SCÈNE VIII
LANDAIS, MARIE, ALBERT, rentrant vivement par la droite.
MARIE. Mon père !. .. vous êtes seul enfin !
LMiDAis, vivement. Ah! Marie... viens...
ALBERT, à la fenêtre. Les révoltés assiègent le pont-levis, messire.
LANDAIS. Qu'importe !
MARIE. Mais ne courez-vous aucun danger?
MANDAIS. Tais-toi... tais-toi, Marie... Les instants sont précieux, et il faut que tu me répondes sans détour... «Est-il vrai, comme tu me l'as dit autrefois, que tu ne désires ni l'éclat ni la pui.ssaiice?... Maintenant comme alors, ne demanderais-tu, pour être heureuse, qu'une demeure entourée d'arbres et la paix dans l'obscurité?...
MARIE, l'ouvez-vous eu douter?
LANDAIS. Alors... tout est bien... Ce que tu désirais, je te l'aurai assuré.
MARIE. Mais vous, mon père, vous ne parlez point de vous-niême ; est-il sûr que vous n'ayez rien à craindre?... Oh! répondez... Au nom de Dieu! ne savez -vous point que je ne veux être sauvée qu'avec vous?.. . que sans vous je ne puis être heureuse!...
LANDAIS, avec une douceur mélancolique^ Tu le trompes... je ne suis que ton père, moi!... [Mouvcnioil de Marie.) Oli ! ne te défends pas... cela doit être ainsi... (Se tournant vers Albert.) Albert!...
PIERRE LANDAIS
ALRERT. Messire?...
LANDAIS*. Approche... Si cette enfant demeurait sans soutien, promets-tu de la défendre contre tous, de l'envelopper de ton amour comme d'une armure impénétrable?..
ALBERT, vivement. Ah ! je le promets.
LANDAIS. Vos mains, alors...
ALBERT, reculant. iMa main !...
LANDAIS. Tu balances ?
ALBERT, embarrassé. Messire!...
LANDAIS. Me serais-je donc trompé... ou plutôt ma disgrâce aurait- elle changé ton cœur?
ALBERT, hésitant. Messire!...
LANDAIS. N'aimais-tu que la fille du ministre tout-puissant?
ALBERT. Mol?.,. Ah! plût à Dieu, messire, que son père n'eût jamais acquis cette fatale puissance, je n'aurais pas à hésiter.
LANDAIS. Que veux-tu dire?...
ALBERT, d'un air sombre. Le sang du chancelier n'eût point coulé!
MARIE , à part. Dieu !
LANDAIS, tressaillant. Du chancelier!...
encore ce souvenir... Ah! je trouverai donc le même reproche sur toutes les lèvres!... Ce sang, ils m'en ont marqué au front comme Caïn! Ainsi, les accusations de mes ennemis sont venues même à mon foyer; elles ont pénétré jusque dans les cœurs qui battaient près du mien... [Regardant Marie.) Toi-même tu baisses les yeux, ma fille...
MARIE, vivement. Non...
LANDAIS. Tu n'es pas sûre de l'innocence de ton père!...
MARIE, vivement. Ne le croyez pas!
LANDAIS, à Albert. Ah! je comprends, maintenant! élevé parmi mes ennemis tu as cru à leurs mensonges ; tu hésites parce que tu as honte dépouser la fille d'un assasin.
MARIE. Mon père !
] LANDAIS. Assassin!,., c'est le nom qu'ils me
» donnent, mon Dieu ! cette dernière épreuve
me manquait ! Et bien , que les enfants
jugent le vieillard, le voilà devant eux,
tête nue. [Il se découvre.)
MARIE. Ah ! ne parlez pas ainsi...
LANDAIS. Mais les juges doivent entendre l'accusé... cet homme que l'on regarde comme la victime de ma haine , qui sait si je ne suis point prêt à rendre compte de son sang ? Si je l'ai frappé , j'en avais le droit !
ALBERT. Le droit!
LANDAIS. Sais-tu si sa vie n'était point un danger pour tous, un crime pour moi? saistu s'il ne fallait point sa mort pour sauver la Bretagne ?
ALBERT. Que dites vous ?
* Marie, Landais, Albert.
LANDAIS. Je dis que le chancelier était un traître qui avait vendu le duché au roi d'Angleterre...
MARIE. Ah!...
ALBERT. Lui!.,.
LANDAIS. Que s'il vivait encore, tu n'aurais plus de patrie!..
ALBERT. Ciel !
LANDAIS. Ah! quand j'ai découvert sa félonie, j'aurais pu la dénoncer publiquement, et le souvenir dont on me fait aujourd'hui une flétrissure serait un titre de gloire; le duc a eu peu de trouver trop de coupables ; il ne l'a point voulu, et les complices du traître eu ont fait un martyr.
ALBERT. Traître... O mon Dieu!... mais alors... son châtiment fut mérité... alors le
coupable n'est point celui qui a frappé
Oh ! ... si c'est la vérité...
LANDAIS. Tu en doutes? viens; les preuves sont là ..
ALBERT. Les preuves?
LANDAIS. Viens , te dis-je.
ALBERT. Non... oh! non, je ne veux point les voir.
LANDAIS. Comment?
ALBERT. Je ne dois point vous croire... je veux pouvoir douter encore.
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