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SCENE II

LANDAIS, COSOl EU.

LANDAIS, qui a fermé la porte aprè< rhomme de justice. Partis... enfin!... Oh! j'avais peur de manquer de patience!

co^QtiER, regardant autour de lui. Ils ont donc tout vendu ?

LANDAIS. Tu vois.. . Cl Ics vides qui frappent tes veux ne sont pas les plus cruels!... ils m'ont enlevé tous les objets qui gardaient en eux une part de mon cœur et de ma vie; le livre uniiiue (|ue je po.ssédais, la reli(|ue .saillie léguée par ma mère, tout , Idan, jus-

PI EURE LANDAIS

(ju'à l'iiuinble anneau d'aigeni que j'avais vu dix ans au doigt de Marguerite, el qu'elle n)e rendit au moment de mourir!... Souvenirs et consolations , ils ont tout emporté d'ici; ils voulaient en emporter même l'espérance, ce berceau d'enfant! Ah! c'est une protection d'en haut qui m'a soutenu , lans doute! j'avais beau croiser mes bras ^ur mou cœur pour en étouffer les battements, vingt fois un cri d'indignation et de calère a été sur le point d'en sortir; vingt foisj'e me suis sçnti près de courir à une arme...

COSQUER. Malheureux! et ta fille!

LANDAIS. C'est sou souvenir (]uï m'a retenu, loan ; ma fille !..♦ oui, il faut que je vive pour elle!

COSQUER. D'ailleurs, ce qui t'arrive, eh bien, ça nous arrive à tous; (luaud ce ne sont pas les gens de justice (jui nous rongent, ce sont les gens de guerre.

LANDAIS. Penses-tu que Je l'ignore, moi qui, depuis que je suis né, lutte contre cette fatalité de ma condition?

COSQUEP.. Au fait, tu as toujours été ambitieux. Je me rappelle que lorsque tu étudiais, tu ne voulais devenir prêtre que pour être l'égal du gentilhomme Kt situ n'avais pas rencontré Marguerite...

LANDAIS. Oui; ce fut pour elle que je renonçai à l'affranchissement; j'abandonnai les écoles pour rentrer parmi vous! je pensais qu'à force de travail, de courage, je pourrais bâtir à la femme que j'avais choisie un abri assuré; je croyais qu'en me menant entre elle et nos maîtres, en la couvrant de mon cœur, je recevrais tous les coups!... Eolie!... les coups arrivaient de tous côtés; le malheur dont j'espérais la préserver c'était notre condition , notre existence ; nous le respirions partout conmie l'air.

COSQUER. Et puis, le plus fâcheux de tout , vois-tu , c'est que le chancelier ait.élé frappé de lai beauté de défunte Marguerite ; mais Marguerite était une sainte ; aussi messire Chauvin s'est fûché. ..

LANDAIS, brusquement. Puis il s'est vengé et Marguerite a succombé à la misère et au chagrin; voilà ce que tuvasme dire, n'est-ce pas?... car c'est ta manière à loi; tu consoles les autres en leur rappelant leurs maux ! — Ajoute tout de suite que demain ma fille et moi nous n'aurons plus oij appuyer notre tète, et qu'il faudra aller mourir avec elle au pied de quelque croix de carrefour! — T'imagines-lu que je n'ai point pensé à tout cela el que j'ai besoin de tes yeux pour voir à mes pieds?

COSQUER. C'est de ta faute aussi !

LANDAIS. De ma faute?

COSQUER. Oui ! tu as bravé messire Chauvin; tu lui as reproché ses injustices.

LANDAIS. J'avais tort i>out-être?

COSQUER. On a toujours toit de résister quand on est sûr d'être battu ! Vois-tu, compère, les ennemis qu'on ne peut pas étrangler, il faut leur faire la révérence.

LANDAIS. Oh! je connais ton syslème.

COSQUER. Moi, d'abord, je trouve toujours raison à ceux qui sont plus forts que moi. Je ne sais ni signer mon nom comiiie toi, ni lire dans le missel; je suis même moins habile à tailler un pom-point; mais je ne parle jamais à un gentilhomme que le sourire sur les lèvres; je le remercie, lu chapeau à la main , du mal qu'il ne me fait pas; je reçois ce qu'il me doit comme un présent; je me fais enfin si petit, si petit, qu'il serait obligé de se baisser pour me battre.

LANDAIS , le regardant avec un sourire dédaigneux. Cela l'a bien réussi pour faire fortune...

COSQUER, regardant son habit. Ah!...

tu dis cela à cause de mes coudes: mais, vois-tu , j'aime mieux des trous à ma veste qu'à ma peau ; si les collecteurs me voyaient un meilleur habit ils augmenteraient ma capitation.. . Le gibier le plus gras est le premier mangé, compère... et nous autres, nous sommes le gibier de la noblesse.

LANDAIS, /c regardant fixement. C'està-dire que tu es plus riche que tu ne veux le paraître.

COSQUER. Jésus! qui t'a dit cela? Moi riche!... moi <jiii n'amais besoin que du bissac et du bâton blanc pour paraître un mendiant; Moi qui n'ai plus rien de la dernière fomiiée dans ma huche! Riche, mon doux Sauveur. .. Je venais te demander à sou()cr !

LANDAIS. Te rap(ielles-tu ce cavalier que nous avons retiré, il y a deux mois, de la grande ravine ?

COSQUER. Lors de la dernière tempête?

LANDAIS. Et qui est mort ici, dans ma cabane?

COSQUER. Sans pouvoir se confesser.

(.Avec componction.) Dieu le sauve! J'avais pourtant amené un moine pour l'assister...

LANDAIS. Oui, mais lu as fouillé dans son escarcelle, et tout ce qu'elle contenait...

COSQUER, vivement. Chut, donc! On ne parle [)as de ces choses-là si haut... Eh bien, c'est vrai; mais ce que j'ai fait, c'était dans l'intérêt du défunt...

LANDAIS. Dans son intérêt?

. COSQUER. (Certainement; n'était-ce pas un étranger, un Anglais? La justice se fût emparée de ses dépouilles sans s'occuper de

MAGASIN TIIKATRAI..

son salul , au lieu que moi j'ai employé cet aident au profit de son âme.

LANDAIS. Comnierit...

COSQUEU , comme plus haut, .l'ai prié pour lui...

LANDAIS. Toi!

COSQUER. l.n Paler par pièce d'or, fui (le chrétien. lJu reste, compère, tu n'as pas à te plaindre , car je t'ai proposé de partager la succession de l'Anglais; tu n'as rien voulu <pie les papiers qu'il portait...

LANDAIS. Et je ne les donnerais point pour toutes les ricliess'es du duché.

COSQUER. Bah! Kh bien, mais, dis donc, si ça a tant de valeur tu me dois du retour !. .. ()u'esl - ce qu'on peut donc avoir avec ces |)apiers?...

LANDAIS. La lête du chancelier !

COSQUER, efj'raiié. Hein?...

LANDAIS. J'ai là les preuves de sa félonie... «•t de celle de la |)lupart des gentilshommes du duché; mais il faudrait les montrer au duc; et le moyen qu'un misérable comme moi puisse arriver jusqu'à lui ! Depuis qu'il est à Vannes, je l'ai vainement essayé; le chancelier l'entoure de ses espions! Car si nous sommes esclaves des nobles, leduc luimême est leur prisonnier...

COSQUER, bas. Va même il s'en plaint (■(Uelquefois.

LANDAIS. Oui, mais il craint la lutte, parce (ju'il aime le plaisir, et il se console de la perte de son pouvoir par les fêtes et la chasse.

COSQUER. A tell»' enseigne qu'il court les cerfs aujourd'hui dans la forêt.

LANDAIS, lu l'as vu?

COSQUER. Non pas, non pas; j'ai vu seulement la meute et les meneurs, que j'ai évités, sans quoi ils m'auraient enrôlé avec leurs pavsans pour rabattre le gibier. Partout, vois-tu, où les grands prennent Inir plaisir, il y a danger à s'approcher.

LANDAIS. Oh ! si un heureux ha.sard pouvait me mettre sur le chemin du duc!

COSQUER. Ileste à savoir si tu le reconnaîtrais, car lu es coumie moi, lu ne l'as jamais \y\.

LANDAIS. Tu te trompes, je l'ai aperçu l'autre jour; mais entouré de gentilshounnes. et c'est seul ([u'il faudrait le voir...

COSQIEM. i)ans tous les cas, ce ne sera point pour aujourd'liui ; voici la niiil (pii Meut, l'orage qui roinmence, et lâchasse doit étrf rentrée — Sans compter (|iie je suis »«nii pour passer la .soirée avec loi

LANDALS. Ah!...

co.sqi;er. Tu as donc oublié (pic «'était aiiiourd'hiii la .Saint-Pierre, notre fêle- (l'état, et que, ce jour-là, nous soiipons toujours ensemble'.'

LANDAIS, distrait. Va\ effet...

COSQUER. Je vais préparer la table. (/?é/Zerhissant )Ah! oui, mais tu n'as peut-être rien à mettre dessus.

LANDAIS. Rien !

COSQUER. Pour deux, ce n'est pas assez, heureusement que j'ai apporté là quelque chose...

LANDAIS. Quoi donc?

COSQUER, montrant un panier vide. Un panier. ..

LANDAIS. Vide?.

COSQUER. iMais que je puis faire remplir au village avec les cinq sous bourgeois que j'ai à toi...

LANDAIS , souriant. Et ce sera là ta part de contribution à notre repas de fête? — Soit ! L'extrême indigence est aussi généreuse que la richesse , car elle peut comme elle se passer de calciil. — Dépense ces huit sous bourgeois, loan, je t'attends...

COSQUER. Et je reviens tout de suite... car l'orage augmente! — Oh !... déjà les éclairs...

LANDAIS. As-tu peur?

COSQUER. Des éclairs? Allons donc!...

C'est la pluie que je crains; j'ai mon habit neuf; mais je vais prendre ta peau de chèvre...

LANDAIS. Prends.

11 décroche la peau susppiidiip prùs du foyer.

COSQUER. Comme cela, je serai à l'abri... il n'y a plus que mes souliers... Oh! il fait trop mauvais, je vais les retirer. [Il aie se^ souliers et les met dans son panier.) Là, maintenant je ne crains ritm. Prrr...

Il •^orl.

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