‹ [Magasin théâtralChapitre 131 sur 1545 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARIE, seule.

Pauvre jeune liomme! Et Jeanne est devenue l'épouse d'un autre qu'elle liait Il y

a, dans tout ceci, un terrible malheur dont je ne puis deviner la cause. Mais, mon Dieu! tu viendras à leur secours, toi qm as toujours un regard pour la créature qui souffre; ta bonté vient de metire un terme à ma torture, et je veux maintenant m'agenouiller pour te prier, mon Dieu, de diriger sur Jeanne ta grâce et tes bienfaits.

Elle s'agenouille près d'un prie-Dieu au premier plao à droite. Bçrlhol paraît au fond.

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SCÈiNE V.

BERTIIOL, MARIE.

BERTHOL, s'arrêtant au fond, à part. On entre ici comme à la place d'armes. .. Je n'ai rencontré personne pour me faire annoncer

à Marie [L'apercevant agenouillée.) La

voici tant mieux nous serons seuls.

[Â Marie, après s'être approché d'elle.) SI c'est un ami que vous demandez à Dieu, it exauce sans doute votre prièreen m'envo yan près de vous.

MARIE, se levant sans le regarder. Maître René!

BERTHOL. Maître René, qui vous a laissé deux jours sans consolateur, sans guide; mais il est près de vous.

MARIE, à part. Il me croit encore aveugle.

BERTHOL. Asseyez-vous!...

Elle s'assied. Il va prendre un autre siège de l'autre côté du tnéàtre, à gauche.

MARIE, à part. Je suis curieuse de savoir s'il a l'air charitable; oh! oui, sans doute... (Elle le regarde.) Grand Dieu! {A j^arf.) Mon assassin!... oh! laissons-lui son erreur.

BERTHOL, s'asserjant auprès d'elle. Voyons, Marie, si les traces de ce chagrin sombre et bien légitime autrefois achèvent de s'effacer ! (// là considère.) Non, votre front est plus

pâle que de coutume {Lui prenant la

main.) Votre main plus tremblante.

MARIE. Oui, je souffre davantage.

BERTHOL. Quelle nouvelle terreur vient donc vous accabler?

MARIE. Hélas! j'espérais que le soleil se lèverait bientôt pour moi , j'entrevoyais comme une' lueur passagère qui m'apportait l'espérance.

BERTHOL. Et maintenant"?

MARIE. Autour de moi tout est redevenu sombre et ténébreux.

BERTHOL. Sans doute, Marie, cette priva tiondela vueestun grand malheur, mais heureusement la Providence a bien voulu que je vous rencontrasse sur mon chemin. Ecoutez-moi, Marie, et vous saurez quel peut être et quel sera mon dévouement pour vous. A cinquante ans, moi, j'ai traversé tous les dangers humains sans en devenir victime. Marin, Dieu m'a sauvé dans les tempêtes; soldat, il m'a préservé dans les batailles; perdu dans les déserts, il m'a montré le chemin du salut. Aujourd'hui que les fatigues m'ont vieilli peut-être encore plus que les années, et que je suis assez riche, je renonce aux combats, aux vovages, et pour être agréable au Seigneur, qui ne m'a jamais abandonné, je cherchais une infortune à secourir, quand je vous ai vue, pauvre fille ou-

LES ORPHELINES D'ANVERS

ils en usent et ne me payent pas... {Regardant autour de lui. ] Quelle misère I. . .

l'étranger, au fond, à la porte entf ouverte. Pardon, camarade; pouvez-vous m'enseigner dans les environs une petite maison isolée qu'habite depuis peu de temps encore un nommé René Berthol?

JEAN. Vous êtes chez lui ! .

l'étranger, entrant, et examinant la chambre. C'est impossible !

JEAN. Est-ce que vous lui apportez de l'argent?

l'étranger. Pourquoi?

JEAN. Parce que c'est moi qui lui ai loué cette petite habitation, qui m'appartient... et depuis quinze jours déjà je n'en ai pas encore pu tirer un denier.

l'étranger. Il est donc bien pauvre!

JEAN, 'désignant Vintérieur. Voyez et jugez !

l'étranger. Oui... il n'y a pas de luxe. .. {A Jean.) Il est marié depuis peu de temps, n'est-ce pas?

JEAN. Avec une pauvre jeune femme qui se désole pendant qu'il gronde.

l'étranger. N'était-elle pas orpheline • d'Anvers?

JEAN. Oui, car elle en porte encore les habits.

l'étranger. Et quel est son nom de jeune fille?

JEAN. Je l'ai toujours appelée dameBerthol; mais je crois. .. jeme souviens l'avoir entendu nommer Jeanne.

l'étranger, à part. C'est bien cela...

{Haut.) Savez-vous où est allée dame Berthol?

JEAN. Elle ne peut être allée qu'au village voisin.

l'étranger, à part. Si je pouvais seulement l'entrevoir. [Haut. ) Pouvez-vous m'enseigner la route du village ?

JEAN, ouvrant la porte à droite, et désignant la route. Facilement. Tenez!.... la voici : sitôt que vous aurez traversé la forêt, vous entrerez dans le village.

l'étranger. C'est bien.... et sois tranquille, tes locataires te payeront plus tard, je te l'affirme !•

JEAN. Si vous me le dites, je le croirai... j'ai confiance en vous.

l'étranger. Tu ne me connais pas?

JEAN. Je vous ai déjà vu, il y a trois mois, non loin d'ici, à l'auberge des Trois Routes. l'étranger. Est-ce que tu étais un de de ceux que j'ai conduits au feu ?

JEAN. Oui, mon capitaine.

l'étranger. Et t'en es-tu repenti ?

JEAN. Vive Guillaume!

l'étranger, lui frappant sur l'épaule.

A la bonne heure !

JEAN. Et que Dieu lui fasse trouver sa fille qu'il cherche.

l'étranger. Il la trouvera.

JEAN. Elle serait trouvée déjà si celui qui a écrit au prince avait dit les noms de cette fille...

l'étranger. Oui; mais peut-être celui-là a-t-il voulu éviter qu'elle se reconnût d'abord elle même. Car son nom divulgué loin de l'abri paternel permettrait peut-être aux ennemis du prince de la chercher aussi pour s'en emparer et s'en faire un otage .

JEAN.. C'est juste! Ah! l'on n'est pas princesse à bon marché.

l'étranger. Quelquefois la puissance coûte fort cher. . . ( Désignant la route ) C'est là mon chemin, n'est-ce pas?

JEAN. Toujours tout droit.

l'étranger. Merci!...

11 traverse la route et sort au premier plan.

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