‹ [Magasin théâtralChapitre 1520 sur 1545 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les MÊMES, ANSELME, au fond, parlant à des gens de justice qui veulent le retenir.

ANSELME

Laissez-moi entrer.

SÉRAPHINE, à part.

Anselme ! que veut-il ?

LE PRÉSIDENT, à Séraphine.

Quel est cet homme? un de vos serviteurs, madame?

SÉRAPHINE

Oui.

LE PRÉSIDENT, à Anselme.

Approchez.

ANSELME "

En rentrant au château, j'ai appris l'affreuse nouvelle, et je viens de voir le corps de mon malheureux maître... ( Voxjani Gairard.) k\\\ monsieur le conseiller, vous qui le connaissiez... qui l'aimiez ..

GAIRARD.

Qui vous amène ?

LE PRÉSIDENT

Avez-vous quelque renseignement?

ANSELME

Peut-être.

Mouvement de Séraphine et de Gairard.

GAIRARD, à part.

Ah! ce supplice i;e finira donc pas!

LE PRÉSIDENT, à Gairard.

Interrogez.

GAIRARD, se contraignant, à Anselme.

Dites ce que vous savez.

ANSELME

Mon maître, en quittnnl ce c!:âtca!i, craignait que quelqu'un ne s'y introduisît en son absence. Hier et celte nuit, j'ai fait seiiliiielle au bord de la forêt de l'autre coté du lac. Jlais celte tuiit, je n'ai vu personne.

SÉRAPHINE, à part.

Candolas a pu s'échapper!

OAIRAUD.

Cette nuit, mais hier?...

ANSELME

J'ai vu passer devant moi un !>oniino dni;l : ■. figure m'a paru suspecte.

GAIRARD, vivement.

A quelle heure ? "^

ANSELME

Vers le milieu de la journée, quelipie temps après que mon maître était parti.

* Sérapliine, le Pré-ident, Anselme, GnirarJ, le Gref fier assis.

tf

MAliASLN THEATRAL

GAiRARi), ci part.

Le messager d'Esbaldi peul-èlre '.

ANSELME

J'ai suivi daboid cet lioinma des ycus... j'ai vu qu'il prenait le chemin du ciiàleau, regardant de temps à autre derrière lui si on l'observait. Je me suis élancé sur ses pas... je l'ai interrogé... il a ri^fusé de me répondre... une lutte s'est engagée entre nous... son poigiiard lui a échappé ; alors comme il me voyait maître de sa vie, il a pris la fuite et je n'ai pu ratteindre.

LE PRÉSinENT.

Connaissiez-vous cet homme ?

ANSELME

Je ne l'avais jamais vu; mais avant qu'il m'écliappàt, j'étais parvenu dans la lutte à lui arracher un papier ([ue j'aurais remis a mon maître, si le ciel eût permis qu'il revînt... une lettre adressée à madame.

SÉRAPHINE

A moi !

GAiRARb , à part , en frémissant.

La mienne! malheur sur nous !

tE l'RÉsiDEXT, à Anselme.

Et cette lettre ?

AîiSELME.

La voici.

GAiRARD , vivement.

Donnez; il faut la lire.

\nselme lui donne la lottre, il l'ouvre précipitamment. LE PRÉSIDENT, à Scraphine.

Écoutez, madame.

GAiRAKD, à part.

Elle ne sait rien et ne s-: troublera pas. [Lisant avece,f>rt.) « Je ne puis supporter plus long-temps » votre absence. Vous appartenez à un autre, » mais si je pouvais vous voir seulement, il me » semble que je serais moins malheureux. Des M journées solitaires succèdent pour moi à des » nuits sans sommeil. Il faut que je vous voie, » mais seule, n'importe à quelle heure, dans I) quel lieu. Le messager qui vous remettra sc- » crèlemcnl cette lettre m'apportera votre ré- » ponse. » La lettre est sans signature.

LE PRÉSIDENT

Vous ave/ entendu, madame ?

sÉRApniNE, avec assurance.

Je ne puis que répéter ce que j'ai dit, monsieur. J'aflirme sur l'honneur, et je le jurerais sur le corps de Burdéus, j'aflirme que j'ignore qui n écrit ytte lettre.

GAiRARD, d part.

Bien !

SÉRAPIU.NK.

Si quelqu'un s'est cru en droit de me l'adresser, que la justice le découvre et l'amène devant moi...

GAïKAR», bas au Président.

Laissez-moi le soin de cette affaire... En recueillant mes souvenirs sur le temps où dona Sôiaphine était chez moi, peut-être retrouvcraije la trace de quelque tentative qu'elle môme a ignorée.

LE PRÉSIDENT

Soit; mais cette lettre doit être conservée.

GAIRARD.

j Sans doute. ( A part. ) Une autre où l'on ne pourra pas reconnaître mon écriture la remplacera, s'il le faut. ( A Anselme. ) Vous pouvez vous retirer.

SCÈIsE VII.

Les 3Ii!:\ie>, :',IATiIliiU I3ALLA11!). sortant de la chambre à droite avec des Gens de justice.

MATHIEU BALLAIVD.

Monsieur le président, le procès-verbal est terminé ; vous plaît-il de le signer ?

LE PRÉS1DE.VT

J'entre avec vous dans cette chambre. { A Gairard. ) Votre devoir de magistrat est rempli... restez un instant avec elle... peut-cire désircrat-elle s'éloigner de ce château : elle trouvera un asile chci voas... (Aux valets et aux personnages qui sont au fond. ) A'ous allons repartir tout-a- Iheure.

Il entre avec Mathieu Dallard dans la chambre de droite.' Les gens de justice et les valets se retirent.

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SCÈ.NE YIII.

G.URARD, SÉLUPHLXE.

Ils se regardent quelque temps.

GAiiiARi), à voix hanse, sur le devant de la srdne. Quelle terrible épreuve! j'ai senti tout mon sang se glacer quand cet homme a montré cette lettie... c'est un moment d'audace, une sorte (h> vertige (lui nous a sauvé.

SÉRAPHINE

Cette lettre était de vous!

GAIRARD.

Oui, de moi qui mourrais loin de vous, qui croyais que vous m'aviez oublié; de moi qui ai compris les paroles mystérieuses de votre message, vos tourinens et vos désirs par les miens, e( qui ai frappé pour vous posséder.

SÉRAPHINE

Et ma lettre?

GAIRARD.

Drûlée.

sÉiivpiiiNE. avec un mouvement de joie.

Hrftlée :

GAIRARD.

J'ai soufllé sur ses cendres, et toute trace a dis-

LA FÊTE DES FOUS

paru. Mais pins de craintes, notre secret nous appartient, llegariie moi, Sérapliine , regarde-moi. Ma main tremblait en le (Vappant; mais maintenant je le ^ois, et j'oublie tout, oui tout, le (rime, le remords, pour ne me souvenir que de ton amour. Tu quitteras cette demeure, tu reviendras à Dijon.

^^RAPUiNK, avec fermeté.

Je reste ici.

GAIRARD.

Oii! cela n'est pas possible! dis-moi que je me trompe, que j'ai mal entendu ! Ali! je te croirais plutôt si tu me disais : Gairard, tremblez pour vous, car je vais dénoncer l'assassin de Burdéus.

SIÎRArUlNE.

Moi! vous dénoncer! Je ne vous trahirai pas.

GAIUAUD.

Ne pas me trahir! et rien, rien de plus! Tu refusas de me suivre, de me revoir, moi... moi qui l'ai obéi, moi qui ai bravé pour toi la conscience, rbqniieur , l'échal'aud... moi dont la main cri- (iiinell^...

On vient!

Ah !

Gi^IftAftD.

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