‹ [Magasin théâtralChapitre 1437 sur 1545 · RAOUL, LÉONA · texte numérisé non relu

RAOUL, LÉONA

LÉONA , qui s'est avancée.

Si elle se présentait à vos yeux?

RAOUL, stupéfait.

Léona 1

ZACHAIUE.

LÉONA

Vous ajouteriez au malheur de sa situation l'injustice de vos reproches, et vous lui prouveriez par là qu'elle se trompait, il n'y a qu'un instant, lorsqu'elle pensait que sa douleur ne pouvait s'accroître.

RAOUL

Léona, vous êtes bien pâle et vous paraissez en effet bien malheureuse.

LÉONA

Oh ! si vous saviez tout, vous ne seriez pas injuste; vous ne m'accuseriez pas; vous me plaindriez, et à défaut de votre amour, auquel je ne saurais répondre, puisque j'appartiens à un autre, votre amitié me tendrait la main, et alors il me semble que je serais plus forte contre la douleur qui me tue.

RAOUL , lui prenant la main.

Léona!... Léona, vous appartenez à un autre, et vous dites que je suis injuste!... Vous saviez que j'étais prisonnier et qu'une seule espérance pouvait me soutenir dans mon affreuse situation, l'espérance de vous revoir un jour et de vous retrouver libre et fidèle... et vous appartenez à un autre !

LÉONA

Non, je ne savais pas... Quelques-uns de vos compagnons d'armes , arrivés ici après le combat meurtrier qui suivit de près votre départ, dirent que vous aviez succombé, qu'ils vous avaient vu pâle, immobile, sanglant, sur le champ de bataille.

RAOUL , vivement.

Vous ne saviez pas quej'étais prisonnier?... mon ami Petrachio, qui est parvenu à s'évader dès les premiers jours, ne vous a pas remis une lettre de moi, dans laquelle je vous disais d'attendre, de ne pas m'oublier, que mon amour triompherait de tous les obstacles, et qu'un jour...

LÉONA

Votre ami a été trouvé mort près du bourg de Stéphani,et ceux qui l'avaient tué s'étaient emparés de ses dépouilles.

RAOUL, lui tendant la main.

Léona, soyez généreuse, pardonnez-moi.

LÉONA

Raoul, je vous croyais perdu pour moi, et cette horrible conviction même ne m'eût point excusée à mes yeux de m'être donnée à un autre, sans la nécessité de sauver mon père.

RAOUL

Votre père?

LÉONA

Deux ans après la nouvelle de votre mort, ses affaires s'étaient dérangées ; il devait trente mille ducats. L'affreuse idée de son prochain déshonneur altéra sa santé; il tomba dangereusement malade, lorsque votre oncle Zacharie se présenta au chevet de son lit et lui dit : Si tu veux m'accordcr la main de ta fille et les vingt mille ducats que tu possèdes, je m'engage à payer à tes créancier» les trente mille que tu dois... J'clajs là

moi, près de mon père, dont le regard m'implorait... il allait mourir... je vous avais perdu... je triomphai d'une aversion que je croyais insurmontable; je donnai la main à Zacharie. {Ellepleure.) Mon père mourut, après avoir livré, sans demander de reçu, les vingt mille ducats... et le croiriezvous, Raoul? Zacharie a refusé d'accomplir sa promesse, et le déshonneur pèse sur la tombe de mon père !

RAOUL

Le misérable ! je le reconnais là , il n'est pas changé ; mais rassurez-vous, car me voici, moi, me voici, votre appui, votre protecteur... Léona, ma belle Léona, je veux que vous espériez, que vous soyez heureuse.

LÉONA , s' épanouissant.

Oh ! cela commence déjà.

RAOUL

Plus de craintes, plus d'angoisses... Zacharie me doit compte des biens qu'a laissés mon père ; ils serviront à réhabiliter la mémoire du vôtre; ils serviront à vous procurer les douceurs et les plaisirs de la vie. Ah ! je lui eusse pardonné peutêtre le bonheur de posséder la femme qui devait être à moi, s'il eût été digne d'un si cher trésor; si je vous eusse retrouvée heureuse, riante et parée ; si en arrivant, au lieu de vous trouver dans la solitude et l'ombre de cette triste maison, je vous eusse vue dans un palais, brillante, resplendissante comme une reine; si j'eusse vu autour de vous des serviteurs empressés; si les autres femmes eussent envié votre sort: mais votre front est pâle, votre cœur est triste. Zacharie est votre tyran, lorsqu'il devrait être votre esclave! qu'il tremble I Et vous, Léona, espérez, relevez la tête, que le sourire revienne sur vos lèvres et la joie dans votre cœur!... Me voici! me voici !

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