SCÈNE II
nODOLPHINE, LA COMTESSE DE LEUVEN- BOURG.
RODOLPHINE.
Vous venez me j)arlfr de mon fils; que savez- V0U8 de mon fils?
Du courage, madame; il est arrêté.
RODOLPHINE.
Ah! je n'aurais pas dû le demander.
LA COMTESSE
L'auteur de l'oulrage public fait au prince Hermann au bal du comte Eric, c'est lui.
RODOLPHINE.
Malheureux! il y était donc! s'il savait toute l'étendue de sa faute ! 11 faut le délivrer, madame.
LA COMTESSE
.l'accours pour cela. Je suis encore parée du bal, vous le voyez. Vous parlez à la comtesse de Leuvenbourg.
ROnOI.PMlNE.
La comtesse de Leuvenbourg! ah ! vous êtes de la cour, vous approchez la reine; vous la verrez; voyez-la tout de suite, disposez-la en faveur de mon fils, obtenez d'elle qu'on le mette en liberté.
LV COMTKSSE.
J'ai vu la reine, et la reine a refusé.
RODOLPHINE.
Refusé!... c'est que vous avez mal présenté votre demande, faiblement.
LV COMTESSE
Je n'ai pas demandé; j'ai prié.
RODOLPHINE,
Je me serais jetée à ses genoux.
LA COMTESSE
Je me suis assise sur les genoux de la reine, les deux bras passés autour de son cou, comme une sœur plus jeune fait avec sa sœur aînée.
RODOLPHINE,
Et elle a refusé!
LA COMTESSE
En m'embrassant. Le comte Norberg était là.
RODOLPHINE.
Et qu'importe le comte Norberg! Qu'est-ce que le comte Norberg? c'était de vous à la reine.
LA COMTESSE
En se tournant vers moi, le comte m'a dit froidement qu'on ne gouvernait pas avec de la pitié, mais avec des lois.
RODOLPHINE.
Mais ce procès n'est pas possible: y songc-t-il? — Non, il n'aura pss lieu. Et cela vaut mieux, tenez! pour la reine, pour tout le monde. Le prince Hermann, l'otrensé ne saurait le vouloir; il sera le premier à l'empêcher.
LA COMTESSE
Il s'est montré aussi irrité que le comte Norberg, aussi ardent que lui à convaincre la reine
qu'elle devait punir exemplairement le coupable.
K()nOI,PHI\E.
Il a dit cela! c'est impossible! vous avez mal compris. Hermann, le prince Ilermann , veut qu'on traite sans piiié mon fils! il a dit : Je demande que Wiifrid soit puni?
LA COMTESSE
Il ne s'est pas exprimé ainsi, madame, ne sachant pas encore le nom du coupable. Moi seule ai reconnu voire fils, quoiqu'il eût repris son masque, parce que j'étais prés lui, près du prince, quand l'affront a été commis.
RODOLPHiNE, à part.
Je comprends maintenant. Il ignore celui qui lui a fait outrage. { Haut. ) Et le prince Hermann a demandé vengeance?
LA COMTESSE
II a signé devant moi l'acte d'accusation.
RODOLPHixE, à part.
Tout espoir est perdu. Dieu veut donc cela! Haut. ) Il n'y aura plus que vous, madame, pour le sauver.
LA COMTESSE
Moi, le sauver! et comment, quand la reine ne le peut pas?
ROnOLPHINE.
Je parviendrai alors jusqu'à ce comte Norberg; il a des amis, les connaissez-vous? j'intercéderai auprès d'eux; il a un« famille, des enfants, une fille ; je prierai son plus jeune enfant, je le supplierai de m'entendre; une mère qui prie un enfant suspendu au bras de sa mère fait de l'enfant un ange, plus qu'un ange. Dieu même! Vous serez avec moi, près de moi.
LA COMTESSE
Le comte Norberg, n'a pas d'enfant.
RODOLPniNE.
J'en étais sûre! aurait-il refusé d'épargner le mien ? Cherchons ! mais, cherchez!... Insensée, comme si vous pouviez partager mes angoisses, entrer dans mes douleurs! Moi, je suis sa mère, je souffre en lui ; mais vous, pardon de l'avoir oublié, vous ne lui êtes rien ; vous venez ici portée par la pitié, parce que vous me savez sa mère, parce que vous avez un bon cœur, noble comtesse de I.euvenbourg! mais pour le pl.iindre, le pleurer, le secourir, il faut l'aimer, beaucoup l'aimer.
LA COMTKSSE.
Kl pourquoi suis-je ici, miidamc?
RODOLPU:.\E
Ah! vous l'aimez donc?
LA COMTESSE
Si je l'aime! lui dont le sang a coulé pour moi sur le pavé! Si je l'airm»!...
RdDOLPUlNE.
Mais alors nous sommes deux, nous sommes fortes.
N*eût-ii pas fait tout cela, je l'aimerais eiu,ore. Il faut bien que je le dise a quelqu'un. A lui,
c'était trop ; à personne, ce n'était pas assez. 11 est malheureux et vous êtes sa mère. Oui, je l'aime, je l'aime !
R0D0LPUI\E.
Que vous êtes belle!
LA COMTESSE
C'est moi maintenant qui vous crie : 11 faut le délivrer.
RODOLPUINB.
Que vous êtes belle !
LA COMTESSE
On achète des geôliers.
ROnOLPHINE.
Avec beaucoup d'or, et je n'en ai pas.
LA COMTESSE
Je n'en ai pas non plus, mais on en trouve, on en fait. Je vendrai tous les diamants de ma mère, ma couronne de comtesse, qui est sans prix.
RODOLPU1.\E.
Votre couronne !
LA COMTESSE
Bénissez-moi, et je n'aurai rien perdu.
RODOLPHiNE, embrassant la Comtesse.
Ma fille, que vous êtes belle!
LA COMTESSE
Vous voyez que je n'ai pas besoin de diamants pour cela.
RODOLPHl.NE.
Maintenant, courons à sa prison.
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