SCENE PREMIERE
RENÉ, ROSSIGNOL
René entre au fond soutenu par Rossignol en blouse, il va s'asseoir à gauche d'un air désespère.
MAGASIN THF.aTKAI,.
ROSSKiNUi.. Ali plaisir de vous revoir; ne vous dérangez pas, je vous en prie... (// marche n reculons jus(pi(in fond du théâtre, examinant tanjours Jiénc, qui ne le regarde plus; il entrouvre la jwr te comme s'il voulait s'en aller, puis s'arrêtant il dit à part ;) 11 no me regarde pas... bravo! j'ai mon idée, je l'ai bien entendu , c'est ici (|ue loge le commis de M. I)es\arenues. Je reste. Ab ! dans celte cbambre, des cartons, des |)apiers... Il y a peut-être (pielque chose h iaire ici, quelques s^acs d'écus, (juelques billets de banque... Au petit boidieur...
Il referme doucement la porte du fond, et sort par une petite porte à gauche, en pan coupé, qui était entr'ouvert au lever du rideau. Tout cela a eu lieu sans qu'il perdit un instant de vue lléné, qui demeure toujours comme anéanti sur le devant du théâtre.
SCENF, II.
RENÉ, seul.
Le jour est venu, et personne encore?... personne! Ah! <|ue cette nuit m'a paru longue elle m'oublie. Oh! oui, sans doute;
au milieu de cette fèt(! brillante peut-elle penser à moi, à mes chagrins, à ma jalousie? Que dis-je? mallieureux ! m'a-l-elle donné même le droit d'être jaloux? lui ai-je dit.... oserai -je jamais lui dire h quel point je l'aime ? Oh ! non, non, j'ai éié trop malheureux toute ma vie pour qu'elle puisse être ma femme, et ce secret doit mourir là. {Roulement de voiture à l'extérieur ; il va regarder à la fenêtre à droite.) Ah ! ce sont eux, enfin!.... contenons-nous.... Sa famille, mes amis, mes bienfaiteurs, ne (loi\ent pas voir le trouble (jui me dévore.
Entrent au fond Maurice et ses deux enfants. Maurice et Michel en noir; Élisa en robe blanche, toilette de bal fort simple.
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SCÈM: III.
RKNÉ, MALRICE, MICHEL, ÉLISA.
MAURICE,'' liéné. Ah! c'est toi, mon garçon ! déjà levé!
nf^^f;, lui serrant la main, et saluant Elisa. Oui, monsieur INLinrice , depuis un (juart d'heure, à peu près... iMademoiselIc. ..
ÉLI.SA. Bonjour, monsieur Uéné, bonjour.
MICHEL , lui donnant une pnignce de main. Tuas bien fait,chcr ami, decpiitter de si bonne heure la mansarde pour nous attendre à noire retour du bal... puisfpic aussi bien peut-être nous devons aujourd'hui |)asser
tous ensemble en famille une de nos (Uriiures journées.
\\tyi:Jristem(T}t. Oui, une des deiiiièrcs !
Éi.iSA, lépélant avec la même /rts/cs.vr. Des dernières!
MAi'RiCE , souriant. A moins que le ciel ne fasse retomber enfin dans nos mains !<• fripon d'homme d';;iïdires qui nous a volé notre héritage de Hollande.
MICHEL, yaiemetil. Eh! pourquoi pas, mon père? moi j'ai toujours dans l'idée. ..
MAURICE. Tais-toi, tais-toi; le ciel ne fait pas de miracles; il y a douze ans (pie ce misérable Alexandre a emporté notre fortune . et j'ai fini par renoncera des recherches inutiles!... et (juaiid bien même le ha.sard , un hasard qu'il ne faut pas prévoir, nous rejetterait maintenant sur les traces de cet homme, du diable si nous retrouverions encore après 1 douze ans l'héritage de ma sœur, qu'il nous a I volé. \
MICHEL. Enlin , c'est égal ; nous aurions ■■ du moins le plaisir de la vengeance.
MAURICE. Allons, allons, lais-ttii, te (lis je ! rêveur... Dans ce monde il ne faut compter que sur soi-même, entends-tu? pour résister I à sa mauvaise fortune! f
MICHEL, ironiquement. Oui, sur soimême. Nous y avons compié , et c'est pour cela que noussonnnes conscrits tous les deux.
Il montre Uéné.
ÉLISA, tristement. Tims les deux !
MAURICE. Conscrits, c'est vrai! mais qui saii, peut être...
ÉLISA et MICHEL. Quoi donc?
MAURICE, souriant. Rien, rien... ne parlons plus de ça, ça nous donnerait des idées de tristesse, et ça ne viendra que trop tôt... Allons, j'ai (pieUpies papiers à meltre en ordre pour mon patron , dans un instant, je suis à vous !
Il s'éloigne vers In gauche au premier plan, Elisa va sortir du côté opposé.
MICHEL. Tu nous quittes aussi, petite sœur?
ÉLISA. Oui, je vais (')ler cette robe de bal qui me p(\se , et pour hupielle je ne suis pas faite, je le sens bien, mon frère... Allons, au revoir.
RENÉ, s'inclinant. Mademoiselle!
ÉLISA. Au revoir, monsieur René! (.1 part.) Pauvre jeune homme! comme il paraît souITrir !
Elle sort à droite au premier plan.
SCKiSE IV.