SCÈNE IV
ROBERT D'ESTOUTEVILLE, LANDAIS, MA- THIEU LUC, Arcuers dans le fond, VITRÉ FOATENAILLE.
ROBERT, tombant atterré dans un fauteuil. Malheur! ô malheur!
LANDAIS, entrant précipitamment.
Sur mon âme t
Savez-vousbien, Robert, qu'il faut que cette femme Je la voie aujourd'hui! mes bons archers aidant. J'ai fait taire l'émeute autour de nous grondant; Leur foule rentre enfin sous mon obéissance... Et voilà Mathieu Luc, leur chef, en ma puissance ; Mais rien n'est fait encor; ces papiers dangereux. C'est Perrette Mauger qui les a...
ROBERT
Malheureux! Jusqu'où mon fils par vous s'est-il laissé conduire?
LANDAIS, sans l'écouter.
Si dans la maison juive on pouvait s'introduire!
ROBERT
Oui, partez; ce projet est de ceux qu'on poursuit! Allez ; choisissez l'heure et que ce soit minuit: Vous serez attendu, non pas vous :mais peut-être Verrez- vous s'entr'ouvrir la porte ou la fenêtre, Et quelque douce voix comme venant du ciel. Vous parlera d'amour en vous nommant Brommel.
LANDAIS
Brommel... quoi! votre fils!
ROBERT, se levant.
Vous l'ignoriez!
LANDAIS
De grâce...
Dites-moi...
ROBERT, élevant la voix.
Je vous dis qu'à cette même place, Tout-à-l'heure au respect sa fierté succéda ! Brommel est amoureux d'une enfant de Juda! C'est une Israélite, une fille damnée Qu'il épouse demain! Avant cet hyménée A minuit, en secret, tous deux doivent se voir Chez Perrette Mauger!
MATHIEU LUC, écoutant.
Hein!
LANDAIS, à part.
Minuit! quel espoir!
Brommel vous a-t-il dit le nom de cette juive?
Rachel.
MATHIEU LUC, s'avançant.
Rachel ! c'est faux !
LANDAIS, se retournant.
Qu'est-ce?
MATHIEU LUC
C'est faux !
A Robert.
J'arrive Afin de vous laisser, monseigneur, averti Qu'en vous disant cela ce Brommel a menti!
ROBERT
D'où vient...
MATHIEU LUC
Que parliez-vous d'union commencée?
La femme dont on parle elle est ma fiancée. Entendez-vous ?
ROBERT
Rachel !
MATHIEU LUC
C'est un nom hasardeux Que ce nom inconnu qu'on jette entre nous deux! Quel cstdonc ceBrommel? un des vôtres sans doute !
BIAGASIN THEATRAL.
C'est mon Gis.
MATHIEU LUC
Par le ciel! dites-lui bien...
ROBERT, lui saisissant le Iras.
Écoute!
Rachel... qui t'est promise... elle t'aime?...
MATHIEU LUC
J'ai foi Aux sermens prononcés sur la divine loi !
ROBERT
Eh bien ! veux-tu demain que Rachel t'appartienne?
MATHIEU LUC
Ohl
ROBERT
Veux-tu que sa main soit unie à la tienne?
MATHIEU LUC
Demain!
ROBERT
Landais et moi nous t'offrons notre appui. LANDAIS, à Mathieu Luc.
Tu l'épouses demain, si tu veux aujourd'hui Être notre allié, notre ami, notre frère!
MATHIEU LUC
Qu'attendez-vous de moi ?
RIathieu Luc, je puis faire Que demain les flambeaux pour toi s'allumeront, Et que ta mariée, une couronne au front, Pour se rendre à l'autel traversera la ville... Je me nomme Robert, seigneur d'Estouteville, Et ce que je promets, je le le jure ici, Cela sera, veux-tu ?
LANDAIS
Je te le jure aussi !
MATHiEU^LUC, à Landais, Vous !
LANDAIS
Promets seulement, promets-moi de me rendre Ces papiers dérobés...
MATHIEU LUC
Vous pourrez les reprendre...
Plus de vengeance au cœur ; vous les aurez.
LANDAIS
C'est bien, J'ai ton serment.
MATHIEU LUC
C'est dit.
LANDAIS, lui tendant la main.
Pour moi, voici le mien!
Et Dieu me soit témoin, lui qui punit les traîtres.
MATHIEU LUC
Ressouvenez-vous bien de vos sermens, mesmaUrcs! Sur un signe de Lamlais, Fontenaille et Vitré congédient les archers qui gardaient la porte. On entend du bruit au dehors, et une voix qui cric :
MATHIEU LUC, 5e retournant.
Cettcvoix...Ahl j'aurais dû songer...
Allant au fond.
Mère, entrez, me voilà...
LANDAIS
Ciel! Perrelte Maugerl
PERRETTE MAUGER, reconnaissant Landais.
Landais !
LANDAIS
Laissez-nous seuls I
S'appro chant de Pcrrette Mauger.
Ici que viens-tu faire ?
Perrette Mauger montre Mathieu Luc.
Tu cherchais Mathieu Luc, tu me trouves.
MATHIEU LUC
Ma mère.
Qu'ordonnez-vous ?
PERRETTE MAUGER, montrant Landais.
Je veux lui parler sans témoin.
MATHIEULUC.
Je sors; appelez-moi, je ne serai pas loin!
Mathieu Luc sort avec Robert d'Estouteville.
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