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LA COMTESSE, WILFRID

Il est masqué, a une rose à la main. Il examine chaque dame, et en remontant le théâtre, il rencontre la comtesse de Leuveubourg.

LA COMTESSE

Serait-ce lui?

Elle le suit des yeux.

WILFRID, à part.

Le bal de la reine a manqué ; mes projets sont détruits peut-être... Et moi qui compt;iis voir face à face, dans celte nuit que je ne retrouverai plus, dans cette nuit de vie et de mort, ce que j'aime le plus au monde, la reine ! ce que je hais le plus au monde, le prince Hermann. [Haut.) Êtes-vous ici depuis longtemps, madame?

LA COMTESSE

Apprenez-moi, monsieur, s'il est d'usage de répondre à une pareille question parce qu'on est sous le masque.

WILFRID

■ On peut avoir de la bonté sous le masque, et c'est un service que je vous demande. Mon sang qui bouillonne m'empêche de voir, et vous avez autour de vous un calme qui attire. Mes paroles vous disent assez, puisqu'elles vous ont froissée, que ma tèie, que mon cœur souffrent.

LA COMTESSE, à part.

Je m'intéresse, je ne sais pourquoi, à cette franchise sauvage {Haut.) Je suis depuis une heure environ dans les salons du comte Eric.

WILFRID

Recueillez bien vos souvenirs. Auriez-vous vu à la ceinture ou dans les cheveux de quelqu'un» de ces dames une fleur semblable à celle-ci? LA COMTESSE, à part.

C'est lui! c'est l'amoureux de la reine. {Haut.) Non, monsieur.

WILFRID

Allons! encore une espérance menteuse! le sort est sans pitié! elle ne sera pas venue.

LA COMTESSE

Cette absence paraît vous affliger beatcoup.

MAGASIN i ilKAl KAL.

^MLFIV1D.

Elle me tue. I\I,ilgié trente lieues franchies, dévorées tout d'une iialcine. pour aller en douze heures de Stockliolni à Fraisier, et revenir de Fraisier A Slockiiolin, il me restait encore un peu de souffle dans la poitrine. La déception qui m'attendait au retour me l'enlève.

LA COMTESSE

Trente lieues en douze heures !

WILFRID

Pour rapporter de Fralster à travers la neige cette rose que je suis ailé y chercher.

lA COMTESSE.

Ne Yous laissez point ainsi abattre; demain on vous saura gré d'un tel effort chevaleresque, et l'on se fera pardonner l'absence.

MILFRID.

Demain, pas plus qu'hier, saura-t-elie si j'existe? demain, des valets décloueront ces tentures, descendront ces tableaux, ces lustres, rouleront cette immense fcte, et tout sera éteint, enseveli. Ce soupir, ce frémissement, madame... Aimericzvous donc aussi sans espoir? Oh ! tenez, qui que vous soyez, vous avez calmé le désordre de ma pensée et appelé ma conliance. Un jour, vous aurez peut-être besoin d'un ami, d'une épée, disposez de mui.

Wilfrid SG démasque.

LA COMTESSE

Monsieur Wilfrid, remettez votre masque.

wiLFRio, le visage découvert.

Mon nom! vous avez prononcé mon nom!

LA COMTESSE

Vous aimez la reine* Pauvre jeune hoiiime!

WILFRID

Qui êtes-vous?

LA COMTESSE

Le bracelet de la comtesse de Lcuvenbourg vous a servi pour entrer?

WILFRID

Mais qui êtes-vous ?

LA COMTESSE

Le bal a ses sortilèges.

Oh ! qui que vous soyez, dites-moi si la reine est ici î

LA COMTESSE

Non.

WILFRID

Viendra-t-elle ?

LA COMTESSE

11 est si lard, j'en doute maintenant.

WII.FRII).

Douleur!

LA COMTESSE

Vous l'aimez donc beaucoup?

WII.FKin

Si je l'aime ! un jour, au milieu d'une émeu te, sa voiture m'a passé sur le cor|»s.

LA COMTESSE, pOUSSOTlt UTl cH.

Ah!

nmiÎrid, lu prenant par le bras, Uui èlcs-vous ?

I,A COMTESSE

Je ne suis pas la reine.

VILFRII).

C'est étrange! à votre cri, la douleur de mon bras a répondu; le cri et la douleur ont cru se reconnaître.

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