‹ [Magasin théâtralChapitre 1285 sur 1545 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ALBERT, entrant vivement , MARIE.

ALBERT. Demoiselle Marie?...

MARIE , avec un cri. Maître Albert !. . .

ALBERT, de même. Enfin je vous retrouve.

MARIE. Vous, vous ici...

ALBERT. Ne m'attendiez-vous pas?...

MARIE. Je n'osais... et cependant mon père venait de m'apprendre qu'il avait écrit...

ALBERT. J'allais venir quand sa lettre est arrivée.

MARIE. Vous?

ALBERT, vivement. J'avais besoin de vous revoir ! depuis votre départ tout me manquait...

MARIE, V interrompant. Et les moines de Brevelay ne vous ont point retenu ?

ALBERT. Ils l'ont essayé , mais la lettre de votre père m'appelait, et ma volonté bien plus encore. Je suis parti sans les avertir, de nuit, à pied, traversant les bois, les montagnes, les vallées, au hasard. Quand je rencontrais des pâtres , je leur criais : Nantes; ils m'indiquaient du doigt la route, et j'allais nuit et jour, sans m'arrèter, jusqu'à-ce qu'un d'eux m'ait dit , en me montrant une ville à l'horizon : C'est là !

MARIE. Que de fatigues !...

ALBERT. Ah! je n'y pensais pas et

maintenant... oh !... jamais je n'ai éprouvé autant de joie qu'aujourd'hui, demoiselle 3Iariel... je vous revois, vous me recevez, comme autrefois, avec un sourire si bon!... puis j'ai là la lettre de votre père, elle m'a dt\jà servi à pénétrer jusqu'ici, et, puisqu'il me protège je puis tout espérer !

MARIE. Dieu vous entende, maître Albert. I\Lnis mon père est-il le seul que vous connaissiez ici? n'avez- vous à Nantes ni protecteur ni amis?

ALBERT. Aucun! je ne connais au

monde que les moines qui m'ont élevé et messire Arthur !

MARIE. L'étranger qui venait de loin en loin vous voir au couvent?

ALBERT. Lui?

MARIE. Mais ce messire Arthur n'est-il point un parent qui se cache?

ALBERT. Je l'ai cru un instant; nous faisons si facilement de nos désirs une espérance! mais lui-même a pris soin de me détromper.

MARIE Et quel lieu habite-t-il?

PIERRE LANDAIS

ALBERT. Je l'ignore. Toute sa conduite est enveloppée d'une réserve qui a, pour ainsi dire, refoulé l'affection dans mon cœur. Je lui ai demandé cent fois à quitter le couvent ; toujours il a repoussé mes prières.

MARIE. Et cependant vous êtes venu ?

ALBERT. Ah 1 pour vous revoir, j'aurais désobéi à Dieu lui-même...

MARIE. Silence. Voici mon père.

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