ETIENNE, LANDAIS
ETIENNE. Arrête, Landais.
LANDAIS, reculant. Messire Etienne !
ETIENNE. Oui, je l'apporte des nouvelles de ta tille.
LANDAIS. Vous!...
ETIENNE. Mais pour toi seul!...
LANDALS. Qu'on iious laisse. {Les portières du fond se ferment.) Eh bien, messire? Marie...
ETIENNE, croisant les bras. Regarde-moi d'abord, Landais. Est-ce que ma joie ne le fait point pour? ne devines-lu pas qu'elle l'annonce quelque terrible nouvelle?
LANDAIS, troublé. Je ne te comprends point. Tu devais me parler de ma fille... s'il est vrai que tu l'aies vue... où est-elle?
ETIENNE. Enlevée!
LANDAIS. Enlevée! tu mens!
ETIENNE. Enlevée par moi cotlc nuit même au moyen d'un sauf-conduit signé de la main ! et si tu refuses de croire, fais-la clierrlicr... je ne désire point al)n''t;er l'a.^onie qui roii;mencepntn-loi, raielle léjonii trop mon coMir. Attends ta fille, Landais, ailends et espère.
LANDAIS. Ahl je ne doute plus!... Mais où l'as-tu envoyée?
ETIENNE. Au camp des gentilshommes.
LANDAIS. Alors, c'est une rançon que tu veux?
ETIENNE. C'est une expiation!
LANDAIS. Une expiation!... Mais, ma fille!., tu me la rendras?
ETIENNE. Quand lu m'auras rendu mon frère !
LANDAIS. Qu'entends-je ? Tu n'es pas assez lâche pour tuer une enfant.
ETIENNE. Tu as bien tué un vieillard, toi!
LANDAIS, s' approchant. Prenez garde, messire, vous aussi, vous êtes en mon pouvoir, et le mal fait à Marie je puis vous le rendre au centuple.
ETIENNE. Essaye ; j'accepte la partie à ces conditions; nous verrons qui de ta fille ou de moi supportera le mieux les tortures.
LANDAIS, frémissant. Que dis-tu? {Avec domination sur lui-même. ) Ne perdons pas de temps en inutiles menaces, messire; vous ne pouvez vous venger de moi sur une enfant, car ce serait une honte et une lâcheté! l'avoir enlevée est trop déjà I mais vous avez bien choisi où me frapper ; vous me tenez par le cœur ! Aussi n'emploierai-je point de détours ; réglez vous-même le prix du rachat, et dites-moi à quelles conditions ma fille me sera rendue.
ETIENNE , regardant l'horloge. Fais-les toi-même !
LANDAIS. Que voulez- vous? faut-il réparer le mal fait à votre famille ; je lui rendrai ses biens, ses emplois, ses armes ; je vous ferai plus puissant que votre frère ne l'a jamais été. Mais rendez-moi ma fille, messire... vous avez dû aimer quelqu'un aussi dans votre vie... par son souvenir et au nom du Dieu tout-puissant, rendez-la-moi.
ETIENNE, àpart. Que cette heure est lente !
LANDAIS, éperdu. Vous ne m'écoutez pas ! Ah ! qu'attendez-vous ? et pourquoi garder le silence ? ma fille court-elle quelque danger?... Oh! répondez! répondez!... que faut-il donc pour vous toucher?. . . des prières? j'ai les mainsjointes... des larmes? je pleure... n'est-ce pas assez pour que vous ayez pitié ! faut -il s'humilier devant vous? vous prier comme Dieu lui-même? je suis prêt... voyez!
11 tombe à genoux.
ETIENNE, avec un cri de triomphe. A genoux devant moil
LANDAIS, avec noblesse. Pour ma fille 1
ETIENNE. Prie pour toi-même, Landais!
LANDAIS, se levant. Comment?
Éll^.^^E. As-tu donc pensé que je venais sans aiiire but que de traiter avec toi?... Ah ! le seul accommodement possible entre nous
PIERRE LANDAIS
est celui que scellera la hache, et nous le conclueron s bientôt!
LANDAIS. Que signifie?... 1 ETIENNE. Occupé de ta fille, tu as oublié tout le reste. {L'horloge sonne deux heures.) Écoute cette heure qui sonne !
LANDAIS. Eh bien?
ETIENNE. C'est la dernière pour toi, Landais ; car maintenant la ville est livrée aux révoltés.
LANDAIS. Est-ce vrai ?
ETIENNE. N'entends-tu pas ce bruit de pas, ces cris 1 Landais, voici la mort qui vient.
LANDAIS, tirant son épée. La mort, je la recevrai comme un homme 1
MARIE, au dehors. Mon père! mon père!
LANDAIS. Cette voix !
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