‹ [Magasin théâtralChapitre 1420 sur 1545 · VCUAKIE · texte numérisé non relu

VCUAKIE

Kt je vous répondis que vous auriez la table.

BKICK.

Kt rien dessus.

ZACHAKIE.

Le banchissage.

BKICK.

C'est moi qui lave mon linge et je n'ai que ce que je porte.

ZACHAKIE.

Le logement.

BKICK.

.le couche près de la grand' porte de la rue, dans une espèce de guérite a chien.

ZACHAKIE.

C'est l'image de la (idélité... l'nfiii je vous promis que vous ne toucheriez pas un ducat durant les cinq premières années, et j'ai tenu ma promesse... mais si au bout de ce temps vous avez fait preuve d'abstinence, de docilité, de vigilance, de dévouement sans bornes, je vous payerai vos gages de cinq ans tout à la fois, à raison de quatre cents ducats par an... Brick, un jour, vous serez riche.

BBICK.

Cerlaineinent, inallre, ce fui bien la ce qui me tenta ; mais j'ai appris qu'avant moi, vous aviez fait les mêmes propositions à d'autres domestique.*), et que vous les aviez renvoyés la quatrième année sans leur rien donner.

ZACIIAUIK.

Parce ipi'ils raisonnaient, parce qu'ils n'avJiieni |)as persévéré jusqu'au bout, parce qu'ils voulaient manger comme des mist'rable.s.

BKICK.

Mais, mailre, quand j'ai vu hier toutes ces barriques d'huiles et de vins, quand je vois ces piles (le bdi.s. .

ZACVIARIE.

ZACIIAIUK.

C'est (le loi ! .. je ne suis pas connue loi, moi... L'or, j'y pense toujours, et quand je suis dans la rue, croi.s-tu que je perde mon temps?. . Non pas! tout en regardant à terre, pour voir si quelque diamant ne sera pas tombé, la veille, au milieu des bagarres nocturnes de nos jeunes gentilshommes pris de vin, j'ai l'oreille aux écoutes, lin cheminant, je recueille les idées de ceux qui pasîeiit et qui ont l'imprudence de parler haut de leurs spéculations. . Kli bien! Brick, il y a six semaines, j'entendis l'astronome Jo/aël, cet homme infaillible qui s'occupe de commerce, disant à un de ses amis que l'hiver prochain serait effroyable, (|ue la vigne gèlerait, que les oliviers périraient... et le jour même, je fis ce qu'il se proposait de faire plus tard, j'achetai tout le bois, tous les vins, toutes les huiles... Hrick, mon cher Brick, chaque bûche est un lingot d'or, ces vins et ces huiles sont des ruisseaux d'or, et Tor, entends-tu bien, l'or! il faut l'admirer, l'adorer, mais ne pas y toucher... car l'or, c'est sacré, c'est un roi , c'est un Dieu !

BKICK.

Sans doute; mais les adorations a jeun ..

ZACHARIE

Sont dégagées de la matière.

BKICK , avec liumeur.

Dégagé, dégagé... mais à force de me dégager, je serai bientôt réduit a rien.

AACHARiE , lui touchaïit l'épaule et passant à sa droite.

(Iréature vorace, allons, r<^jouis-toi, tu vas te chauffer d'abord. ( Il tire de ses deux poches (juelques morceaux d'ëcnrce qu'il jette dans la cheiiiinée. ) Voici ce que j'ai mis à part pour toi... je suis heureux, je veux que tu le sois aussi.

BRICK

Heureux?

ZACHARIE

Oui, je le suis ; car cette spéculation me promeU un bénéfice de plus de cent ntillo ducats BRICK , ouvrant de (/rands yeux.

• '.eut mille ducats! comme il y a là de quoi...

/.ACHARiE, s'asseyant sur le fauteuil.

Manger, n'est-ce pas?... lih bien! glouton, tu mangeras...

BRICK, s'asseyant sur l'escabeau.

le vais manger?

Oui.

Ah:

Demain.

Demain?

BRICK, charmé.

URicK, attristé.

BRICK

Oh ! ces jours-là, i)ar «xemple..,

ZACHARIE

Eh bien! ils se réunissent ici, demain, et les plus fous, les |)lus dissolus, les plus dissipateurs.

BRICK , épanoui.

Ah ! il me semble déjà que je sens le fumet de ces viandes exquises!

ZACHARIE

Après les chansons joyeuses et les copieuses libations, les uns tomberont sous la table ; les autres rouleront dans la rue... alors, toi. Brick, comme d'habitude, tu te mêleras à leurs gens pour desservir les tables.

BRICK

Ah! mon Dieu! je vais me trouver mal! .. ce sont des idées suffocantes!

Choisis de préférence, parmi tant de restes épars, les choses qui peuvent se conserver longtemps : les viandes salées, les vins généreux.

BRICK

Oh! monsieur, monsieur, quelle perspective!

ZACHARIE

Et maintenant, descends dans la cour; il reste encore quelques écorces... je te les donne. BRICK, remontant.

Merci.

ZACHARIE

Tu me les garderas avec soin , pour les froids rigoureux... Qu'est-ce que c'est?

Trois hommes paraissent à la porte du milieu au fond. BRICK. '

Ce sont les pauvres diables qui ont empilé votre bois qui demandent pour boire.

ZACHARIE

Il est juste qu'ils boivent, et c'est facile; la ville y a pourvu; il y a partout des fontaines... Oui, allez boire, mes enfans , allez boire .. l'eau est un grand dissolvant.

Brick prend un morceau de pain à un ouvrier et sort avec lui.

ZACHARIE

Oui, tu sais que mon palais, dont je n'occupe qu'un petit coin, a des salles immenses que je loue chèrement à nos jeunes débauchés pour leurs bals, leurs festins et leurs orgies.

scÈr^E m.

ZACHAKIK, LÉONA, venant de la porte lulcrale de droite.

ZACHARIE

Que venez-vous chercher ici, madame?

LÉt).NA.

Il fait si froid dans ma chambre, que, malgré ma crainte de vous rencontrer, je me hasarde a venir respirer l'air de cette grande cour réchauffée par le soleil de la journée.

ZACHARIE

foujours des plaintes!

LÉONA

.le ne me plaindrai plus quand vou.* aurez cesse d être impitoyable.

MAGASIIN THEATUAI..

ZACIIAKIK.

Impitoyable, parce que je ne vous prodif^uc pas un or dont vous ignorez le prix; pStrce que je ne vous permets pas d'aller dans le monde contracter le goût du plaisir et de la dépense; mais y vais-je, moi, dans le monde? me voyezvous dépenser dans l'année un ducat mal à propos? Je vous traite comme moi-même... de quoi vous plaignez-vous?

LÉOVA.

Vous le savez bien : je me plains que vous ayez trompé mon père, lorsqu'il vous accorda ma main; je me plains que vous n'ayez pas rempli la promesse...

ZACHARIE

Assez , assez sur ce chapitre ; je vous ai défendu de m'en parler.

LÉONA

Quelle est mon existence depuis un an de mariage? Plongée dans les ténèbres de la partie la plus retirée de celte maison, j'y languis dans la douleur et dans les larmes; j'y manque de tout, oui, de tout... j'y meurs de froid et de faim... et vous ne voulez pas que je vous dise : Vous êtes un impitoyable avare !

ZACHARIE, souriant amèrement.

Avare?... Eli bien ! soit, il me plaît, à moi, d'être avare; c'est ma passion; chacun a la sienne... je suis heureux et je me venge.

LÉONA

Et de quoi et de qui avez-vous à vous venger?

ZACHAHIE.

De qui? des hommes. Léona, vous ne connaissez pas l'histoire de ma vie ; je vais vous la dire en résumé;/f la fait asseoir). Né de parensobscursct pauvres, je fus un jour jeté à ia porte pur mon père, je n'avais que huit ans alors. Livré à moi-mêne, je m'en allais par les rues, sur les places, demandant rauniône et ne rencontrant partout que des mains qui se fermaient, des yeux qui se détournaient de ma misère... J'errai ainsi pendant quatre ans, repoussé, méprisé, maltraité, mangeant l'herbe des champs, à défaut d'autre nourriture; disputant aux chiens les immondices des rues et y cherchant avec eux ma pAture... un jour, j'y trouvai une |»ière d'or; je la saisis avec un battement de cœur qui se renouvelle toutes les fois que je me rappelle cette circonstance de ma vie. Je la serrai dans ma main comme dans un étau; c'était mon trésor! c'était ma fortune! je la gardai pour les jours où l'herbe des champs est couverte de neige, où les immondices des rues sont peu fécondes. Je la gardai pour le jour où j'aurais à choisir entre mourir de faim et monétiser mon trésor... Ce jour vint! chaque parcelle qui se détachait de ce morceau d'or pour se convertir en un pain grossier, m'arrachait un morceau du (■(pur, car je voyais au bout la faim, cette faim terrible dont j'avais tant de fois souffert... Dès ce moment, l'amour de l'or, l'avarice, se glissa dans mon Ame avec les terreurs de la misère et avec la haine des hommes... Endurci au mal, ha-

bitué à vivre de peu , à passfcr les hivers presque tout nu... Quand la fortune vint à me sourire une seule passion me resta: la soif de l'or, l'avarice. Oui, Eéona, je suis un avare, un impitoyable avare, un implacable ennemi des hommes; car j'ai à me venger des douleurs de mon enfance qu'ils ont vues sans pitié. Oui, Léona, voila ce que je suis , et si je pouvais entasser ici , dans ce palais, tous les trésors de la terre, j'en ferais un dieu colossal pour l'adorer à genoux durant ma vie, et pour l'anéantir un peu avant ma mort, afin que nul ne pût en jouir après moi! LÉONA, se levant.

Que vous ayez à vous plaindre des hommes, je le crois, monsieur; mais moi, que vous ai-je fait?

ZACHAKIB.

Ce que vous m'avez fait?... Depuis le premier jour de notre mariage, m'avez vous seulement permis de vous prendre la main? ne suis-je pas un étranger pour vous? vous savez bien que je n'ai d'un mari que le titre.

LÉONA

Monsieur, cette aversion ne cessera que lorsque vous aurez rempli la promesse que vous fîtes à mon père à son lit de mort.

ZACHARIE, violemment.

Léona, je vous ai défendu de me rappeler... d'ailleurs, je ne dois rien à personne, moi, rien !

LÉONA

Ah! monsieur, comment voulez-vous que je croie à votre amour, lorsque vous ne faites pas ce qu'il vous serait si facile de faire; lorsque vous ne voulez pas prendre sur votre immense fortune de quoi remplir les engagemens de l'honneur?

ZACHARIH.

Mais cette immense fortune, Léoiia , elle vous appartiendra un jour, quand je serai mort , et alors vous en ferez l'usage qui vous conviendra. Oui, elle sera toute à vous; car je n'ai plus de parens... Mon neveu Kaoul, ce mauvais sujet, est mort à la guerre. Deiiuis trois aïK qu'il est parti, nous n'avons pas reçu de ses nouvelles. LÉONA, soupirant, à part.

Ah ! Haoul !

ZACHARIE, carexsant.

Ainsi, ma belle, si vous voulez que votre chambre ne soit plus humide et froide, décidez-vous è m'y recevoir, a m'y traiter comme une femme doit traiter son mari.

LÉON A

Monsieur, mon devoir serait de vous obéir, si vous vouliez sacrifier à une dette .sacrée trente mille ducals...

ZAciiAUiE, rïcemenf.

Trente mille ducats, madame!... Je n'ai plus rien à vous dire.

iiiiir.K, <in fond.

Le manpiis de UialK» descend de son carro.ssc.

Il Hi>;par;iît.

ZACHAIllE.

ZACU.VRIE.

Trente mille ducats! Laissez-moi.

LÉO.NA

Je dois vous prévenir, monsieur, que, me sentant malade, j'ai fait appeler un médecin.

ZACUARIE.

Un médecin?... vous avez foi aux médecins? des gens qui vous volent et qui vous taent!... je ne souffrirai pas... le meilleur médecin, de l'avis de tous les sages, c'est la diète.

LÉONA

Monsieur, celui que j'ai fait appeler est un ancien ami de mon père ; il ne demandera rien.

ZACHARIE

Rien?... vous le voulez absolument?... je suis trop bon en vérité... Eh bien! soit, qu'il vienne... Demandez-lui, par la même occasion, et comme si c'était pour vous, un remède, un remède simple contre l'insomnie... Voici quelques jours qu'un fâcheux pressentiment m'empêche de dormir.

LÉON A

Un pressentiment?... ne serait-ce pas plutôt un souvenir, un remords ?

ZACUARIE.

Sortez.

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