SCÈNE X
WILFRID , seul.
Dès le commencement du monologue, on entend tinter une cloche. La nuit vient graduellement.
Elle m'aime! mon ciel se découvre. Jeunesse, espoir, bonheur, existence, reparaissent ensemble. Retrouver mon père, être aimé de la comtesse de Leuvenbourg, c'est trop. La joie, comme une mer, déborde mon cœur; l'étonnement est si grand qu'il me fait douter de moi-même. Est-ce
'ivresse, folie, rêve, réalité? n'importe. Vivre et être aimé! Vous voulez donc me faire douter du ciel, 6 mon Dieu! en m'accordant tant de féli-
■ cillé sur la terre 1 Mon cœur n'est pas ingrat. Je voudrais dire au monde entier: J'aime, je suis aimé. ( Ici le sonde la cloche devient plus fort.) Du calme, mon âme! recueillez-vous. Oh! que le doux tintement de cette cloche lointaine me réjouit, me berce et s'accorde avec la fièvre demes sens! Comme elle murmure à mes oreilles des paroles enchantées! Ne croirait-on pas qu'elle me dit : Wilfrid! Wilfrid! Wilfrid! elle vous aime, elle vous aime, elle vous aime ! (A cet endroit du monologue, Donald et plusieurs autres amoureux de la Reine , armés de flambeaux, s'introduisent, et debout près de la porte, ils écoutent l'hymne rêveur de Wilfrid.) Et vous irez tous les deux par les bois,— par les prés,— le long des clairs ruisseaux, — par les prés, — tous les deux rêveusement le matin; elle, regardant l'herbe des champs; et vous, son époux, son ami, son époux, son ami, — baisant sa main, — sa petite main, — sa blanche main. Oh! cette cloche me rend fou... c'est qu'elle dit cela !
«M^A>MVVt««VM«VVVVV^V«A«MIVVVVVViV\M«VVVVVVVVM\VVVV^^