‹ [Magasin théâtralChapitre 18 sur 1545 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BLANCHE, seule, puis FRANCESCO.

BLANCHE. Il m'aime! Francesco

m'aime!., oh! combien cette pensée me ravit et me poursuit... Il me semble que le recommence une vie nouvelle... oh !... qu'il me tardait d'être seule pour repasser dans ma mémoire tout ce qu'il m'a dit ce soir. . . Et pourtant mon saint confesseur me disait. . Votre amour avoué, ma fille, deviendrait un grand crime... et mon émotion m'a trahie, sans doute , ou nae trahira plus tard... car j'ai trop de bonheur à me souvenir pour pouvoir... oublier... (On heurte à la port e.)Qu't]qu un !... oh !... c'est sans doute... le bon frère Raphaël, qui a compris que sa fille a besoin de son secours...

(^Elle ca ouorir, et reculé en s'ccriani.)Tia.ncesco ! . . .

FRANCESCO. Oui, comtesse... Francesco, qui n'a pu rester au palais Contarini après votre départ , et que le délire a poussé sur vos pas.

BLANCHE , effrayée. Je vais appeler mes femmes...

FB.ANCESCO, /'a/r^to/i/. Oh!... n'appelez

pas. . comtesse.... je repars à l'instant .

N'appelez pas, Blanche... laissez-moi vous parler un instant seul, etsoyez sansfrayeur, car mon amour pour vous... c'est de l'adoration , de la pureté ; c'est autre chose encore... mon Dieu., c'est de la haine pour ceux qui'vous ont mariée... vous, faible enfant , au procurateur Contarini . que vous ne pouvez aimer.

MAGASIN THF-ATIIAI..

nLANCUc. Je n'ai jamais dit cela...

FRAîVCESCO. Elle n'aime pas son époux... celle qui, comme vous, se condanme à cette trijte solitude qui ternit l'éclat de ses plus belles années. . . Elle n'aime pas son époux, celle qui peut donner une larme à la douleur de celui qui l'aimait et qui la voit perdue pour lui...

BLANCHE, à part. IMon Dieu!...

FRANCESCO, se rapproch'tnt. Oh!... si près de moi vous avez un instant ti'emblé, ne me cachez pas cette émotion qui est aujourd'hui ma seule espérance... si près de lui vous avez souffert, ne me cachez pas vos souffrances passées... car je ne viens pas ici dans l'espoir de vous rendre criminelle... je vous aime trop pour cela... mais je viens pour protester contre les actions de ceux qui se sont arrogé le droit de me vouer au malheur... et peutêtre de nous y vouer tous les deux.

BLANCHE. Oh ! retirez- vous ! retirezvous, car c'est un crime déjà que de vous écouter.

FRA^CESCO. Non, pas devant Dieu, car Dieu ne peut pas condamner deux êtres qui, cruellement séparés , cherchent à se rendre supportable la vie qu'il leur a donnée, n faut que je vous parle, madame... parce que je ne puis voir s'éteindre sans combat le rêve de ma vie entière ; il faut que vous m'écoutiez... parce que vous avez été sacrifiée.

BLANCHE. Je suis heureuse...

FRANCESCO , avec passion. Non, vous ne l'êtes pas , madame , vous ne pouvez pas l'être, car je vous aime de trop d'amour pour ne pas être aimé... parce que mon ame a toujours trop cherché la vôtre pour qu'il n'y ait pas entre nous une sympathie que ni la force, ni la raison, ne peuvent détruire... Et quand j'étais là-bas exposé aux chances des combats et de la trahison... mon pressentiment était trop grand pour ne pas être vrai... et je pressentais, à chaque heure d«i jour, que tandis que je pensais à elle... Blanche éprouvait une secrète inquiétude pour le jeune liomme qui pouvait mourir sans avoir revu sa patrie...

BLANCHE, À /?<//•/. Hélas!...

FRANCESCO , amtinuanl. Oh ! n'est-ce pas. Blanche, que si le commandant Franctsco était moi t dans cette gjierre, n'est-ce pas que vous l'eussitiz pleuré?

BLANCHE, aoec entraînement. Oh! j'ai bien souvent prié pour vous...

FRANCESCO. Vous avez prié pour moi. ..

Oli ! Dieu vous a exaucé; car vin(;t fois la mon aurait dû nratteindrc. it je ne sais

quel miracle m'a vingt fois sauvé... Vous avez prié pour moi ! et votre père est venu jusqu'à l'autel où vous priiez pour celui qui vous aimait , vous mettre de force au doigt l'anneau de celui qui n'aimait de vous que votre héritage à venir.

BLANCHE. Mon père avait besoin, pour le maintien de sa couronne, des efforts du procurateur et de ses partisans; le comte voulut ma main pour prix des secours que lui demandait le duc de Milan.

FRANCESCO, l'interrompant. Oh! ne parlons pas du pas.sé. .. Blanche, il y a dans le passé quelque chose de fatal. A moi, pour tout mon amour, vos rêves et les batieinens de votre cœur. Entre nous un amour secret, exetnpt de déshonneur et de larmes .. <)haque jour dans le silence , l'un pour l'autre , une prière à la sainte Noire-Dame-de-Bon-Secours... Nous sommes jeunesencore, Blanche... et peut-être un jour... Dieu fera le reste.

BLANCHE. Oh! que Dieu nous pardonne et vous entende !

FRANCESCO. Espérons en lui, Blanche...

et maintenant , merci, merci à vous qui m'aurez fait aimer la vie... merci à vous qui me faîtes aimer, adorer, la gloire et la patrie.

(On entend pousser violemment nn verroa.

BLANCHE, effrayée. Quelqu'un... malheur!., c'est le comte.

FRANCESCO. Non, ne Craignez rien... la fête le relient au palais Contarini.

BLANCHE. On vient... ne me quittez pas, Franiesco .. j'ai peur.

FRANCESCO. Et je VOUS Compromettrais peut-être en restant.

(Il court à la porte du fond et la tronve fernicc. Une autre porte s'ouvre, le procurateur parait

cuirasse.)

BLANCHE et FRANCESCO. C'est lui !

CONTARINI , aflectanl un grand calme.

Commandant Francesco , je vous ai vu prendre , en gondole , le chemin de ma villa... et je me suis hâté , espérant vous trouver ici... m'attendant... {Francesco fait un geste de surprise. )\.'e conseil s'assemblera bientôt pour délibérer sur la réponse que Milan doit faire aux ambassadeurs de Venise, qui demande une trêve de -cinq ans. Et vous avez sans doute aussi pensé que c'est une grave question dont deux hommes d'état comme nous doivent préalablement causer ensemble?

BLANCHE, à part. Que dit-il?

CONTARINI. Le duc veut accorder la trêve., c'est, selon moi, mauvaise po itiques. {A M femme.\ Madame . nne conversation

GASPARDO

purement diplomatique serait sans charme pour vous, et la présence de la fille du duc Visconti pourrait nous gêner dans le jugement que nous devons porter sur les actions de son père. {Lui prenant la main.) Pernieltez-Mioi de vous accompagner.

(Il la conduit h son ap|,ar(ement.)

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