SCENE III
Les mêmes, MARIE, puis L'ÉG0N03ÎE.
MARIE, entrant. Tom!.... c'est vous....
{Allant à lui.) Yous m'apportez, n'est-ce pas, des nouvelles de Jeanne?...
TOM. Non, Marie; son mariage semble nous l'avoir ravie.. . et j'accours pour savoir si vous avez besoin de mon dévouement, si vous avez quelque chagrin ou quelque bon espoir à me confier ; et comme les obligations de mon état peuvent m' éloigner de nouveau, j'ai prié Georges, un ami sûr, que voici [Georges salue Marie), de m'accompagner, alin qu'il pût, au besoin, me remplacer auprès de vous.
MARIE, Vobservant. Georges!...
GEORGES. Oh! vous ne me reconnaissez pas sans doute, moi qui ne vous ai aperçue qu'une fois... à l'auberge des trois routes...
MARIE, entassant près de Georges. Si...
je me souviens. .. merci... je n'ai que d'heureuses choses à vous dire ; depuis votre départ, un homme charitable est venu bien souvent me consoler et m'armer de courage.
TOM. L'économe qui nous a reçus nous a dit qu'il avait promis de se charger de votre avenir.
MARIE. Oui, sa bonté consolatrice offrait h l'aveugle ses secours et son appui protecteur, car il n'osait prévoir que la grâce divine me guérirait de toutes mes terreurs en me rendant la vue.
TOM. Et c'est là l'heureuse nouvelle que m'annonçait votre lettre.
MARIE. Quelle lettre?
TOM. La lettre que vous m'avez écrite.
MARIE. Je ne vous ai pas écrit.
TOM. Vous n'avez pas, il y a trois jours, remis une lettre pour Tom l'officier à un des soldats qui m'avait accompagné ici?
MARIE. Non, Tom!
GEORGES. Singuher mystère!...
TOM. Hier, un soldat de la compagnie que je commandais ici, me voyant de retour, vint à moi et me dit : Je vous croyais encore sur la frontière, mon officier; si bien que je vous y ai dirigé une lettre qui m'avait été remise pour vous... — ^^Et par ([ui?... lui demandaije?. .. — ^ Par cette orpheline d'Anvers, qui était aveugle à l'hospice Saint-Bruno. — Et quand t'a-t-ellc remis celte lettre? — Il y a deux jours? — Où donc ? — Près d'une des portes de la ville... — Elle a donc retrouvé la vue?.. . — Apparemment, medit-il ? — Et tu ne l'as pas questionnée? — Non, me répondit le soldat ; à peine avais -je pris de ses mains la lettre, (ju'elie m'a donnée en tremblant, qu'elle s'est éloignée comme si elle craignait d'avoir été aperçue.
MARIE. Je n'ai pas quitté l'hospice, je ne vous ai pas écrit.
TOM. Et moi, Marie, je n'ai pas eu la patience d'attendre le retour de cette lettre, qui, peut-être maintenant, arrive à mon adresse; j'ai prié Georges, mon ami, de me suivre aussitôt...
MARIE. Toiu!... ce n'est pas la première fois qu'une semblable confusion se rencontre, et cette orpheline qui vous a écrit, celle
que l'on a prise pour moi ne peut être
que Jeanne....
GEORGES e? TOM. Jeanne!
l'écoxomé, entrant. Officier Tom Wilmann, ua soldat de votre compagnie apporte cette lettre qui vient d'arriver pour vous à la caserne du palais.
tom, montant la scène vers lui. Oh ! cette lettre m'inquiétait vivement.
l'économe. G'est ce que supposait le soldat qui vient de me la remettre.
TOM. Oh! merci à vous... merci à lui... [L Econome se retire. Tom, donnant la lettre à Marie. ) Voyez, Marie !
MARIE, prenant la lettre. Avec joie. Je le savais bien, c'est l'écriture de Jeanne
GEORGES. De Jeanne ! mais voyez donc ce qu'elle dit...
MARIE, lisant, après avoir vivement ouvert la lettre. « Ami de Georges, Berthol n'a » pas fait de moi son épouse, mais. . . [elle » s'arrête... continuant) mais sa victime; » je souffre, sans secours, l'opprobre et la » misère »
TOM. Infamie!
GEORGES. L'opprobre et la misère...
♦ MARIE, continuant la lecture. « A chaque » heure, ma vie esten danger... 3'ai pu vous » écrire cesniols... Dieu les conduise près de » vous et vous amène à mon secours ; je vis » cachée dans la seule petite maison isolée de » h forêt des Ormes... »
TOM, vivement. Cette maison, je la connais... c'est une misérable masure qui appartient à Jean le journalier.
GEORGES. Il faut y courir.
MARIE, les arrêtant. Attendez! la lettre n'est pas finie.
TOM. Que dit-elle encore?
MARIE, lisant. « Ne venez qu'à la fin du » jour ; c'est seulement alors que , seule , je » dois et je désire vous voir... Jeanne! » Pauvre Jeanne!
GEORGES. Oh ! nous ne pouvons attendre!
TOM. Puisqu'elle nous le commande, Georges, nous attendrons le soir pour frapper à sa demeure; mais il faut que nous courions sur l'heure à la forêt, que nous allions chez Jean le journalier...
GEORGES. Oui, Tonj, il faut que nous apprenions, en questionnant, ce que Jeanne nous cacherait peut-être, si nous la trouvions en présence de Berihol... O l'infâme !... il lui a donc menti... il nous a donc menti à tous deux!. . . et Jeanne, sans défenseurs, est la victime d'un traître qui la menace, l'insulte et la torture.
TOM. Mais Dieu permet que nous puissions la défendre, Georges!
GEORGES. Oui, Tom, oui... demain, Marie, vous saurez comment nous aurons protégé Jeanne.
MARIE. Oh ! demain, sans retard.
GEORGES. Nous le jurons... à demain...
Viens, Tom, à àon aide, à son aide...
Ils sortent en courant par le fond.
VVW WVV WVVVWVWVWVWWWWWWW Wl* WWW\ VV\ Wti \ ww