SCÈNE V
Les MÛMES , BROMMEL.
BROMMEL, entrant.
Rachel...
MATHIEU LUC s'élance au-devant de lui.
Un pas de plus, je vous tue!
BROMMEL.
Au passage Qui doue m'arrête ainsi?
M.VTHIEU-LUC.
Moi ! c'est moi ! mon visage
Vous est connu, monsieur! ceci vous appartient...
Il lui jette à la face la plume noire qu'il aôtée de sou
chapeau.
Et maintenant, Brommel, ce fer contre le tien !
En garde !
PERRETTE MAUGER , LANDAIS et d'eSTOIITEVILLE.
Malheureux !
MATHIEU LUC , criant.
En garde!
RACHEL
A sa défense Courez !...
Elle s'évanouit; les femmes qui l'entourent la soutiennent , et la conduisent dans son appartement.
BI.VTHIEU LUC.
Le châtiment égalera l'offense t Heureux époux ! ma rage ardente à t'insulter. T'offre ce duel sanglant que tu vas accepter , N'est-ce pas ?...
BROMMEL , froidement.
Votre nom?
MATHIEU LUC
Mathieu Luc, nom vulgaire î Qu'importe ! comme un duc je puis vouloir la
[ guerre, Et de chaque bruyère et de chaque genêt Faire lever du fer, car ce sol me connaît ! Je suis roi de la lande ignorée et sauvage, Et ma voix a des cris qu'on entend dans l'orage I Et celui qui, chez nous, ne craint ni roi ni duc. Celui-là comme un chef craint encor Mathieu Luc! Eh bien?...
BROMMEL.
Je refuse...
M.4.TmEU LUC, reculant.
Ah!...
BROMMEL , avec beaucoup de calme.
Que le vassal s'en aille Conquérir un blason sur les champs de bataille, El qu'il revienne à nous avec les éperons De chevalier.. . alors seulement, nous verrons I
MATHIEU LUC
Ainsi tu ne veux pas...
BROMMEL.
Vous savez ma réponse.
Non.
MATHIEU LUC
Prends garde au refus que ta bouche prononce I Tu refuses, Brommel!...
BROMMEL.
Je refuse.
MATHIEU LUC
Tu veux Que de honte ton père arrache ses cheveux... Tu m'y forces, Diommcl !
Tirant de dessous son surcot de bure une liasse de lettres. Tiens ! .. j'ai là ma vengeance l Se retournant vers Robert d'Eslouteville,
Monsieur d'Estouteville! au nom du roi de France, Votre maître, arrêtez cet homme que voilà...
Montrant Brommel.
Vous me serez garant de sa personne. Il a, Prêtant aux trahisons son appui volontaire, Armé contre Louis Richard trois d'Angleterre. Du fait que je vous dis, ces papiers feront foi. Vous les aviez perdus, je les ai trouvés, moi! Les voici tous ! Songez combien est imposante L'auguste volonté qu'ici je représente!
Je parle au nom du roi Louis onzième, et veux, Montrant les criminels qu'on sévisse contre eux !
Mouvement marqué de Landais.
L'insulte sans vengeance est chez nous chose vile ! Faites votre devoir, monsieur d'Estouteville ! Vous êtes en ce lieu l'envoyé de la loi; Obéissez, monsieur, faites, au nom du roi!... BROMMEL, à d'Estouteville, en s' approchant de
lui.
Mon père...
ROBERT
Eh quoi!
BROMMEL.
Mon père, un devoir vous réclame :
Il vous faut l'accomplir...
ROBERT, avec effusion.
Jamais... non, sur mon âmeî Jamais... Moi l'arrêter! moi, son père!
Pourtant...
ROBERT
Non, dis-je, non !
MATHIEU LUC
Songez que le roi vous attend!
ROBERT
Oh! qu'importe ! ce bras! qu'il en choisisse un autre!
MATHIEU LUC
Et lequel donc ici peut suppléer le vôtre?
L.ANDAIS, à part, regardant Mathieu Luc. Dieu m'inspire ! écartons ce danger.
MATHIEU LUC
Donc, le roi Ne trouvera personne ici?
LANDAIS, résolument, passant au milieu.
Moi! si fait ! moi!
Il prend les papiers des mains de Mathieu Luc. ROBERT.
Vous!
LANDAIS
Je ne suis l'amant ni le père, et j'ordonne Que Brommel à l'instant soit arrêté... Personne Ne m'entend?...
ROBERT, avec stupeur.
Vous!... Landais!... c'est vous qui...
LANDAIS, impassible.
C'est assez !
Je suis le graud prévôt de Nante !
Aux hommes de la suite.
Obéissez !
BROMMEL.
Allons, mon père... allons ! c'est une rude tâche Qu'il vous épargne.
A Perrette Mauger.
Jlère, embrassez-moi !
MATHIEU LUC , regardant Landais.
Le lâche!...
Mais Rachel est sa fille... 0 justice de Dieu! Je te livre cet homme !
BROMMEL.
Adieu, ma mère, adieu!
Tous sortent , à l'exception de Jlathieu Luc.
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