SCÈNE II
Les mêmes, LE DUC entrant vivement, suivi de LANDAIS, avec lequel il semble se quereller ; plusieurs Seigneurs et deux Pages à la porte.
LE DUC, vivement. Je vous dis qu'il le faut, maître, que je le veux. {Apercevant les gentilshommes.) Ah ! bonjour, mossires.
POHAN. Monseigneur paraît bien ému.
LE DUC. Et j'en ai sujet. Je voulais donner des joutes et courses de bague pour l'arrivée de mon neveu le prince d'Orange : maître Landais me refuse de l'argent.
ROHAN. Je comprends ; messire le trésoricivient de retirer du couvent une fille qu'il faut doter; il a besoin d'économie.
LE DUC. Les joutes auront lieu pouitant. dussé-je vous emprunter jusqu'à votre dernier écu d'or et vous donner ma couronne ducale en gage.
LANDAIS. Le difficile serait de la retirer, plus tard.
ROHAN. Messire aime mieux qu'elle reste au trésor, dont il a la clef
LE DUC, apercevant Etienne**. Eh! c'est
• Trégus, Rohan, le Duc, Landais.
*• Trégus, Rohan, le Duc, Etienne, Lands's.
MAGASIN TIIËÂIRAL.
Etienne! Qu'as-tu donc, maître fou, à être ainsi triste et imiot? sorais-tu, par hasard, satisfait aujourd'hui du gouvcrneincnt de notre duché ?
ETIENNE. Pardon, monseigneur, je rêve à une roqut'te que je voudrais adresser à messire Landais, et jo n'ose.. .
LE DUC , assis. Pourquoi donc?
ETIENNE. Parce que je le sais trop porté à prendre pour être pressé de donner ! — C'est ce que me disait encore ce matin un de ses anciens compères... Idan, le tavcrnier de Saint-Eftlam; quoique manant et fripon, il n'a jamais pu rien obtenir du trésorier.
ROHAN. Ceci est grave ! Oue l'on refuse un Clisson ou un Rieux, à la bonne heure; mais un ancien compagnon.
LANDAIS. Savez-vous si l'ancien compagnon n'a pas déjà reçu plus qu'il ne lui était dû? Il se croit des titres parce qu'il m'a connu, comme d'autres parce qu'ils sont nés. — Je sais, du reste, messire, que vous as- .sociez vos haines. L'auberge de mon ancien compère est devenue le rendez-vous de la noblesse, et maître Etienne m'y accable de ses bons mots ; mais je m'en inquiète peu ! ces plaisanteries sont des traits d'arbalète qui ne vont ni loin ni haut, et j'aime à voir la noblesse se complaire en guerre de paroles!... ETIENNE. La vérité est que nous vidions naguère nos différends d'autre façon; ce n'est point notre faute si tout est changé à la cour de monseigneur, et si aux coups d'épée des gentilshommes il a fallu substituer les coups d'aiguille.
LE DUC. Bien répondu 1 — Mais voyons ta requête, car tu ne l'as point encore fait connaître...
ETIENNE. Je souhaiterais un privilège de marchand en votre bonne ville de Nantes.
LEDUC, étonné.ToV. Et de quoi, maître fou, veux-tu faire commerce ?
ETIENNE. De noblesse , monseigneur.
LE DUC. Comment 1 et pour qui cela?
ETIENNE. Pour les protégés de messire Landais, qui ayant fortune, emplois et crédit, n'ont plus besoin désormaisque d'être gentilshommes.
LANDAIS. Ainsi, messire Etienne deviendra de bouffon généalogiste ?
ETIENNE. Messire Landais est bien devenu de tailleur ministre. .l'apporte d'ailleurs les ])reuvcs de ma science , monseigneur.
LE DUC. Qu'est-ce donc?
fiTiENNi:. La généalogie de votre trésorier. Je la prends au paradis terrestre, et Je prouve (pie messire Landais...
LANDAIS. Descend d'Adam? ETIENNE. Non... non... du serpent.
Le Duc et les Gc'nlil-;lioiiimp« i5rlal('nt ilc rire.
ROHAN. Vivat, Etienne!
LANDAIS, avec une dignité amère. J'admire combien la folie de messire est chose iiig Miieuse ; commode surtout ! il en a fait ini bouclier derrière lequel il peut attaquer en sûreté! [aux Gentilshommes , qui cessent de rire.) Ne vous faites faute de joie, mcsseigneurs... seulement, soyez généreux pour qui vous amuse!... Largesse au fou!
Il prrnd une bourse dans son escarcelle et la jette à Etienne.
ETIENNE, faisant un mouvement impétueux. Maître Landais... (5e dominant et saluant. ) Grand merci. ( Il ramasse la bourse.) Mais Jésus a ordonné de rendre à (]ésar ce qui appartenait à César... [Il présente la bourse au Duc.) Ceci est autant du sauvé des revenus de monseigneur...
LE DUC, faisant signe de la donner aux pages. Aux pages... [Aux Gentilshommes.) Les joutes auront lieu, messeigneurs, et vous y paraîtrez tous, je pense. Vous aussi, messire Etienne ; mais vous quitterez enfin, j'espère, ces honteux vêtements.
ETIENNE. J'attends un tailleur digne de moi, monseigneur; malheureusement maître Landais ne fait plus d'habits...
LANDAIS , impélueui<ement. Vous vous trompez, messire; mais je les taille avec la hache et dans le chêne !... demandez à votre frère...
Mouvement violent d'Etienne , qui est reproduit par les Gentilshommes.
LE DUC, vivement, passant près de Landais. Assez!... assez, vous dis-je!... pas un mot de plus... Préparez-vous aux fêtes, messeigneurs, je compte sur vous...
La cour se retire.
>\\vx\\vv\vvv\vvvvvvvt\vvvvvvi*wvvvvvi*vvvvvvvvww<^\**av\*