JEANNE, MARIE
MARIE. Je te revois donc enfin ?
JEANNE. Marie. .. où ddnc as-tu passé tant de longs jours ?
MARIE. Dans l'hospice Saint-Bruno , où l'on a pris soin de la jeune fille blessée.
JEANNE. Blessée? .
MARIE, Oui; mais je suis guérie... et toi, Jeanne?
JEANNE. Si tu savais tout ce que j'ai souffert!... Mais nous ne nous quitterons plus... Vois comme la séparation nous portait malheur.
MARIE, tristement. Il faudra nous séparer encore !
JEANNE. Jamais!... Tu sais quel le destinée nous rassemble au palais du prince Guillaume?
MARIE. Oui!
JEANNE. C'est en vain qu'il cherchera sa fille entre nous deux, qui avons juré que nous n'avouerions jamais rien qui pourrait détruire la confusion qui nous lie.
MARIE. Et je viens d'avouer, moi."
JEANNE. Quoi donc?
MARIE. Que tu as été mon aînée de quelques jours dans la maison d'asile.
JEANNE. Et pourquoi ?
MARIE. Parce que l'une de nous deux est fille d'un souverain, l'aulrc d'un criminel, et le prince faisait injustement peser* sur toi la réprobation et l'exil.
JEANNE. Si bien que je serai, moi...
MARIE. Princesse!
JEANNE. Et toi, bannie, chassée... Et tu crois «{ue j'accepterais fortune , honneurs... tardis que tu aurais, toi, pleurs, exil et abandon!-
MARIE. Il le faut!
JEANNE. Non pas, je veux te démentir; je dirai quej'ai changé noscxtraiisbaptislaires.A nous deux, Marie, la réprobation, l'anathème, ou la dignité princièrc.. . loutà nousdetjx, rien h chacune; tu l'as oublié; mais je me souviens, moi , que nous nous sommes jaré que nous
LES ORPHELINES D'ANVERS
aurions même fortune, même salut ou même cercueil... et je veux aller trouver le priuce. Oui, j'appellerai ses pages, qui me conduiront auprès de lui. , .
MARIE, l'arrêtant. Attends, Jeanne
Dieu qui décide...
JEANNE. Me guide et m'inspire.
MARIE, la retenant. Écoute ce que te dit le devoir... et non ce que l'amitié commande.
JEANNE. D'après votre aveu, je suis princesse. {Marie la quitte en se soumettant i Jeanne se rapproche d'elle; avec effusion.) Marie \... pardonne et ne me retiens plus... tu sais bien que je ne dois pas accepter ton infortune:.. Je cours auprès du prince.... {L'apercevant.) Le voici !
Comme elle entre sous le vestibule et se dirige pour sortir à gauche, le Prince, qui entre, vient à sa rencontre avec agitation.
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