‹ [Magasin théâtralChapitre 15 sur 1545 · FRANCESCO, LE CONNETABLE · texte numérisé non relu

FRANCESCO, LE CONNETABLE

LE CONNÉTABLE. Je te cherchais, Franresco... je me suis mêlé à tous les groupes déjeunes hommes, et je ne t'ai pas trouvé partageant leur joie... Pourquoi cela?

FRA\CESCO. Jr nie suis éloigné du

monde pour être un instant seul.... mon

père.

LE CONNÉTABLE. Et pourquoi cc besoin de solitude et cette préoccupation conti • nuelle. qui te poursuit même au sein d'une fête?.. Depuis ton retour à Milan, Francesco , tu me caches un secret , et peut-étre un chagrin...

FRANCESCO. Je VOUS confierai tout, mon père... mais confidence pour confidence.

LE CONNÉTABLE. Parle... que veux-tu?

FRANCESCO. Dites-moi , mon père , avezvous beaucoup aimé ma mère? \^Lt connétable se détourne.) Avez- vous éprouvé que près d'elle, la vie c'était le ciel ?.. et quand vous l'avez perdue, jeune encore, n'avezvous pas cru d'abord que le monde entier vous quittait?

LE CONNÉTABLE. Franccsco! n'as-tu pas reniarqué que chaque fois que tu me parles de ta mère , cela me fait souffrir ?

FRANCESCO. Oui , mon père , et vous ne me répondez jamais...

LE CONNÉTABLE. Alors , pourquoi m'en reparler encore?

FRANCESCO. Elle était donc bien cou* pable ?

LE CONNÉTABLE. Ecoute, Francesco...

les fatigues et les blessures m'ont brisé, et je n'ai maintenant que peu d'années à vivre., le lendemain de ma mort , tu trouveras un parchemin sur lequel seront écrites mes dernières volontés .. et o\x j'ai tracé quelques lignes qui t'apprendront quelle a été la destinée de celle qui t'a mise au monde. Tu le liras, ami, tu rempliras mes derniers désirs, et tu me jugeras. Mais , de giâce , mon enfant , ta mère, ne nie reparle jamais d'elle.

FRANCESCO. Je ne vous en dirai plus jamais un mot, mon père.

LE CONNÉTABLE. Et te VOilà plus triSlC

encore.

FRANCESCO. Non, mon père... non , je suis joyeux ce soir, et je veux que cette nuit soit comptée comme une des plus belles de ma vie... vous quitterez le palais Contarini sans moi... j'attends ici plusieurs officiers... qui doivent venir se joindre à moi... nous voulons, entre nous, achever gaîment la nuit.

LE CONNÉTABLE. A la bonne heure, jeunes gens, de la gaîté , de la folie... la vieillesse vient assez tôt... etd'ailleurs , dans le métier des armes on ne .sait qui doit vieillir. Oui... je partirai seul, je te laisse à ton ri;ndez-vous , et sois bien gai , bien fou; sj la tristesse revient... versetoi du vin de Chypre, et bois à plein verre... A ton âge , Francesco.,. moi... je

(JASPAHDO.

restais sous la table... en temps de paix... mais jamais en temps de guerre... A demain... adieu !... {^11 monte la scène ^ s'arrête et redescend. ) J'ai deviné la cause de ta rêverie.... Est-elle bien jolie, celle que tu aimés?

FUANCESCO , embarrassé. Mais , mon père...

i.E CONNÉTABLE. Allons, allons!... Je te force à respecter mon secret, et je veux respecter le tien... A demain.

(11 sort.)

SCEi^E VIII.

FRANCESCO, le. regardant partir. Mon bon père!... oli ! si tu m'avais dit: J'ai aimé ta mère de cet amour qui transporte et dévore, je t'aurais confié ma folle passion pour Blanche... Pauvre mère! son crime était donc bien grand... oli! n'importe, je l'aurais bien aimée ; et le ciel n'a pas permis qu'elle vive assez long-temps pour me laisser même un souvenir d'elle...

(Il reste pensif.)

Page 1