‹ [Magasin théâtralChapitre 139 sur 1545 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

BERTHOL et DANIEL, sur.la route.

DANIEL. Je ne puis espérer que tout cela s'arrangera.

BERTHOL. Tu trembles toujours, toi

D'abord, tu le sais, nous serons silencieux... et tu iras le premier causer avec Jeanne.

DANIEL. Oui, c'est convenu.

Ils entrent dans la maison.

BERTHOL, aj)rès avoir examiné. Elle n'est pas encore revenue; tant mieux, cela nous donne le temps de la réflexion.

DANIEL. Plus je réfléchis, moi, et plus je crois que tu n'obtiendras jamais ton pardon de Jeanne.

BERTHOL. Si je n'ai pas mon pardon, je te l'ai déjà dit, avec ce que je sais de l'histoire de Georges, qu'elle aimait, je pourrai paralyser toute sa colère ; mais elle pardonnera.

DANIEL. Mais tu n'es son époux que de nom, et tu l'as menacée presque de la mort.. .

BERTHOL. Est-ce que tu as oublié, Daniel, nos jours d'amour trompeur, alors que nous savions si bien séduire, trahir et consoler les femmes?

DANIEL. En avons-nous trompé!

BERTHOL. Jeanne est jeune... impressionnable, sans défense... j'ai été, moi, fascinateur. .. habile, et toujours pardonné.

DANIEL. Oui, quand, à Naplès, on t'appelait le beau René.

BERTHOL. Est-ce que je suis bien changé. Daniel?

DANIEL, l'observant. Tu as quelques cheveux blancs.

BERTHOL. Nous Ics cacherous. . . et d'abord, Daniel, nous allons employer un moyen qui nous a souvent réussi.. . une lettre de repentir vaut mieux que tous les discours possibles. . . Assiedo-toi là , je vais te dicter. . . et dépêchons.

B AMEL,- s' asseyant; trouvant la lettre de Jeanne sur la table. Mais elle est revenue, elle a écrit pendant notre absence... une lettre signée d'elle, à toi. .. {Donnant la lettre.) Vois donc!

Il éclaire avec sa lanterne, '

BERTHOL, prenant Ja lettre. Une lettre de reproches, sans doute; tant mieux, ellemOtive une réponse... Que dit-elle? {Lisant.) « Le » désespoir et la misère Qui ont épuisé mes

» forces m'ont appris à douter... Quand vous » lirez cotte lettre, je serai morte !. . . » JMorte ! DAMEL. iMorte! Pauvre Jeanne!., pauvre BerlhoH... {Entendant du bruit au dehors.) Maisquelestcebruit?... je vais voir, Berthol.

Il sort sur la route.

BERTHOL. Oh ! je n'ai plus la force de la lutte... ou le courage de l'espérance... [Déchirant la lettre.) Anéantissons cette lettre accusatrice.

DANIEL, effaré, rentrant en courant. Berthol.,. Berthol, fuyons sans retard; je viens de voir de loin des torches allumées portées par des valets à la livrée du prince. .. Ils viennent de ce côté.

BERTHOL. Le prince vient donc chercher sa fille?»..

DANIEL. Sans doute

RERTHOL. Fuyons, Daniel.

DANIEL. Oui, mais pas ensemble.... ma compagnie ne pourrait te sauver, la tienne pourrait me faire pendre !... et je m'en soucie peu, j'en ai assez.

RERTHOL. Tu BS raison, va-t'en ! pars le premier.

DANIEL. Adieu!...

Il sort par le fond.

BERTHOL. Bon vovage! {Accablé. ) Perdu! .. . dépouillé... criminel!. .. Et ce matin encore, je rêvais qu'un jour je gouvernerais la Hollande!... {Apercevant la lueur des torches.) Déjà la lueur des torches.'... {Prenant sa carabine et son manteau.) Allons, à moi la nuit... compagne du vagabond!

Tandis que Eerlliol s'enfuit par le fond, on voit paraître sur la route l'étranger qui conduit les va'.etséclaireurs qui précèdent le prince.

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