SCÈNE V
GUILLAUME, puis MARIE, RIPERDA.
GUILLAUME, seul. Oui.... mes bienfaits suivront cette Jeanne... mais seulement à cause de Marie !. ..
Riperda entre avec Marie.
MARIE. Dieu vous garde, mon père!...
GUILLAUME, en remettant les papiers à Riperda. Ah! te voici Marie.... laisse-nous seuls, Riperda.
Riperda s'incline et sort.
MARIE, à Guillaume. Vous paraissez* souffrant?...
GUILLAUME. NoD, pas souffrant mais
triste. . .
MARIE. Et pourquoi, mon père?...
GUILLAUME, lui indiquant un siège Tplacé à côté de lui. Tiens, mon enfant, viens... et pardonne-moi d'avance le mal que je vais te faire... •
MARIE. A moi, mon père ?. . .
GUILLAUME. A toi, qui as des chagrins dans tes joies, et des souvenirs ou des regrets au miUeu des grandeurs.
MARIE. C'est que je voudrais, mon père, que Jeanne, qui est à cette heure dans l'indigence, fût déjà près de moi, pour tout partager.
GUILLAUME, à part. Toujours Jeanne!...
{Haut.) Marie, fille des Nassau, tu dois avoir du courage...
MARIE. Pourquoi,' mon père?...
GUILLAUME. Parce' qu'il faut que tu apprennes, enfin, quel malheur doit à jamais te séparer de Jeanne.
MARIE. Me séparer de Jeanne!...
GUILLAUME. Moi, prince, j'ai pu découvrir en même temps et ton origine et la sienne; quelques feuilles des registres détruits ont été retrouvées et contiennent précisément ce qui vous concerne toutes deux.
MARIE. Et que disent-elles?...
GUILLAUME. Que le 22 janvier, de l'an 1565, tu fus apportée par un savant médecin qui avait assisté ta malheureuse mère, et que, huit jours plus tard, l'assassin de ta mère... vint déposer, sous les mêmes noms que toi, une fille dont il se débarrassait pour fuir comme un traître enrichi.
MARIE. Votre fille, à vouSj fut déposée la ^ première ?
) GUILLAUME. Oui, la première.... et huit I jours après le criminel déposait la sienne.
MARIE. Dieu voDgonr ! qu'ai-je donc
fait!
cuiLLACME. Que dis-tu, mon enfant?
MARIE. Ne m'approchez plus, chassezmoi. ,. j'ai souillé la demeure de mon maître... Votre fille, déposée la première, est Jeanne", que vous accusiezicn la répudiant... {Tombant à genoux.) Et je suis, moi, la maudite et la condaumée, monseigneur...
GUILLAUME. Taiscz-vous, Marie; l'erreur vous égare.
MARIE. Non, monseigneur... non,Jeanne fut déposée la première; rendez-lui sa place; pour elle la richesse, la splendeur et les douces larmes d'un père...
GUILLAUME, la relevant. Marie... c'est affreux de déchirer ainsi mon cœur; vous ne m'aimez donc pas, vous?. . .
MARIE. Moi, j'en mourrai Mais ne
m'interrogez pas, et que justice soit faite. . . Nos extraits baptistaires, seules traces quô nous a\ons eues de notre enfance passée, vous convaincront... Celui de Jeanne est daté du 22 janvier, et le mien du dernier jour du même mois.
GUILLAUME. Vous VOUS êtes, trompées toutes deux... Tu es mon sang, je le sais, tu es ma fille; mes souvenirs, le portrait de ta mère et la voix de Dieu l'attestent et le déclarent.
MARIE. Faites donc venir Jeanne, et vous saurez ce qu'alors vous dira la voix du Seigneur...
GUILLAUME. Jeanne.... je l'attends au palais... je veux y hâter sa venue. . . et pour étouffferce cri de ion cœur généreux, et détruire l'angoisse qui.se peint sur ton visage. .. je veux la faire appeler sans reiaud. .. je cours donner des ordres... [S'arrêtajit.) Et quand tu seras convaincue de ton erreur. ..
MARIE. Je verrai s'éloigner Jeanne sans murmure, comme elle devra me voir partir sans plainte, si je suis la maudite.
GUILLAUME. Eh bien, mon enfant, dans un instant , je te le jure... tu auras pu dans le secret consoler Jeanne, en lui commandant toi-même le courage et le départ. .. Attends-moi donc, Marie.
Il sort par le fond à droite.
SCÈINK VI.
MARII-;, puis TOM et JEANNE.
mark:, seule. Puisque malheur et bonheur doivent se partager les deux orphelines, je vous remercie , mon Dieu ! d'avoir gardé pour Jeanne le sort que vous lui faites.
Elle s'assii'd pleiirantp.
TOM, faisant entrer Jcmme par la droite. Oui, Jtaiinc, l'.évenemeiit qui vous amène au palais y a amené au.ssi votre compagne.
JEANNE. Est-ce possible ? TOM , apercevant Marie. Voyez madame , et vous de douterez plus.
JEANNE. Marie !
MARIE , l'apercevant. C'est toi , Jeanne !
Elles se précipitent l'une vers l'autre et se tiennent embrassées en pleurant.
TOM, à part. Maintenant que Jeanne et Marie sont réunies dans le palais de Nassau , allons prévenir l'hôtelier de Mous, et Georges.
Il sort par le fond.
(WW VV\ V* vvvv ww vwwvw wvvwx-v wwvwv wwwv wxv W\ VV\A, V