LE DUC, LANDAIS
LE DUC. Ces querelles vont toujours trop loin, maître!
LANDAIS. Parce que monseigneur les encourage...
LE DUC. Laissons cela... mais je veux que tout s'arrange sansqtie j'aie à m'en inquiétei-. Tu m'as promis degarder mon duché, de m'y rendre seul maître; j'ai consenti; le reste te regarde.
LANDAIS, avec exaltation. Tout ce que j'ai promis je le ferai, monseigneur. Voyez déjà quel changement. Il y a quelques années à peine, la peste, la famine, les brigandages, ruinaient le pays; aujourd'hui lu pe.>>te est enfermée dans des ladreries, les moissons couvrent la campagne; les routiers
PTERl^K LANDAIS.
ont été convertis ou pendus. Les écoles vont partout so multipliant comme le pain que le Christ donnait à son peuple ; il ne sera bientôt plus fils de bonne mère (pii ne sache lire, et, grâce à l'art miraculeux qui nous est venu d'Allemagne, au lieu d'aller feuilleter l'unique exemplaire du livre saint, attaché à l'autel, chacun l'aura chez soi, avec les coutumes de îiretagne, de telle sorte que personne ne pourra plus pécher, par ignorance, contre Dieu ni contre la loi...
LE DUC, s' approchant de la table, à part. Ah ! des dessins de notre maître imagier.
LANDAIS, allant à la fenêtre, avec une e.valtation croisante. Et regardez, monseigneur; les murailles de votre bonne ville de iNaiites tombaient dans les fossés ; vos bourgeois les ont relevées de leurs deniers; ils viennent de les garnir de canons et de boulets ; eux - mêmes quittent une fois chaque semaine l'outil et la balance pour apprendre le métier des armes! la bête de sonniie devient un coursier de guerre!... Ah! encore un peu de temps, et puis, que votre noblesse ose se révolter, vous pourrez lui opposer une armée qui combattra en même temps pour vous et pour elle-même.
].E DUC, qui regarde des dessins de costumes. Oh! charmant celui-là!...
LANDAIS, surpris. Comment, monseigneur?...
LE DUC. Je parle de ce costume... Regarde l)lulôt; le velours nacarat avec les crevés de satin blanc... [Mouvement de Landais.) Mais va toujours; j'entends parfaitement... tu disais...
LANDAIS, amèrement. Je disais, monseigneur, que l'histoire, qui juge les princes par ce qui s'est accompli sous leur règne, vous donnera, j'espère, le nom de grandi
LE DUC, se levant et passant à la fenêtre. Par le ciel ! je donnerais tous les éloges de l'histoire pour un rayon de soleil. (Regardant à la fenêtre.) Mais mon fauconnier avait laison ; le brouillard se lève, je pourrai faire une chevauchée jusqu'à Ancenis. Vous nous accompagnerez, maître?
LANDAIS. Que monseigneur m'excuse, je dois voir les envoyés du roi d'Angleterre.
LE DUC. C'est bien ; j'irai avec Coëtquen. Au revoir.