‹ [Magasin théâtralChapitre 1296 sur 1545 · LE DUC, LANDAIS, ETIENNE CHAUVIN · texte numérisé non relu

LE DUC, LANDAIS, ETIENNE CHAUVIN

ALBERT, Gentilshommes.

ETIENNE, bas, àim Gentilhomme. Leduc aura cédé... [Apercevant Landais.) Messire Landais.

TOUS LES GENTILSHOMMES. Ah !

LANDAIS. Ma présence vous étonne, mes-, seigneurs; la place d'un ministre n'est-elle; donc pas près de son maître? !

ETIENNE. Ah! c'est Dieu qui t'amène et qui te livre à nous. . .

Il tire son cpée.

LANDAIS. En effet, le ciel semble vous favoriser; me voilà seul, sans défense, au milieu de vous; mais les chances d'une lutte comme la nôtre sont journalières et la générosité est aussi de la prudence ; vous ne serez pas sans merci pour un ennemi à votre discrétion.

ETIENNE. Point de merci pour les traîtres.

LANDAIS , vivement. Je n'oublierai point ces mots , messire Etienne.

ETIENNE. Tu n'auras pas à te les rappeler longtemps! Monseigneur, nous pouvons

faire bon marché de tout le reste, mais il nous faut la vie de et homme...

TOUS LES GENTILSHOAIMKS. Oui.

Mouvement vers Landais.

LE DUC, se levant. Arrêtez.

LANDAIS. Laissez , monseigneur , je me rends ; puiscjue c'est la force seule qui doit être écoutée , que la force ait son cours. — Au nom de monseigneur le duc, je vous arrête tous , mes gentilshommes.

TOUS. Nous!

LANDAIS , avec autorité. Vos épées I

ETIENNE , tirant la sienne. Viens donc les prendre !

Landais ouvre la porte du fond , on voit Guibé à la tète des archers.

TOUS, avec étonnement. Ah!...

ETIENNE. Nous sommes livrés!...

LANDAIS, vivement. Point de merci pour les traîtres, messire Etienne, c'est vous qui l'avez dit ! Guibé, fais ton devoir !

Guibé prend aux Gentilsliorames leurs ëpées.

ETIENNE, à part. Si près du succès!...

LANDAIS. Quant aux gentilshommes qui manquent encore au rendez-vous , ne craignez rien, messeigneurs ; nous les attendrons !

ETIENNE, à part. Dieu!.., comment les avertir?.. . Ah ! ( Il saisit une lampe sur la table et la place à la fenêtre du fond.) lis reconnaîtront ce signal !

LE DUC, passant ducôté des gentilshommes. Nous avons joué le même jeu, messircs; surprise pour surprise; maintenant nous sommes quittes...

Guibé, qui a désarmé tous les Gentilshommes, arrive à Albert, qui n'a point tiré son épée du fourreau.

GUIBÉ. Votre épée.

ETIENNE, vivement. Arrêtez!... vous le voyez, elle n'est point sortie du fourreau! (.4m Duc.) Ah! monseigneur, grâce pour ce jeune homme!. ..

ALBERT. Que faites-vous?...

ETIENNE. Il n'était point du conîplot, monseigneur; il nous a suivis sans connaître nos projets; il n'a point partagé notre révolte...

LE DUC. Est-ce la vérité?...

LANDAIS. C'est la vérité, monseigneur, car je lui dois la vie.

ETIENNE. A lui?

Cosquor se montre.

LANDAIS. Oui, messire... el je l'attache à mon service...

LE DUC. Soit...

cosQi ER, àpart. Comment... comment...

ALBEitT, à Landais. Pardon... messire.

ETIENNE, Ihik. Accepte... je le veux.

cos^)UER *. Ah ça , mais moi aussi , alors, j'ai des droits...

* Le Duc, Cosquer, Landais, Étieouc, Albert.

LE DUC, se détournant. Qu'esl-cc que c'est?

LANDAIS. Ah! en effet... j'avais oublié mon compère...

cosQUER, saluant. Oui, monseigneur... il m'avait oublié...

LE DUC. Eh! c'est maître Cosquer. . . {Cos~ quer salue.) Celui qui avaitun système pour combler les fondrières.

COSQUER , déconcerté , à part. A-t-il de la mémoire!

LE DUC. Et c'est toi , drôle qui as tout découvert à maître Landais?

COSQUER. Tout, monseigneur ; c'est moi qui ai sauvé le duché.

LE DUC. Et tu viens sans doute demander une récompense ?

COSQUER. Moi ! du tout, monseigneur, du tout... il me suffit d'avoir été agréable au compère... Je ne demande rien... je ne veux rien...

LE DUC. Ahi...

COSQUER , tirant de sa poche un papier. Seulement j'ai là une petite pétition pour solliciter une pension...

LE DUC. Ah! fort bien...

COSQUER , tirant un autre papier. Avec une seconde pour la franchise des droits.

LE DUC. A h ! diable !

COSQUER , tirant un autre papier. Puis une troisième...

LE DUC. Encore?...

COSQUER. Oh ! une toute petite , monseigneur... afin d'être exempté de la taille...

ETIENNE. Misérable! ce matin encore, il conspirait avec nous la ruine du trésorier.

COSQUER. Ne le croyez pas, Pierre

conspirer, doux Jésus! moi qui ai toujours été dévoué à monseigneur et au compère... lisez plutôt mes pétitions, mon.seigneur, vous verrez ce que je dis do mon attachement.

LE DUC, ouvrant un papier. Voyons.

« Nous autres gentilshommes associés, déclarons reconnaître les bons services de maître Cosquer... »

COSQUER, àpart. Qu'est-ce que c'est...

LE DUC , continuant à lire. l''t jn-omettons de lui payer cin(|uante angeluts d'or, pour nous avoir aidésà faire pendre messire Landais.

COSQUER. Dieu!.... pardon Monseigneur... ce n'est pas ça... je me suis trompé de côté... [Il montre ses poches.)

LANDAIS. 11 paraît que tu as une opinion différente dans chaque poche ?... Du reste, ne crains rien... je sais ce qu'il te faut, et je comptais le demander pour toi à monseigneur.

LK DUC. Qu'est-ce donc?

LANDAIS. Messire Cosquer dé.sirc se reposer de ses fatigues, monseigneur.

COSQUER , à part. Plaît-il ?. ..

PIERRE LANDAIS

LANDAIS. Il demande, en conséquence.l'aiu torisation de vendre sa maîtrise de tavernior.

COSQUER , vivement. Moi?...

LA.NDAIS. Et de quitter \antes où ses

anciennes relations pourraient l'embarrasser.

LE DUC. Accordé.

COSQUER, vivement. Permettez, monseigneur... je n'ai pas dit... au contraire... je ne veux pas...

LANDAIS. Remercie.

COSQUER. Comment?...

LANDAIS, d'un ton dominateur. Remercie, te dis-je.

COSQUER. Ah! il faut que je. .. certainement... monseigneur... je suis bien reconnaissant... (^1 part.) Oh! tyran !

LANDAIS. Mais l'heure avance... les gentilshommes tardent bien à venir...

GUII5É , rentrant. Ils ne viendront pas , messire.

LANDAIS. Que dis-tu?

LE DUC. Et pourquoi?

GUIDÉ. Parce qu'une porte de la vilje leur a été ouverte et que tous ont pris la fuite.

ETIENNE, aoec un cri de joie. Ah!

LANDAIS. Comment?... mais qui a pu les avertir?

ETIENNE. Moi, Landais; regarde.

Il montre la lampe à la fenêtre.

LANDAIS. Ah!...

LE DUC. Ainsi, ils nous échappent...

ETIENNE. Oui; et ne vous réjonissez pas trop de votre victoire, monseigneur ; tout à l'heure il n'y avait qu'un complot, maintenant c'est la guerre civile!...

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