‹ [Magasin théâtralChapitre 1473 sur 1545 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ZACHARIE, seul.

Enfin ! La journée a ëté orageuse l et je n'espérais pas qu'elle se terminât ainsi... J'ai maintenant mes deux trésors sous la même clef: mon or et ma femme... ma femme, jeune et belle, plus belle encore pour moi depuis qu'elle est ici, depuis «lue j'ai vu sa terreur, que je l'ai sentie frissonner dans mes bras. Oh! qu'elle est belle!... {Il s' approche de la porte) Léona! Léona ! viens, sois sans crainte, viens. {Ilveut ouvrir.) Elle s'est enfermée!... Léona, ouvre; je t'aime... ouvre. LÉONA, de l'intérieur.

Laissez-moi.

ZACHARIE

Je te» supplie.

ZàCHARIE.

LÉONA, de même.

Laissez-moi, je suis en prière.

Z\CHAi\iE, se retirant, et éteignant la petite lampe.

Allons! il faut respecter les caprices d'une femme. Elle veut me faire acheter sa défaite, me traiter comme on traite un amant, c'est flatteur. A demain donc, ma belle Léona. Je sens que la fatigue... il est tard, et je suis sur pied depuis le matin... reposons-nous sur mon lit d'or, le plus riche de la terre.

Il monte sur un escabeau , de là sur le coffre , où il se couche. RAOUL, se mfOntrant, à part.

Il reste !

ZACHARIE, couché.

Ah ! je ne demande pas d'autre rêve que l'image du bonheur qui m'attend demain.

Il s'endort.

RAOUL, sortant sans bruit, à part.

Il dortl... {regardant autour de lui) il dort au milieu de ces richesses dont une grande partie vient d'une source impure; car je reconnais... L'infâme 1 possesseur de tant de trésors, et il avait détourné l'héritage de mon père, et il laisse peser la honte sur la tombe du père de Léona. Oh! si je le tuais! Mais ce serait venger des crimes par un crime; ce serait une lâcheté, il dort. Mettons-le en état de se défendre, et alors... la justice de Dieu décidera entre nous... [Il tire son épée, et en frappe de toutes parts la vaisselle plate dont plusieurs dressoirs sont garnis.) Exécrable avare, réveille-toi ! réveille-toi !

Zacharie se précipite à bas du coffre et saisit avec épouvante unericbe épée.

ZACHARIE

Ah!

RAOUL

Vous voilà bien comme je voulais.

ZACHARIE. Le coffre les sépare.

Raoul l

RAOUL

Oui, le vengeur de Léona.

ZACHARIE

Écoute.

RAOUL

Rien. Défendez-vous. Votre mort ou la mienne !

ZACHARIE

Malédiction l

RAOUL

Défendez-vous I

Non, je refuse. Assassine-moi.

RAOUL

Misérable!

ZACHARIE

Écoute, Raoul ; deux mots, puis fais ce que lu voudras.

RAOUL

rarl«2 donci

ZACHARIE

Si je te tue, il est certain que t*u ne pourras sortir d'ici avec Léona. Si c'est moi qui suis tué, tu n'en sortiras pas plus facilement ; car moi seul puis te conduire à travers ce labyrinthe; moi seul connais la ligne étroite et tortueuse qu'il faut suivre pour ne pas périr.

RAOUL, se plaçant devant l'escalier.

Eh bien! venez; mettez votre main dans la mienne; conduisez-nous hors de cette affreuse retraite.

ZACHARIE, souriant en regardant ses richesses.

Aflfreuse !

RAOUL

Rendez Léona à la liberté; à cette condition, je pardonne et j'oublie, j'oublie tout, même ce que je vois ici.

ZACHARIE

Pourquoi ma main dans la tienne?

Pour que je la presse de façon que vous ne m'échappiez pas, et que vous ne puissiez songer à une trahison dont vous seriez victime vous-même; car je vous entraînerais dans l'abîme que vous auriez ouvert sous mes pas.

ZACHARIE

Tu te défies donc de ton oncle?

RAOUL

Je suis bien injuste, n'est ce pas?

ZACHARIE

Je puis bien aussi me défier de toi, et penser que si j'avais l'imprudence de quitter ce coffre qui me sert de rempart, tu pourrais...

RAOUL

Vous dormiez, et j'ai su maîtriser ma haine.

ZACHARIE

C'est-à-dire que je ne t'ai pas donné le temps.

RAOUL

Vous refusez de vous battre?

ZACHARIE

Je refuse.

RAOUL

Vous refusez de nous conduire de la façon que j'ai dit?

Je refuse de cette façon. Mais je consens à vous précéder de loin et à vous montrer le chemin.

RAOUL

Oui, je comprends. Eh bien'! si vous refusez le combat, je recule devant le meurtre; mais je reste ici devant cette porte; je vous attends de force ou de gré, et vous ne sortirez que votre main dans la mienne.

ZACHARIE

Raoul !

RAOUL

Ah! je vous tiens! vous êtes pris dans votre propre piège. Nous sommes jeunes, nous autres; nous pourrons plus long-temps que vous lutter contre la faim> et quand vous sentirez s'affaiblir

vos forces, quand la craiiilo de la mort viendra vous saisir, alors sans doule vous consentirez. ZACHAKiu, amer.

La faim, dis-tu? il y a long-temps que les hommes m'ont appris à la supporter des semaines entières ; ma nature a résisté à ces rudes épreuves de l'impitoyable humanité.

RAOUL

Et vous ne voulez pas nous conduire hors de ce lieu?

le veux bien; mais de loin, comme j'ai dit.

RAOUL

Vous voulez donc que je vous tue ?

ZACHARfE.

Derrière ce retranchement, je t'en défie.

RAOUL

Désespoir !

LÉONA, sortant, Raoul!

ZACHARIE, saisissa7it Léona.

Près de votre mari, madame.

RAOUL

Ohl damnation!

ZACUARIE.

Et maintenant, Raoul, je te somme de me livrer passage, ou celte femme que tu aimes et qui t'aime, cette femme qui m'outrage, et sur qui j'ai le droit de me venger, cette femme tombe morte âmes pieds!...

RAOUL

Infime!

LIÉONA.

Raoul, Délivre pas ce passage, ou nous sommes perdus !

ZACHARIE, levant l'épée sur Léona.

Eh bien! je vais être vengé.

RAOUL, quittant la porte, et courant à Léona.

Arrête !

ZACHARIE, se précipitant au fond, en dehors.

Ah!

RAOUL, de loin.

Tu es libre; mais écoute. Sois maudit.

ZACHARIE

A la bonne lieure ; mais suivez-moi maintenant, si vous l'osez, dans celte voie ténébreuse oii ma main va ouvrir de nouveaux abîmes.

Raoul veut se précipiter sur lui. Léona le retient. RAOUL.

Oui, je le sens, rien ne peut plus nous arracher à la mort; mais si nous perdons la vie, tu perdras plus encore, tu perdras tes richesses.

ZACHARIE, redescendant les marches qu'il a montées.

Mes richesses !

RAOUL

La flamme de cette lampe allumera un incendie, et tous ces objets précieux entassés par tes crimes périront avec nous.

ZACHARIE

Malédiction!... Raoul, viens, suis-moi; aie confiance; je vous conduirai, je vous guiderai de loin ; vous marcherez sur ma trace, à quelques pas.

RAOUL

Non! nous aimons mieux mourir dans un incendie , car nous serons vengés en déchirant ton âme par l'anéantissement de tant de trésors... et cette lampe bientôt...

ZACHARIE, qu'une idée frappe.

Cette lampe!... {Il coupe la corde d'un coup d'épèe.) Je vous brave!

La lampe tombe, se brise et s'éteint.

RAOUL et LÉONA.

Ciel !

ZACHARIE, avec une horrible amertume.

Ah! vous cherchiez des rendez-vous mystérieux pour m'outrager !... c'est à moi que vous devrez celui-ci ! je suis un oncle de comédie bien débonnaire, n'est-ce pas, mon neveu? Un maii bien complaisant, n'est-ce pas, ma femme? Mais la faim dont vous me menaciez, l'horrible fuiin qui a fait déchirer des enfans par leurs pères, ia faim va présider à vos amours funestes, et je ne serai pas jaloux des sanglantes étreintes que vous vous réservez. L'oncle et le mari seront bienlùl venges, et l'avare se rit de vous, car vous garderez son secret et il gardera ses richesses. Il fciuie la grille en la tirant vers lui, et on le voit, àtravers les barreaux, monter l'escalier sombre.

ZACHARIE

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