‹ [Magasin théâtralChapitre 1493 sur 1545 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes, ESBALDI, tenant à la main des papiers.

ESBALDI, à Gairard.

J'ai fini le travail que Vous m'aviez confié ; tout est prêt.

Il lui présente les papiers.

BURDÉus, vivement.

Donnez. (// les prend.) C'est un travail qui mérite sa récompense. (Il lui tend une bourse. Esbaldi la repousse. Burdéus brusquement.) Prenez donc.

Il jette la bourse sur la table.

ESBALDI, à part.

Toujours le même ! orgueilleux et plein de mépris ! il ne sait pas que la main qui recevrait ses bienfaits est celle d'un ennemi.

Il se retire un peu au fond.

BURDÉUS, qui a jeté les yeux sur les papiers.

Je vais donc posséder enfin ce que j'ai tant désiré! les titres et les honneurs de la maison de Tellez sont à moi!... Hier, je n'étais qu'un marchand enrichi, aujourd'hui, je suisnohle! L'heure fixée pour la cérémonie approche... [A Urbain.) Est-ce vous qui bénirez cette union?

URBAIN

Vous m'excuserez, monsieur ; un autre vousprêtera son ministère.

Gairard, qui a été contraint pendant toute cette scène, regarde tour à tour Séraphine et Urbain dont les yeux ne le quittent pas ; il présente le contrat à Burdéus qui passe auprès de la table de droite et signe.

BURDÉUS, à Urbain.

Vous êtes un des témoins.

URBAIN

Dona Séraphine doit signer avant moi.

GAIRARD, d'une voix sourde à Séraphine.

Signe:.

SÉRAPHINE, après un moment d'hésitation.

Je refuse!

BURDÉus.

Quoi!

URBAi.v, à part.

Qu'entends-jc !

Séraphine, signez!

BURDEUS.

Qu'est-ce à dire, monsfeur le conseiller? m at-on amené jusqu'à ce point pour se jouer de moi? si je le croyais!...

ftAIRARD.

Je suis aussi surpris que vous !

BURDÉUS.

Ne deviez-vous pas être certain de son obéissance?... Tout le monde ici autour de moi a un visage contraint... les seuls mots qu'on m'adresse sont des refus... et vous-même, il semblerait maintenant que vous regrettez la parole que vous m'avez donnée.

GAIRARD.

Moi!

BURDÉUS.

Vous, qui restez muet, interdit, comme si vous craigniez d'user de votre autorité sur elle !

GAIRARD.

Laissez -moi lui parler... de grâce, monsieur...

BURDÉUS.

On nous attend ; hâtez-vous, ou je saurai le motif de ce refus et de l'affront qu'on me fait.

Il se retire au fond du théâtre avec Urbain. GAIRARD, à Séraphine, sur le devant de la scène. Séraphine, quem'aviez-vous promis ?,.. ce matin encore, vous consentiez... Que s'est-il donc passé depuis?

SÉRAPHINE

Quesais-je?

GAIRARD.

Mon sacrifice n'est-il pas égal au vôtre?... n'aije pas besoin de toute ma force pour imposer silence à mon cœur?... le bonheur n'était pas fait pour nous.

SÉRAPHINE, à part.

Si je pouvais parler !

GAIRARD.

Tant de regards qui nous observent... La ville entière qui sait que l'époque fixée par votre père mourant, pour votre mariage, est arrivée ! Signez, par pitié pour moi... pour mon fils, qui ne sait pas, qui ne doit pas savoir ce qu'il m'en coûte... pour ma femme, qui revient sur l'avis de ce mariage, et qui mourrait de douleur s'il ne s'accomplissait...

SÉRAPHINE

Âh ! ne me parlez pas d'elle !

BURDÉUS, s'avançant.

Eh bien?

GAIRARD.

Séraphine!

SÉRAPHINE, à Gairard.

Que le châtiment retombe un jour sur vous comme sur moi! (Elle s'avance vers la table et signe rapidement, i Partons!

Burdéus l'emmène , Gairard serre la main de son fils el les suit.

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