
C'est votre sort.
Hier, vos sujets ont pu voir Mou humble front baissé devant votre pouvoir, Hier, à vos genoux de repentir touchée, J'ai conlessé ma faute et ne l'ai point cachée. J'ai dit : Je suis coupable e! yz meurs justement; Je ne vois que mon crime et non mon chàliment. S'il étend jusqu'à moi sa bonté souveraine, Je prierai devant Dieu i-our les jours de la reine! ' J'ai répandu des pleurs, comme au pied des au-
[ tels ; Vous m'avez devant tous dit des mots bien cruels; J'ai gardé le silence., et s'il le faut, maiiarae. Une seconde fois j'humilierai mon âme, Ici, dans ce cachot, à l'heure du trépas I La reine est vengée?
LA REINE
Oui... la femme ne l'est pas!
Tout ce grand repentir la femme le rejette ; C'était bon devant tous, hier, comme sujette! Tout ce luxe de pleurs, qu'en ai-jc donc besoin, Quand je suis avec vous sans ma cour pour té-
[ moin?
Sous ces murs sans échos, lady Grey, sur mon
[âme,
La reine disparait et fait place à la femme.
Oue m'importent mon trône et mon lourd sceptre
[ d'or?
C'est le cœur d'un amant, d'un époux, de Guilfort,
De Guilfort^ seul au monde adoré de Marie!...
JANE
0 mon Dieu!
LA REINE
Tu m'as pris et son âme et sa vie!
Ces trésors de bonheur entre tes bras perdus. Par lu mort de tous deux me seroni-ils rendus? En vain ton repentir présente à ma détresse, Pour expiation, l'écliafaud que l'on dresse; Tu me montres en vain de ton regard jaloux. Ce trône où ton forfait entraîne ion époux; Couche toute sanglante à vous deux partagée; Mais crois-tu donc ainsi ta rivale yen-^ée?...
JANE
Reine !