GUILLAUME, RIPERDA, MARIE
RIPERDA, amenant Marie. Venez, mademoiselle. Voici le prince de Nassau.
GUILLAUME, regardant Marie. Jeanne...
Marie!... c'est elle... Riperda... mon Dieu! {Allant à elle et s' égarant.) Pauvre amie, qu'ils ont tant fait soufl'rir 1... Viens, ennemis et traîtres, je les ai chassés tous.
MARIE. Que dites-vous?
GUILLAUME. Oh! ne t'épouvante pas....
Non , tu ne peux pas me comprendre, car ma tête s'exalte et mes souvenirs l'assiègent. iMais la raison me revient. Non , tu n'es pas un fantôme que Dieu m'envoie, brillant encore de toute la jeunesse et de la beauté qu'ils ont enseveie^ dans la tombe. Tu es notre enfant, n'est-ce pas? tu es notre fdie égarée, qui touche enfin au seuil de la maison paterternelle.. . Riperda! j'ai retrouvé ma Jeanne- Marie... Oh! viens, viens, mon enfant, que les larmes du père effacent les pleurs amers de l'époux qui se souvient.... Et toi qui me rappelles, tâche de me faire oublier.
MARIE. Elle a donc bien souffert celle que Dieu vous avait donnée pour épouse ?
GUILLAUME. Ta mèrc ! Tu apprendras loujours trop tôt comment là trahison l'a fait périr au printemps de sa vie... Mais toi, ma fille, mon bien... ma Jeanne-Marie, tu me diras quelles ont été tes peines, tes misères.
AiARiE. Oui, je vous dirai tout cela, mon... prince, car je n'ose encore dire mon père...
GUILLAUME. Pourquoi ?
MARIE. Parce que, lorsque vous saurez mon histoire, quand vous aurez vu ma compagne d'enfance, seconde moitié de mon être, seconde portion de mon âme, quand vous connaîtrez aussi celle (pie l'aumônière désignait avec moi , comme moi peut-être trouverez-vous en elle la fille que vous espérez.
GUILLAU.ME. NoD, mon enfant, non : le
malheur vous a jetées, deux filles du même âge , appelées des même-» noms , dans le refuge des abandonnés ; l'une de vous était au prince Guillaume , et le pri.' -e Guillaume seul pouvait toucher de la main son sang, son trésor, sa fille... Le prince qui t'a rencontrée, toi, l'image vivante de ta mère, toi, dont la voix est cette voix aimée qui se réveille, toi, Jeanne-Marie ressuscitée; le père vient de décider la grande question que son cœur seul pouvait résoudre; et son cœur en te contemplant dévore en un instant les vingt ans de paternité qu'il a perdus.... Toi ne pas être ma fille!... mais quand tu verras le portrait de ma femme. . . tu t'agenouilleras, confiante devant l'image de ta mère.... Oh! • viens ! j'ai hâte de rentrer avec toi dans mon palais d'Amsterdam ; là seulement je pourrai te convaincre et m'abândonner à l'ineffable joie qui m'enivre...
RIPERDA. J'ai fait tout apprêter, monseigneur.... pour notre prompt départ, que je prévoyais, et dans quelques heures nous serons, si vous le voulez, à Amsterdam.
GUILLAUME. Oui, Riperda.... partons....
Montez tous les deux en voiture , où je vais vous rejoindre aussitôt... Je n'ai qu'un mot à dire ici... [Désignant Marie.) Riperda !. .. Je te confie mon bien... ma fille... toute ma famille.
RIPERDA. Comptez sur moi, mon prince.
MARIE, à Guillaume. Vous le voulez....
monseigneur ?. ..
GUILLAUME. Eucore monseigneur?
MARIE. C'est que mon cœur oppressé....
n'ose... s'abandonner...
GUILLAUME. Et pourquoi donc... retenir tes larmes et lutter contre cette voix du sang?...
MA.^iE, sanglottant. Qui commande à mon cœur. ..
GUILLAUME, lui tendant les bras. Un de ces mots qui s'échappent... avec l'ame... MARIE. Mon père!...
GUILLAUME, la pressant dans ses bras. Ma fille!...
MARIE, après un silence. Ohl oui... mon père... Je le sais... je le sens... et depuis longtemps déjà mon cœur le disait en vous écoutant, vous, dont la voix est faite pour consoler et bénir !
GUILLAUME. Oui... je serai pour toi... celui qui bénit et protège, et tu seras pour moi plus que la consolation... plus que la récompense... Ohl mais partons... viens prendre ta place dans la maison de ton père, où ta volonté sera suprême et respecléa....
Il se tourne vers Riperda, qui va ouvrir la porte du fond et regarde au deliors.
MARIE, à part, avec conviction, Jeanne!...
LES ORPHELINES D'ANVERS
je pourrai sinon te venger, au moins te défendre et le donner ta part.
RlPERDA. Venez, comtesse...
MARIE, à Guillaurae. A bientôt mon
père...
GUILLAUME. Dans un instant... ma fille...
Il l'embrarse encore et la regarde sortir.
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GUILLAUME, seul; puis DANIEL.
GUILLAUME , glorieux , redescendant la scène. Mon Dieu, vous me l'avez conservée.. . Combien de maux sont aujourd'hui compensés par votre grâce infinie !...
DANIEL, entrant. Voici enfin une hôtellerie ouverte.
GUILLAUME. Vovons, pensous à cet homme qui m'a si bien servi.
DANIEL, qui s'est approché de lui. Vous êtes l'hôteUer?
GUILLAUME, absorbé. Il sera bien surpris quand je vais lui annoncer mon bonheur.
DANIEL. Êtes-vous l'hôtelier?
GILLAUME, V apercevant. Que voulez-vous?
DANIEL. Du vin chaud, tout de suite... et qu'on me fasse un bon lit bien couvert.
GUILLAUME , Suivant sa pensée. Oh ! mes bons Flamands, qui n'avez eu depuis 'dixhuit ans que des combats, vous allez donc avoir des réjouissances publiques!
DANIEL. Tout de suite... mon vin chaud, dites donc, vous, j'attends !
GUILLAUME. Qu'est-ce que vous dites ?
DANIEL. Je dis quej 'attends mon vin chaud.
GUILLAUME, souriant. Si vous comptez sur moi, mon ami, pour faire chauffer voire vin. . .
DANIEL. Ah ça, êtes-vous l'hôtellier, oui, ou non ?
GUILLAUME , impatienté. Eh ! non !
DANIEL, de même. Fallait donc le dire plus tôt. Où diable est-il donc? Holà! quelqu'un... Il n'y a donc personne dans cette maison?
Il sort dans la rue en appelant l'hôtelier.
GUILLAUME. Allons, que la joie ne me fasse rien oublier... hâtons-nous de chercher l'hôtelierjde passage. [L'apercevant.) Ah ! le voici.
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