SCÈNE PREMIÈRE
L'ÉTRANGER , puis GUILLAUME.
l'étranger ; il entre en portant des pots et des fjobclets qu'il va poser sur un dressoir, puis il range les chaises. Me voilà arrivé au but que je me suis proposé. ... A l'exception do celte hôtellerie , toutes sont fermées dans la ville... Oui, avec de l'or et le nom du prince Guillaume , on peut beaucoup dans cette ville de Mons , où il est aimé de tout le monde. Il va bientôt venir m'y joindre , et veut y rencontrer cette Jeanne', qui doit y arriver ce soir; et je veux, moi, que, par mes soins, il l'y rencontre à coup sûr et sans peine.... Ah I les difficultés se croisent, et les événemcns marchent vite. Mais, par la mort Dieu 1 je ne vais pas lentement, et si jamais. ..
Guillaume, qui est entré pendant lesderniers mots, s'est approché de l'Etranger.
GUILLAUME, Ini frappant sur l'épaule.
Dites-moi l'hôtelier.
L'ÉTRANGER. Vous, priuce, déjà?
GUILLAUME, le reconnaissant. C'est toil
L'ÉTRANGER. Oui.
GUILLAUME. L'inquiétude a doublé ma vitesse... j'allais dr-inander de tes nouvelles. Avons-nous une chambre préparée?... Yicns, je yeux être seul avec toi.
l'étranger. Nous sommes absolument seuls dans l'hôtellerie; mon prince; ainsi personne ne peut nous entendre.
GUILLAU.ML. Dis-moi donc d'abord com-
ment nous sommes seuls ici, et pourquoi tu portes cet habit?
L'Etranger porte un. habit d'hôtelier.
l'étranger. Cet habit, mon prince, je le porte pour vous servir, et je vais en peu de mots vous expliquer pourquoi je l'ai cru nécessaire. {Il fait asseoir le prinre.) Vous vous disposiez, mon prince, à faire' chercher et amener près de vous deux orphelines d'Anvers, appelées toutes deux des noms baptistaircs de votre femme , pour voir si vous trouveriez en l'une d'elles votre fille qu'un coup d'ceil paternel aurait distinguée sans méprise... quand je vins vous apprendre la retraite de cette Jeanne , femme de maître Berthol.
GUILLAUME. Et quand nous fûmes si cruellement déçus en arrivant à celle misérable maison que nous trouvâmes déserte Ensuite?.. .
l'étranger. Uneheme après noussavions déjà quecetteJcanne.qui avait siétrangement fui de cette maison, venait, accompagnée de deux jeunes gens , de monter en voiture pour
se rendre à Mons Chargeant alors votre
ministre Riperdadu soin de chercher i'aulre femme, vous avez voulu vous attacher au pas de celle qui semblait se hâter di; quillcr vos étals , et vous m'avez donné, avec de l'or et votre meilleur' cheval, l'orJrc de vous|)récéder ici , à Mons ; et comme vous ne m'avez pas conmiandé de faire publiquement arrêter celle f<'mme à son passage ,à la frontière, ce qui aurait été un moyen sûr pour l'avoir
LES ORPHELINES D'ANVERS
en votre puissance, l'e me suis permis de croire que vous vouliez la rencontrer sans être connu d'elle , et que peut-être vous désiriez la voir et l'entendre avant de ,1a questionner et la nommer publiquement votre fille.
GUILLAUME, se levant. Et tu as bien prévu, car, avant de la recevoir au palais d'Amsteraam, si je trouve ma pauvre fille, que les guerres et ma proscription ont jetée seule aux hasards , je voudrais l'avoir vue , ne fût-ce qu'une heure, dansson ignorance et sa misère.
l'étranger. Et c'est pour vous conduire à ce but que j'ai employé mon temps et l'or que vous m'avez donjié... Je viens de faire fermçr aujourd'hui toutes les hôtelleries de JMons, à l'exception de celle-ci, où je devais vous attendre , et dont , vous le voyez , je remplace jusqu'à demain le maître ; si bien que tous les voyageurs seront forcés d'y descendre , que Jeanne y viendra , que nous seuls seront ses hôtes, et que, par adresse ou surprise, vous pourrez au besoin tout voir et tout entendre.
GUILLAUME. J'avais dans cette grave circonstance besoin d'un homme actif, intelUgent, et je t'avais jugé tel.
l'étranger. Vous vous êtes donc souvenu de m'avoir rencontré, mon prince?
GUILLAUME. Oui ; je t'ai vu depuis deux mois, suivant mes soldats, et servant heureusement et volontairement mes armes ; enfin ce fut toi qui le premier me donnas une trace probable de ma fille. Je ne sais quel intérêt te fait agir ainsi, mais j'ai découvert en toi l'homme d'exécution qui pouvait )ne servir, et j'attends que tu me demandes ta récompense.
l'étranger. Ne parlons pas de ma récompense, mon prince.
GUILLAUME. Tu es uu homme bien élrange .
l'étranger. On me l'a dit quelquefois... Dieu fasse que je puisse être pour vous un homme utile! Si vous le voulez, mon prince, je vais d'abord vous faire voir comment est disposée celte maison.
GUILLAUME. Oui, Car il faut que nous y préparions nos rencontres.
l'étranger. J'en ai fait deux fois le tour, et je vais vous conduire.
GUILLAUME. A l'iustaut.
l'étranger. Par ici d'abord. . .
Ils entrent dans le vestibule et disparaissent.
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