SCÈNE IX
RAOUL, puis LÉONA.
RAOUL, après un moment de rêve.
Nous avons eu tort, Henri et moi , d'éclater devant lui; nous aurions dû dissimuler notre indignation; maintenant il se tiendra sur ses gardes... qui sait même si en ce moment il ne prémédite pas quelque sinistre projet?... il est capable de tout... Pas un instant à perdre !... il faut que je voie Léona, que je la détermine... Oui, cette nuit même, il le faut... demain il serait trop tard... Je cours !
LÉoxA, sourieuse.
Me voici.
RAOUL
Oh! Léona! je vois avec douleur le sourire sur vos lèvres.
LÉONA
Pourquoi donc?
RAOUL
Parce qu'un bonheur calme et légitime ne nous est plus permis; parce que Zacharic est le jtlns perfide et le plus méchant des hommes; parc? que si avant le jour nous ne sommes pas, vous et moi, loin de cette fatale maison, vous êtes a jamais vouée au malheur, et moi à la mort peutêtre.
LIÉONA.
Grand Dieu !
RAOUL
Écoutez-moi sans m'interrompre ; les momens sont chers; mais songez bien que l'hésitation peut tout perdre, et que la résolution peut tout sauver.
LéONA.
Ah ! je VOUS écoute.
RAOUL
Zacharie a dissimulé iahaineque je lui inspire. Ce brusque retour à des si-nlimcns raisonnables n était qu'une perfidie: il y a ici, dans cette ville maudite, des hommes qui pour de l'or ne se font pas scrupule d'arracher la liberté ou la vie même
ZACHAKIE.
à ceux qui leur sont désignes par des riches inl'àrnes... Eh bien, L<*ona, demain je dois être arrêté, jeté dans un cachot, égorgé, peut-être.
LÉONA
Oh ! fuyez, fuyez avant que le jour ait paru.
RAOUL
Fuir seul ! vous abandonner ! ennporter avec moi l'affreuse pensée que je vous laisse aux mains du plus avare et du plus cruel des hommes ! Non, Léona, c'est impossible!... Mais fuir avec vous, emporter mon bonheur, ma vie dans ma fuite, oh! oui, Léona, je suis prêt... Me suivrez- vous ?
LÉONA
Oh! Raoul! n'est-ce pas assez d'un déshonneur qui pèse déjà sur la tombe de mon père? faut-il encore que sa fille trahisse des devoirs auxquels elle a juré devant Dieu et devant les hommes de rester fidèle, quelque affreux qu'ils fussent à remplir?
RAOUL, résigné.
£h bien! qu'il soit fait comme vous le désirez: je reste ici, et quand on viendra m'arrêter, je n'opposerai aucune résistance, et si le fer d'un assassin menace ma poitrine, je la découvrirai et j'irai au-devant de lui.
LÛOXA, vivement.
Raoul, je te suivrai !
Tout est sauvé maintenant : un généreux ami nous seconde; Brick, qui m'est dévoué, nous aidra aussi ; je vais le trouver, puis faire prévenir Henri, et tout disposer pour notre fuite.
LÉOXA.
Ah! tant d'émotion... La force m'abandonne,' Raoul, ne tardez pas !
RAOUL
Restez ici dans l'ombre, [il souffle la chandelle. Nuit profonde) pour ne pas être aperçue, et n'éveiller aucun soupçon... Courage! espérance I je suis à vous dans quelques instans.
Il sort.
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