SCÈNE VT
MATHIEU LUC , RACHEL , rentrant..
MATHIEU LUC
Vengé !...
Allant à elle.
Rachel... c'est toi... ma sœur! ma fiancée! Mais je sens dans mes mains frémir ta main glacée! C'est moi qui l'ai livré... Quoi! tu pleures? tes
[yeux Le cherchent... Ce Brommel... ce rival odieux...
RACHEL, avec égarement.
Oh donc est-il ?
MATHIEU LUC
Malheur! malheur! c'est lui qu'elle aime! Fou que j'étais d'aimer une fille bohème! Un enfant que la grâce a sevré de son miel, Et qui peut regarder la-haut sans voir le ciel! Insensé! Ton Brommel perdu pour toi, te dis-je!
RACHEL
Mon Dieu !
MATHIEU LUC
Rien ne le peut sauver, rien, qu'un prodige ! Il faudrait que moi-même... or, je l'ai défié... Je l'aurais tenu là, sans merci, sans pitié. Sous mon genou, couché, se débattant... le glaive Levé!... C'est un bonheur quelemauditm'enléve! Il refusa ! son fer rouillé dans le fourreau...
Riant.
Refuser l'adversaire et prendre le bourreau, Comprends-tu! c'est cela qu'il a fait! Dieu legardei
RACHEL, retombant brisée et mourante.
Oh! je meurs!
MATHIEU LUC, allant à elle.
Malheureux! malheureux!
RACHEL, d'une voix faible.
Tiens, regarde'.
Tu m'as tuée.
MATHIEU LUC, désespéré, A moi!
RACHEL
A tes genoux...
RACHEL
Car son amour, c'était ma joie, entendez- vous!
Et tu me l'as ôtée, et tu me l'as ravie ! C'était là mon seul bien, ma lumière, ma vie! Le souffle, l'âme, tout ! oui, tout, en vérité! Le bonheur et l'espoir... et tu me l'as ôté!
MATUIEU LUC.
A votre tour, silence ! Oh !
RACUEL.
Détruite", détruite Sans retour...
MATHIEU LUC , ovec égarement.
J'aurais dû le tuer tout de suite.
Pourquoi, mon Dieu ! pourquoi l'ai-je laissé partir?
Il va vers la porte du fond.
BAcuEL, se levant avec elfort, e( s appuyant contre Vautel; elle étend le bras vers le livre de la loi.
Devant la sainte loi qui ne saurait mentir, Sur ce livre sacré, redoutable au parjure. Par le Dieu de Moïse et d'Abraham, je jure Que je garde à Brommel mon amour ! que c'est lui Que j'aime!...
Oh!
RACIIEL.
Lui, mon Dieu ! que s'il meurt aujourd'hui Je mourrai! Pour tous deux, seigneur, la même
[tombe!
L'assassin de Brommel sera le mien! et tombe Sur lui, dès ce moment, sur ce front réprouvé... MATHIEU LUC va à elle, lui prend le iras levé pour la malédiction, et l'amène lentement sur le devant du théâtre.
Rachel, vous mourrez donc si Brommel n'est sauvé?
RACHEL
Oui.
MATHIEU LUC
■\'ousvoilàbien faible. Hélas! votre main tremble! Elle mourir, mon Dieu !
RACHEL
Vivre ou mourir ensemble.
MATHIEU LUC
"Vous l'aimez jusque là! C'est bien, Rachel, je vol.. . Parlez, alors, parlez. Que voulez-vous de moi ? Dites, me voilà prêt, il n'est plus rien qui coûte A ce cœur dévoué .. Ma sœur, je vous écoute.
RACIIF.L.
Ce langage! Est-ce vous, Mathieu Luc, qui parlez?
MATHIEU LUC
Oui, c'est moi qui vous aime, et que vous accablez, Que vous alliez haïr, que vous alliez maudire... Et qui trouve en mon cœur des forces pour vous
[dire :
Ce qufe je veux de vous d.ins les jours à venir, Ce qu'il me faut, Bachel, c'est un bon souvenir, Rien de plus. Voire amour conservez-le pour
[l'autre.
Puisquemon cœur aim.intn'a pu trouver In vôlre, Il se taira. Ma sœur, i)arlcz; dès ce moment L'amour de .Mathieu Luc se rhaiigc en dévouement, ites, et vous verrez si mes ollres sont vaines !
Demandez-moi mon sang , et j'ouvrirai mes
[veines.
Est-ce mon sang qu'il faut? parlez !
RACHEL
C'est plus encor.
MATHIEU LUC
Tout, vous dis-je I
RACHEL
0 mon Dieu!
MATHIEU LUC
Mon âme, ce trésor Que je veux rendre à Dieu sans souillures, sans
[tache.
Que la damnation après elle s'attache, Et que Dieu, s'il le faut, éloignant son pardon... Ce n'est pas cela, femme ! Oh 1 que voulez-vous
[donc?
N'est-ce donc point assez qu'il se damne ou qu'il Cet homme!... [meure,
RACHEL
Mathieu Luc, vous disiez tout-à-l'heure.
Que vous seul, de leurs lois brisant l'autorité, Vous ]touviez à Brommel rendre la liberté... Vous seul !...
MATHIEU LUC
J'ai dit cela, moi!
RACHEL
Mes terreurs sont grandes!
A genoux... à genoux.
MATHIEU LUC, Se penchant sur elle.
Qu'est-ce que tu demandes 7 La liberté pour lui... pour qui? Mais sais-tu bien Que tout mon sang bouillonne, et qu'il me faut
[le sien?
La liberté, la vie, est-ce pas! pour qu'il vienne.;. Oh ! non ! de ma vengeance il faut qu'on se sou-
[vienne, Etque ton Brommel meure ainsi que j'ai prédit... Il faut... iSon, non, Rachel, ma sœur, je n'ai rien
[dit...
Ces larmes, ces sanglots... ils me brisent!
RACHEL
Sa grâce I
MATHIEU LUC
Relève-toi, mon Dieu!
IVACnEL.
Je reste à cette place...
Ou sa vie ou la mienne.
Oh 1 dcvais-je éprouver...
RACHEL
Sauvez-le, Mathieu Luc !
M^vriIIEU LUC.
Le sauver ! le sauver I
RACHEL
Et tout, votre fureur, vos paroles sanglantes. Voire haine de fer brisant mes mains lrend)lantes, Vos cris, me promenant un avenir mauvais, Tout, oui, j'oublirai tout si vous partez!...
MATIITEC LUC.
J'y vais!
MATHIEU LUC
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