TOUT LE PEUPLE
Non! non!
Le Fou qui est sur le théâtre fait signe de la main qu'on se taise, il ôte et jette son masque.
Candolas I
Candolas !
C'est lui '.
SÉRAPHINE , à part.
I E PRINCE, à part.
Si
LE PRÉSIDENT
Qu'on m'écoute: Soldats, saisissez-vous de ce jeune homme déjà désigné a la justice.
CANDOl-AS.
Qui m'a accusé? Est-ce vous, Claude Gairard? Qu'oïl m'écoute aussi!... {Se tournant vers le Peuple.) .Ne prenez pas ma défense; je sais ce que j'ai a dire et à faire Vous, vous avez eu un fils emprisouiié : vous, un frerc : vous un ami. Le soupçon de ce meurtre s'est arrêté sur chacun de nous, ci. la justice, perdue dans ces ténèbres, n'a su encore sur qui faire tomber le glaive! lih bien, moi, calant du peuple jusqu'à ce jour, moi, votre ami, votre égal, moi, accusé comme vous, je rallume le Ikinbeau éteint aux mains des magistrats. Je parle pour vous, en votre nom, et ou mécoutera. Claude Gairard, j'ai élevé ces tréteaux a la hujteur de voire siège de conseiller ; mais le boulloa a cessé de rire! il vous regarde face à l'ace, magistrat com^ne vous maintenant, et comme vous ch ugé de |»unir. Donc, j'ai dit, et je répète, que Claude Gairard est l'assassin de Burdéus. Nouveau mouvement dans la foule.
LE PHÉSIDENT.
Quelle audace : [Au prince de Condé.) Monseigneur, doiinez des ordres pour qu'on disperse cette foule et qu'on s'empare de cet homme.
CANDOLAS.
Vous ne le ferez pas, monseigneur. Je sais que je dois prouver mon accusation, et je la prouverai.
LE PRÉSIDENT
Vous savez aussi le châtiment réservé aux calonuiialeurs, c'est le môaie qu'aux coupables : la mort.
LE Pni.NCE.
C'est la loi?
LE PRÉSIDENT
Oui.
LE PRINCE, ù Candolas.
Vous l'acceptez ?
CANDOLAS.
Je l'accepte. Monseigneur, je m'adresse à vous. La loi aussi fait grâce lie la vie au révélateur d'un crime. Je demande la grâce d'un homme ; je la lui ai promise. .Monseigneur, me l'accordez-vous ?
LE l'Ul.NCE.
Si sa déclaration doit faire connaître la vérité, oui, je vous l'acccrde.
CANDOLAS.
Je prends le peujile a témoin de la parole que vous mu (iunnuz. (-^ur un signe de Candolas, iiené , Henri çi Etienne amènent un homme mas lud i/ui ne sa aoniienl plus qu'à vaine, Candolas descend dultu'dl'a.) Su tremble pas ain^i. i.AiiiAan, à part.
Ksbaldi! Je suis perdu !
CANDOLAS.
Parle doue, toi, son complice. [Il Ole le masque
d'Esbaldi. Celui-ci a la figure décomposée; il es saie déparier, mais il ne le peut.) Quoi! les traces du poison! Le malheureux! il a eu peur, il s'est tué. [Esbaldi chancelle et tombe.) Mortl GAIRARD, à part.
Mort ! Je ne crains plus rien !
LE PRÉSIDENT, à Candolos.
D'accusateur, vous redevenez accusé; ne l'oubliez pas.
Le peuple murmure
LE PRINCE, à part.
Malheureux I
CANDOLAS.
£t cependant j'ai dit la vérité. Monseigneur, je demandée -.core à le prouver.
LE PEUPLE
Oui, oui... parlez, Candolas.
CANDOLAS, montrant Gairard.
Ordonnez seulement que cet homme descende, là, sur la place.
' LE PEUPLE
Qu'on l'amène !
Des groupes se dirigent vers la maison de Gairard. LE PRINCE.
Arrêtez!... point de violence, notre autorité seule sufût... descende^:...
GAIRARD.
Vous avez raison, monseigneur, et je ne ferai pas de résistance.
Gairard et Urbain quittent la fenêtre.
LE PRINCE
Justice sera faite, quelque soit le coupable, je vous la promets. (.4 Séraphine.) Je vous la promets aussi, madame, à vous qui baissez la tête et pleurez à côté de moi au souvenir cruel de votre infortune, à vous qui êtes juge ici et qui demandez vengeance... {A Candolas.) Et vous, parlez maintenant.
Gairard et Urbain sortent de la maison. Tous les fous ûteut leur masque et se groupent sur le petit théâtre.
URBAIN, à Gairard.
Je ne vous quitterai pas.
CANDOLAS.
Que toutes choses soient égales entre nous. Je n'accuse plus, je me défends: Je dis que cet homme a assassiné Burdéus; cet homme répond que j'en ai menti ; où est la vérité ? où est le mensonge ? Qui devez-vous frapper, lui ou moi? Vous l'ignorez, et vous n'avez pour vous éclairer que la parole de deui hommes qui défendent leur vie.. Magistrats, vous cherchez un coupable; il y a une heure, je le sais, vous avez donné ordre à vos bourreaux de vous accompagner secrètement... ils sont la, dans cette maison, et leurs instrumens de torture sont prêts... Claude (iairard, acceptezvous ré[preu\o que je vous propose?
OAIUAIW).
Moi!
LA FETE DES FOUS
CANDOLAS.
Oh! ne vous troublez pas ainsi! je suis jeune, obscur encore, perdu dans la foule; je n'ai pas comme vous a défendre une réputation sans tache, et cependant pour qu'une souillure ne reste pas sur ce nom que personne ne connaît, moi, votre accusateur, je tends au bourreau mes bras pour qu'il les brise et les torture, et je dis, sans trembler, à mon sang de rendre témoignage de mes paroles. Voulez-vous que Dieu soit juge entre nous ?
GAIRARD.
J'accepte.
Le Prince parle bas au Président.
LE PRÉSIDENT
Monseigneur...
LE PRINCE
Cela doit être.
sÉRAPHiNE, au Prince.
Monseigneur, n'ordonnez pas...
LE PRINCE
Laissez, madame, laissez.
Trois hommes sortent de la maison et attendent les ordres du prince.
CANDOLAS.
Nous attendons, monseigneur; appelez.
GAIRARD, s'avançant.
Moi d'abord !
LE PRINCE
Non.
LE PRÉSIDENT
Comment...
LE PRINCE
Silence!... c'est le ciel peut-être qui m'inspire.
CANDOLAS, s'avançant.
Eh bien, monseigneur...
LE PRINCE, au milieu d'un profond silence. Urbain Gairard I
GAIKARP.
Quoi! lui!... mon fils! lui!... Mais c'est impos sible, monseigneur!
LE PRINCE, répétant .
Urbain Gairard.
GAIRARD.
Mon fils!
URBAIN
J'ai été accusé comme vous, mon père.
GAIRARD.
Toil... oh! non, non !
URBAIN, bas.
Je sais tout, mais je ne dirai rien .
GAIRARD.
Urbain!... Monseigneur, grâce, grâce pour lui ! 0ht vous ne savez pas ce que c'est que la torture! vous n'avez pas vu comme moi des membres se briser... non, mon fils !... non, non !
LE FRiNCB, répétant.
Urbain Gairard.
Urbain s'éloigne et est prêt à entrer.
Ah ! non, tu n'iras pas... Yous cherchez, le coupable... '''•■",
URBAIN
Mon père !
GAIRARD.
Le coupable, c'est...
URBAIN
Mon père!... taisez-vous.
GAIRARD.
C'est moi.
TOUS
Lui!
SÉRAPHINS
Ahl
Elle tombe à genoux.
URBAIN
Ne le croyez pas... Ne voyez-vous pas qu'il s'accuse pour me sauver?... Mon père, j'ai du courage comme vous... Je demande l'épreuve.
GAIRARD.
Non, c'est moi, c'est moi!... j'ai frappé Burdéus I
LE PRINCE
Vous avouez le crime ?
Oui.
LE PRINCE
Et vos complices ?
GAIRARD.
Esbaldi, Esbaldi seul!... Mais lui! oh! il est innocent, lui!... Tous sont innocens, hors celui qui est mort et moi qui suis prêt à mourir- Rumeurs dans l'assemblée.
SÉRAPHINE, à part.
Ah! Claude Gairard!... il me sauve encore en s'accusant.
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