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SCÈNE IL WILHEM, CHRISTIAN

riIRISTI.W.

Eh bien, monsieur le secrétaire, qu'y a-t-il? que se passe-t-il?

WILHEM

C'est au comte Eric lui-même , premier ministre, que lecomleNorberg, ministre de la justice, m'a ordonné aujourd'hui de faire mon rapport.

CHRISTIAN

Et le premier ministre, dont je suis le secrétaire intime, s'il vous en souvient, m'a ordonné de l'entendre en son absence. Je vous écoule. Au moment où la reine va se rendre solennellement au sénat pour accomplir son premier grand acte politique, vous nous devez un rapport sur les dispositions que vous avez remarquées dans la foule qui s'est déjà portée sur le passage de sa majesté. Parlez.

MILHEM.

J'ai traversé les faubourgs; ce n'est qu'un arc de triomphe d'un bout à l'autre. Les rues voisines n'ont pas été moins empressées à se parer d'inscriptions et de fleurs pour célébrer, ainsi que vous venez de le qualifier, le premier grand acte politique de la souveraine bien-aimée.

CUIIISTIAN.

Oui, celle-là peut s'appeler sans mensonge la reine bien-aimée.

WILHEM

Des femmes surtout.

tUIUSTIAN.

De tout le monde, baron Wilhem.

WILHEM

Des femmes par-dessus tout, baron Christian; l'orgueil de leur sexe est (latte; il règne, il porte une couronne , il commande. C'est une femme, disent-elles, qui traite avec les plus grands rois de la terre sur le pied d'égalité. C'est une femme qui tient depuis trois mois le sceptre dans sa main blartche; c'est une femme qui va donner des lois i^ tout le peuple suédois.

cinusriAN.

Et les maris de ces dames font nécessairement partie du peuple suédois.

WILIIEM.

Vous n'ovez aucune idée de la joie, de l'inci-

plicable joie, je sors d'en ôtre le témoin, qui vient de jeter tout un quartier sur le pavé de la rue Ducale, lorsqu'une voix s'est écriée: Voici la reine! mes amies! mes filles! la voici! elle vient! elle est à cheval ! Cette petite toque noire ! cette plume blanche qui voltige! l'éclair de ce diamant! ce velours qui (Ïambe! c'est la reine! Et j'ai vu des femmes, toujours des femmes , baron Christian, qui pleuraient de bonheur, oublier leurs enfants au bout de leurs mains distraites; d'autres, qu'égarait leur soudaine ivresse, tomber à genoux. Et cependant, ce n'était pas la reine; ce n'était que son heureuse et jeune image, la jolie comtesse de Leuvenbourg, qui prend à tâche, vous le savez, de copier en tout le costume et les allures de la reine, comme pour se jouer des méprises de la foule; la comtesse de Leuvenbourg, le bras droit, la conseillère émérite de la reine, l'àme de cette politique dont le comte Éric, en dépit de ses compétiteurs, prétend rester le plus chevaleresque soutien.

CHRISTIAN

Vous vous éloignez un peu de votre rapport, il me semble.

WILHEM

Ensuite, pour me rendre ici j'ai traversé le parc.

CHRISTIAN

Et sans doute la mêmeaflluence populaire dans les allées?

WILHEM

Beaucoup de curiosité, mais moins d'enthousiasme. Les hommes se formaient par groupes, et d'un groupe à l'autre ces hommes paraissaient tous s'entendre sans se connaître. Les visages étaient inquiets, les conversations animées.

CHRISTIAN

Peut-être était-il encore question du supplice de ce baron de Goërz qui eut l'imprudence de soutenir les prétentions du duc de Holstein après la mort de Charles XU, notre dernier roi.

WILHEM

La cause n'était pas celle-là. Comme j'approchais du palais, la rumeur qui semblait me suivre est devenue plus forte et s'est concentrée du côté de la place de (lustave-Adolphe.

CHRISTIAN

Si près !

WILHEM

Une façon de gentilhomme, ivre, à ce qu'il m'a semblé, mais sachant porter son vin, vêtu d'une manière bizarre, et dont l'élégance plus que fanée sentait la misère, du haut d'un banc en guise de tribune, haranguait la populace en criant.

CHRISTIAN

Quand on harangue , on crie toujours ; que criait-il?

WILHEM

Impossible de fendre la presse. Peut-être pérorait-il contre son excellence le comte Eric. On l'applaudissait à outrance et l'on riait.

LA MAIN DROITE ET LA MAIN GAUCHE

CHRISTIAN

Passons. Aucune autre circonstance ne vous a frappé?

\VILHEM

Aucune autre. Ah! j'allais oublier! si ce n'est que le jeune homme surnommé l'amoureux de la reine, moquerie de courtisan dont il s'est fait un titre d'honneur, mesurait de ses pas soucieux la terrasse du château, et que le prince Hermann, l'époux de sa gracieuse majesté, s'occupait sur un balcon à tourner des orangers vers le soleil; ceci se passait tandis que l'on accourait dans le parc à la voix séditieuse de cet original, dont personne n'a su me dire le nom.

CHRISTIAN

Excellent prince Ilermann! Il ne faisait donc pas attention à la foule émue?

WILHEM

Qui ne faisait pas attention à lui.

CHRISTIAN

. .Mais qu'est-ce donc que j'entends? D'oîi vient ce bruit?

l'huissier.

C'est un homme qui vient de s'introduire?

CIIIUSTIAN.

C'est hardi !

Ici la VOIX entendue devient graduellement plus forte; on dislingue ces mots :

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