SCÈNE V
LEDUC, LE VICOMTE DE ROHAN, ETIENNE, Gentilshommes.
LE DUC, vivement. Laissez -moi, raessires.... c'est une violence dont vous aurez a me rendre compte !
ROUAN. Nul de nous ne croit avoir oublié le respect qu'il doit à monseigneur.
LE DUC. Et que faites-vous donc? vous vous portez en armes à ma rencontre; vous dispersez mon escorte ; vous me conduisez ICI co.itre ma volonté... Et que voulez-vous, enlm? voyons, qu'exigez-vous de moi?
ETIENNE. Nous ne demandons quejustice!
LE DUC, s' avançant vers lui avec colère. G est donc toi le chef, maître fou ? Depuis quand as- tu recouvré la raison?...
ÉTIKNNE, fièrement. Depuis que je tiens une epee, monseigneur.
u: DUC. Me.ssire Etienne, l'exemple de voire Irere ne vous a point profité ?
ETIENNE. Au contraire, monseigneur; il m'a appris que la seule loyauté était une mauvaise .sauvegarde à la cour, et qu'i In'y
* Landais, Albctt, Cus^uer.
avait d'innocent que ceux qui savaient se défendre.
LE DUC. Ainsi , c'est une révolte ouverte?
ETIENNE. Non, monseigneur; c'est une requête telle que doivent la faire des gentilshommes persécutés, le chapeau d'une main et l'épce nue de l'autre ! Il y a dix ans que la noblesse réclame ses droits un genou en terre ; vous avez toujours passé sans l'écouler; elle s'est enfin relevée, et elle vous parle debout afin que vous puissiez mieux l'entendre.
LE DUC. Et que veut-elle?
ETIENNE. Nous demandons que messire Landais nous soit livré à discrétion et sans merci,
LE DUC. Et vous avez pensé que je cédedraisàvotre volonté, parce que le hasard vous avait rendu maître de ma personne? iMais me croyez-vous donc sérieusement votre prisonnier, messires, pour débattre ma rançon? croyez-vous que l'on puisse enlever ainsi un duc de Bretagne dans ses propres états? Mais on me cherche déjà, sans doute; mais vienne le jour , et mes archers accourront pour m'arracher de vos mains...
ETIENNE. Oui; mais, le jour venu, il sera trop tard, monseigneur ; car, dans quelques instants, les meilleurs gentilshommes du duché seront ici, en armes, prêts à vous servir d'escorte.
LE DUC. Et où prétendez-vous me conduire?
ETIENNE , ironiquement. Quelque dépouillée que soit la noblesse, il lui reste encore assez de villes et de châteaux , h l'abri des archers, où elle pourra offrir un asile à monseigneur !...
LE DUC. Ah ! c'est une traliison et une félonie!...
ETIENNE. C'est une nécessité, monseigneur.
LE DUC. Assez... assez...
Un silence.
ETIENNE , j)lus doucement. Pardon, monseigneur... encore un mot. Ce qu'a fait la noblesse, elle l'a fait avec regret. Longte.nps elle a attendu et espéré... Regardez plutôt, il y avait un honunc qui avait vu mourir tous ceux qu'il aimait, et que la douleur avait rendu fou !... c'est celui-là qu'elle a choisi pour la représenter ; c'est celui-là qui vous parle pour elle !... Ah ! nu prenez point son désespoir pour une menace ! rc qu'elle vous demande, c'est de choisir entre nous, vos fé«ux, qui sommes une pari de votre gloire, de voire force, et ce mendianKiui s'est abrité à votre ombre pour frapper tout ce (lu'il y a de noble et de grand.
LEDUC, à part. C'est vrai...
ETIENNE. Monseigneur, ce sont tous vos
PIERRli LANDAIS.
gentilhomme s qui parlent par ma bouche , qui lonibcnt à vos genoux !. .. ces promesses que h'ur désespoir implore, signez-les... signcz-Ies, Monseigneur î... (// force le Duc d prendre le parchemin qail tient à la main. ) Et si leur audace d'aujourd'hui doit être expiée, s'il faut une satisfaction à votre autorité un instant méconnue, prenez ma vie, et que Dieu sauve la Bretagne !...
LE DUC , ébranlé. Laissez-moi !.. .
ÉTiE>ir<t:, à Rohan, à demi-voix. Pendant qu'il délibère, courez prévenir les gentilslionunes qui avaient rendez-vous ici ce soir. . . qu'ils se hâtent d'arriver !...
ROHAN. J'y cours !...
Il sort parla porte du fond.Étienne et les Gentilshommes par celle de droite.
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