‹ [Magasin théâtralChapitre 1519 sur 1545 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Gens de justice au fond, sur la terrasse, avec des flambeaux et des torches. Ils portent le corps lie Burdéus qui n'est pas en vue du public. MATHIEU BALLARD d'un côté à la porte du fond; GAIRARD est de l'autre côté, il est pâle et ne marche qu'avec peine.

LE PRÉSIDENT

Allons, madame, du courage!

SÉRAPHINE, qui n'a pas encore vu Gairard, Qu'exigez-vous de moi?

LE PRÉSIDENT

Venez.

Séraphine se lève lentement, le président lui donne ia main.

SÉRAPHINE, faisant un mouvement en arrière. Ahl je ne pourrai jamais !

LE PRÉSIDENT

C'est une triste épreuve... mais ayez la force de la subir. Ayez confiance, madame, dans la justice des hommes et du ciel... malgré le niystère qui les enveloppe, les meurtriers seront punis.

Séraphine, qui s'est avancée, aperçoit Gairard. Mouvement de tous les deux.

LE PRÉSIDENT, à Gairard.

C'est à vous d'interroger.

GAIRARD, à Séraphine. d'une voix soi^rde.

Vous reconnaissez Burdéus, votre mari?

SÉRAPHINE

Oui... Ah! je ne puis supporter cette vue... éloignez-le!... éloignez-le !

On emporte le corps do Burdéus. Mathieu Ballard et Gairard redescendent la scène Séraphine se tient debout contre le fauteuil immobile et le regard fixe.

LE PRÉSIDENT, d Séraphine.

Remettez-vous, madame... {Elle ne répond rien ; à Gairard. ) Cette douleur muette est affreuse... et elle ne peut même pas pleurer... J'ai vu def criminels chez qui le remords produisait la même stupeur.

Gairard tressaille.

LE PRÉSIDENT, d Mathieu Ballard.

Rédigez votre procès-verbal, monsieur le docteur ; je vais le signer après l'intcrrogaloiro. {Gairard va pour parler à Séraphine, le Président se retourne. ) Coinmcnce«.

Mathieu Ballard se retire dans'uoe chambre à droite. Un

LA FÊTE DES FOUS

Greffier s'assied devant la table, à gauche. GaÎFard est debout devant la table. Le président debout entre Séra- . phine et Gairard.

GAiRARD, à- Séraphins.

Répondez à mes questions : Lorsque Burdéus vous a quittée hier, vous a-t-il nommé quelqu'un chez qui il devait se rendre à Dijon?

sÉRAPHTNE, avBC effrot.

Il ne m'a parlé que de vous.

GAIRARD.

Il m a dit que plusieurs affaires l'avaient amené à la ville. Mais j'ignore quelles personnes il a pu voir; vous l'ignorez aussi ?

SÉRAPHINE

Oui.

GAIRARD.

Vous ne lui connaissiez pas d'ennemis?

Sl^RAPHIJJE.

Aucun.

GAIRARD.

Il suffit; vous ne savez rien qui puisse éclairer la justice.

LE PRÉSIDENT

Un moment. Cet interrogatoire, madame, est pénible pour vous , je le sens ; il renouvelle et prolonge une douleur bien légitime et que nous partageons. Mais il est une autre question qu'on doit vous adresser. ( Mouvement de Séraphine.) Monsieur le conseiller Gairard qui vous connaît, madame, qui vous a élevée comme tuteur, comme second père, dans des principes de conduite qui lui ont valu à lui-mômela considération dont nous l'entourons tous, monsieur le conseiller peut juger inutile la demande que moi je ne puis me dispenser de vous faire.

SÉRAPHINE

Parlez, monsieur.

LE PRÉSIDENT-

Vous êtes jeune, madame, et d'une beauté qui peut éveiller une passion criminelle... Je sais que vous la repousseriez. Mais ces dédains, in^-me en réduisant un amour coupable au désespoir, seraient de nature à l'exciter nu crime. Votre mari est peut-être tombé victime de la jalousie ?

SÉRAPHINE

Monsieur...

LE PRÉSIDENT

La justice ne doit négliger aucun indice. Quelqu'un vous a-t-il adressé des vœux, vous a-t-il fait connaître son amour?

, SÉR.APUINE.

Ici, comme à Dijon, j'ai vécu retirée; et si quelqu'un m'a aimée ou m'aime encore sans espoir, je l'ignore.

LE PRÉSIDENT, OU Greffier.

Vous avez écrit?

GAIRARD, revenant à lui.

Oui.

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