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SCÈNE X

URBAIN, seul, les regardant sortir.

J'ai dû laisser s'accomplir ce mariage... Ma mère pourra rentrer dans cette maison. Pourquoi l'a-t-elle quittée autrefois? Pauvre mère! elle a deviné mes douleurs par les siennes. [Il tire une lettre de son sein.) Si je ne devais plus la revoir! Voici la dernière lettre que j'ai reçue d'elle. {Lisant la lettre.) « Mon cher Urbain, tu veux en » vain me consoler par la nouvelle de ce mariage. » Ne cherchons pas à nous tromper, mon fils; » n'oublie pas plus long-temps tes peines pour » celles de ta mère. Je sais pourquoi tu as fui la » maison paternelle. » Hélas ! « Voilà le sort que » m'a fait cette étrangère : elle est entrée chez moi » pour briser tous les liens, pour séparer l'époux » de l'épouse, le père du fils! » Mais mon père! Dieului tiendra compte de ses remords, il ne voudra pas que les dernières paroles de cette lettre deviennent une prédiction !... (Lisant.) « A mon re- » tour à Dijon, j'ai observé cette femme. Ne la » regrette pas, Urbain, elle n'était pas digne de toi. » Dieu a mis sur son visage des signes funestes et » dans ses regards le feu des passions qui dévorent » aujourd'hui l'infamie, le crime plus tard. C'est » la loi de ces natures ardentes que la corruptioa » a Qétries de bonne heure. » (// laisse retomber la lettre et reste pensif quelque temps.) Oui, moi aussi je l'ai observée; j'ai rappelé mes souvenirs depuis que j'ai forcé le calme à rentrer dans mon cœur. Celui qui croirait enchaîner la volonté de cette femme se tromperait; qui en voudrait faire une esclave deviendrait sa victime. Elle cède aujourd'hui, mais non par obéissance et par remords; elle cède pour lui échapper, car elle ne l'aime pas! Je l'ai vue plus dune fois penchée à sa fenêtre, comme si, dans la foule qui passait devant elle, elle chercliait quelqu'un du regard... Il y a sous ce front qui ne rougit plus une pensée qu'elle n'avoue pas, dans les replis ténébreux de ce cœur une passion qu'on ignore. Ah ! la beauté du corps que n'accompagne pas la beauté de l'àme est un présent fatal! et je me suis souvent demandé, en frappant ma poitrine au pied des autels, si l'esprit tentateur du mal n'avait pas revêtu cette forme d'ange pour le séduire et l'entraîner dans l'abime! 0 mon père, s'il était vrai! Alors, je veillerai sur vous, moi, votre fils... moi et ma mère, car elle reviendra ici, elle vous pardonnera, et vous oublierez entre nous deux cette funeste passion ! C'est lui! comme il est agité!

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