VI.SCONTI. Et par quel moyeai
CONTARINI. Cherchons, et nous trouverons.
VISCOMTI. Moi , j'< n doute...
CONTARIM , à Riccardo. El toi, Riccardo ?
' * Cont.-irliiî . Visconli , Ricrarilo.
fS
MAGASIN TlifiATllAL.
nier. xnDO. Moi , je rts].» ic.. inonsci-
gnciir
(Fanfnreile trnnipettes.)
VOIX d'ij>i iiÉr\lt, diins le Jorul. Place nu .onnrtable de Milan. Place au coniiiiandanl Francesco Sforce.
niccAUDO. I^es voici!
SCEINE IV.
Les Précédens , LE CONNÉTABLE,
FRANCESCO, PIETRO , H toute la
FOULE , qui redescend la scène cioec eux ;
GASPARDO s'insinue adroitement^ et
se place de manière à ^ puin'uir examiner
le I oninian<iant* .
viSCoMI , au connétable. Nous allions au-dovaiu de vous , conii.'table.
LE CONXÉTABLE. Diic ! c'était à nous à venir au-iievanl de notre prince.
COM'AitiM , au comniundun/. Commandant, vous avez df'jà reçu nos félicitations, veuillez a;;réer ici nos sermcns d'amitié.
LE COMMANDXNT. Coniie, l'avenir me •onvaiiKia de leur smcériié.
'Penflaiil cette scène le comraandanl semble chercher Dlaiiclic des yeux, et Pûccaido Tobserre.)
CO^TARîM , au connétalde. Puissiezvous, général , trouver à notre fête, sinon quelques heures de bonheur, au moins quelques instans d^ plaisir.
LE CONNÉTABLE. J'ai toujours du plaisir quand je suis entouré de gens joyeux , et toujours du bonheur , quand après une bataille je retrouve auprès de moi, d'un côté, mon fils... i faisant approcher Plélro, augritil il donne la main) et de l'autre mon fidèle Piétro... mon brave compagnon d'armes.
CO.\TARt\I , aux im'itrs. Milanais !.. le connétable e.>-t notre hôte ce soir; que la musique nîmiilisse l'air de joyeuses fanfares et de bniyans allegro... Qu'on vease à grands flots le vin de Chypre. .. qu'on couvre d'or les tables de pharaon. Allons , messieurs, suivez-moi , et félons le connétable.
I.E COiVNÉTAnLE, au duc, (fui lui offre le f>as. Je .suivrai mon prince.
(f,c (îtic nasse le prctnier, le connétable le suit ) Ul«;C^nnO, au t ummandant qui regarde Hiuinlir. A vous, commandant, l'honneur d'oliiir la main à la comtesse Contarini. ( Le commotidant semble secouer la pensée qui f absorbait , offre la main à la comtesse ; lous deux exp'irr.eiil leur émotion et sortent
• GMT»ardo, Raphaël, Rlnncho, Visconli, leConnctuble , Francescn, Contarini, Birr-iiido. Pie'ro se tirât dirrièrc le lonnelnhlo.
lentement. liiccardof gui les a bien examinés^ à part.) Ils s'aiment, et s'en feront l'aveu. (En passant près de Raphaël , t/ul lejixe.) Vous me gardez rancune, Raphaël... c'est mal.
(n descend an fond.)
RAPHAËL, le suivant des yeux. Non, Rie» cardo , mais comme toi , j'observe.
GASPARDO, (] Raphaè'l et à l'/étro, qui ont laissé sortir tout le monde. Pourquoi tous deux les derniers?
PIÉTRO. Moi, c'est qu'en passant je voulais te serrer la main.
GASPARDO , lui donnant la main. Je t avais deviné.
RAPHAËL. Et moi, je voulais vous parler à totis deux , pour vous donner rendez-vous ici après le bal.
GASPARDO. Soit, mes amis... après le bal.
(Pii-tro <'t Ba[)îiaèl rentrent au bal. Gaspard© sort à pau'-lic. Contarini et l'iccardo, qui sont restes datis une salle du fond, rentrent en scène.)
CONTARINI. Viens par ici, Riccardo, j'ai besoin d'être seul avec toi.
RICCARDO. J'attendais l'heure du tumulte et des quadrilles pour me trouver seul aussi avec vous, monseigneur.
CONTARINI. C'est que toi aussi, n'est-ce pas? tu as compris que le duc Visconti défend mal sa couronne ?
RICCARDO. C'est à nous à la maintenir sur sa tête.
CONTARINI. Riccardo, nous avons beaucoup d'or dans les mains, beaucoup de citoyens corrompus à Milan... cherchons sa perte à travers tout cela.
RICCARDO. Croyez-moi, comte, ne nous confions à personne, et nous trouverons, à nous deux, sa mort à INIilan...
CONTARINI. Sa mort... oui... mais son déshonneur ?
RICCAI5DO. Aussi... INFais dites-moi, comte, èies-vous jaloux ?
CONTARINI. Jaloux de ma femme?
RICCARDO. Oui.
CONTARINI. Tu le sais , Riccardo, j'ai pluiôt épousé le droit à l'héritage de la couronne du duc , que sa fille , la belle Blanche de Vi.sconti.
RICCARDO. Pourtant, si votre fenune aimait un (le nos jeunes Milanais, que fcrie» vous ?
CONTARINI. Je la plaindrais, elle.
RICCARDO. Et si un de no.< jeunes Milanais osait aimer la comtes.se Contarini-?
CONTARINI. Je le forcerais à accepter un grade dans notre armée des colonies, et je l'exilerais ainsi... IVrais où veux-tn envc- II ir ?
GASPARDO
RlCCABDO. Et si ce jeune ÏMilanais était le conimandaut Francesco Sforce?
CO>'TA!\i:ni. Oli!.. celui-là iitoniTait.
RiCCAUDO. Et vous pourriez dire à tous, monseigneur , j'ai tué l'iioninie qui toucliait à mon honneur... Je me suis vengé du plus sanglant outrage.
CONTARiNi. Et qui t'a dit qu'ils s'aimaient?
niCCARDO. J'ai, depuis deux mois, sondé leurs âmes, et j'ai tout deviné.
co:^TAni\(. Mais, Riccardo, la comtesse a toujours vécu loin du monde et du commandant!
UICCAUDO. La séparation concentre l'amour, et ne l'éteint pas... La comtesse vit en effet retirée dans sa villa... et si la passion du commandant allait l'y conduire un jour?
CONTAUIM. Il n'en sortiiait pins vivant ?
RlCCAiiDO. Nous nous entendons parfaiteuient.
CONTARINI, iwec rage. Et tu crois, Riccardo, que le commandant oserait...
RICCAUDO, l' interrompant. Vous oubliez, comte, que vous n'éles pas jaloux. Soyez calme .. et cachons bien tout au duc, qui tremblerait pour sa fille... comte, rentrez au bal .. et tâchez seulement de distraire adroitement le (Vanciscam Raphaël. Il le faut.
COJITARIM, montant la scène. Je vais le faire.
RICCARDO. Moi, je veille ; avant demain, je vous en dirai davan'age.
COlNTARiM, retenant sur ses pus. Quand je serai duc de IMilan, Riccardo, je te ferai procurateur.
RICCARDO, s' Inclinant. IMerci, monseigneur. (Cu/itarini rentre au bal. Riccardo se frottant les mains.) Ab ! je commence à me sentir plus à l'aise , en voyant s'éloigner cette maudite crainte d'être tôt ou tard écartelé par ce peuple à qui je rends bien sa haine.. Que le destin nous serve, j'ai cinq cents sequins à perdre au jeu...
jouons, et voyons si ce soir la chance sera pour nous.
(H '•(.rt, et s'arréfo au fond pif-s d'une lable de jen Blanclie et le commandant Francesco paraissent.)
SCEPnE V.
BLANCHE , FRANCESCO , puis RAPHAËL.
FRA\CESCO. Oui , venez par ici , madajue... éloignez-vous un instant du tumulte... approchez-vous de cettefenêtre .. as.s(vez-vou.s.
BLANCHE, s'asseyant. Merci!
FRA-VCESCO. Le bruit , l'éclat des lumières causent un enivrement qui fatigue.
BLANCHE. Oui... c'est là ce qui m'avait un instant troublée.
FRANCESCO. Et maintenant vous trouvezvous mieux?
BLANCHE. Oui.
FRANCESCO. Pourtant, votis êtes bien pâle encore... Appellerai-je du monde?
BLA.\CHE,^rccù///aOT/72en/. Non, commandant... je me sens mieux... {^A parf.) Mon Dieuî cachez mon trouble... {Affectant d'être rulme.) Que vous devez éli e heureux, commandant, d'être de retour à .Milan?
FRANCESCO, avec amertume. Heureux !
comtesse. .. Non, la patrie, que l'on regrette quand on est loin d'elle... a quelquefois perdu bien du charme pour celui qui revient vers elle après une longue absence.
BLANCHE. Ce fut pourtant lui beau triomphe que votre rentrée dans la ville.
FRA^CESCO. Triomphe dans lequel il y avait pour moi plus de tristesse que de joie.
BLANCHE. Je ne vous comprends pas...
FRVNCESCO. Avant mon départ, madame, j'aimais une jeune fille, je l'aimais comme onaime quand on n'a jamais connu sa mère, et que tout l'amour que l'on aurait dépensé sur elle, s'est amassé dans le cœur pour retomber un jour sur la tête de celle que Dieu vous dit d'aimer. Avant de lui en faire laveu, j'attendais qu'une action noble me fit digne d'elle et de son rang. Quand les Vénitiens nous déclarèrent la guerre... quand mon père me confia l'étendard de Milan et le sort de l'armée, je partis plein d'espoir; j'attaquai Carmagnola; qu'on appelait l'Invincible, et après trois mois d'insomnie, de périls et de batailles, l'ennemi s'était avouévaincu; et je revins à Milan, oii le peuple joyeux me salua desescrisd'allégresse. Mais, comme je vous le disais, comtesse, il y avait pour moi ])lus de tristesse que de joie dans ce triomphe, car je venais d'apprendre que tandis que je m'étais battu pour la patrie... elle avait cruellement détruit tout l'espoir , tout le bonheur que j'attendais au retour.
BLANCHE, aoec intérêt. Et comment cela, comm^ndai.t ?
FRA\CESCO. En ujariant au procuratoi Contarini, Blanche de Visconti, que j'aimais de toute mon ame.
BLANCHE, à part. Il m'aimait... grand Dieu!.. (tVi silence; se levanf précipitamment.^ Rentrons au bal, commandant.
MAGASIN THÉATKAL.
FRANCESCO. Oh ! ne me quittez pas ainsi, inadan.e; ne me laissez pas croire que vous m'avez maudit, parce que je vous ai montré la blessure de mon aine.
BLANCHE, à pari, cachant son visage dans ses mains. Oli ! sa voix me fait mal.
FRANCESCO. Et peut-étre ma souffrance a-t-elle un instant égare ma raison?
BLANCHE, cachant son visage dans ses mains, à pari. Et lui aussi souffrait!
FRANCESCO. Avant de me quitter, Blanche... rien qu'un mot... mais un mot de pardon... J'aurais dû me taire, je le sais... mais il faut que la plaintes'écliappe quand le cœur ne peut plus l'étouffer...
BLANCHE, ef/rayée. Laissez-nioi, commandant... laissez-moi.
(Elle monte la scène et rencontre Raphaël.)
RAPHAËL. Il est minuit, comtesse... vos rameurs vous attendent... Mais qu'avezvoiis?..vous avez pleuré... ( Apercevant Francesro.) Le commandant !..
FRANCESCO, à part. Elle pleurait !
BLANCHE. Oh! pourquoi m'avez-vous quittée, mon père?
RAPHAËL. On m'y a forcé, ma fille...
BLANCHE. Oh! j'ai hâte, mon père, de sortir de ce palais.
RAPHAËL. Venez... mon enfant... évitons que l'on remarque votre départ ; hâtez-vous.
FRANCESCO, s" approchant. Partir!
quitter sitôt la fête...
BLANCHE. Il le faut, commandant. {A Rapfiael.) Adieu , mon père.
RAPHAËL. Je vous accompagnerai jusqu'à voire gondole , mon enfant.
(Ils sortent ensemble.)
coctiOQtjootfoopooBcapoaaoaooaooooowaoaaaaBco