SCÈNE YIIÎ
Les Mêmes, plus ROSSIGNOL, moins DESVARENNES.
ROSSIGNOL , rentrant à droite, au premier plan. J'ai un malheur insolent! Bien sûr, il est déjà ramassé.
MATHIAS, groupant autour de lui les personnages des scènes précédentes. Il afre raison, c'être ine chistice de lui rendre son bien, et la probité, la déhcatesse...
ROSSIGNOL, s'avançant. Certainement, la probité, la délicatesse... j'espère qu'il n'y a ici personne d'un autre avis.
l'ouvrier, qui a lu l'affiche. Non, non, personne.
TOUS. Personne'
UN HOM.Mi: DU PEUPLE. Une si belle récompense, G, 000 francs! c'est bon à gagner!
l'ouvrieu. Kt quand il n'y en aurait pas de récompense , est-ce que ce n'est pas un devoir? Quanta moi, je ne suis qu'un pauvre diable d'ouvrier qui ne vit que de son travail, et avec ça j'ai une femme et des enfants à nourrir; niaisj'aiaussiune conscience, et pour qu'elle soit toujours tranquille, si je trouve, je rendrai.
TOUS. Et moi aussi.
l'ouvrier. Que le propriétaire de la somme soit un honnête honmie ou un gredin, ça ne me regarde pas , je rendrai ; tant pis pour lui s'il a volé les autres ; un jour il pourra bien lui en arriver malheur; mais moi, moi... je ne vole jamais le pain que je donne à mes enfants; je rendrai...
TOUS. £t moi aussi ! et moi aussi !
Ils sortent.
ROSSIGNOL, à part. Bravo! parmi tout ce monde-là il n'y a personne qui me fasse concurrence.
La nuit a commoncé à venir. Wathias et Rossignol se heurtent en cherchant tous les ilcus dans l'obscurité, ^lathias prend alort; la main de Rossignol et l'amène mystérieusement sur le devant du théâtre.
MATHIAS, bas. l>Ion chcune ami !
ROSSIGNOL, has. Yieiliard respectable.
MATHIAS. Che fous feux du bien ! fous n'afre pas l'air très-fortuné.
ROSSIGNOL. Ni vous non plus !
MATHIAS. "Moi c'hètre dans la ternière de toutes les misères.
ROSSIGNOL. Kt moi dans la dernière de toutes les débines.
MATHIAS. D'oij che conclus que fous et moi nous aurions tort d'avoir trop de sgripules. ..
ROSSIGNOL. Vraiment !
MATHIAS. t'A nous aurions raison de faire €nzemble inc petite gonfention.
ROSSIGNOL. La([uelle?
MATHIAS. Vous allez prendre la troile di pont Neuf, et moi la cauche.
ROSSIGNOL. Ensuite?
MATHIAS. Et ii le hasard vous favorise, s'il vous envoie...
ROSSIGNOL. Le bienheureux portefeuille!..
Eh bien?...
MATHIAS. Eh bien ?... Bart à deux !
ROSSIGNOL. Ça va , je vous le promets , vieillard respectable... mais de votre côté
MATHIAS. Che fous le churc, mon ciieunc ami.
RO.SSIGNOL. Bien obligé. [À pari.) Si je la trouve, tu l'attendras longtemps, la moitié.
MATHIAS, à pari. Si che troufe, che carde tout pour moi, gott fordom.
Ils disparaissent sur le pont Neuf., l'un à droito Pt l'aiftre à gauche. Pendant ce temps on a vu, au fond, du côté de la rue Daupliine, rfpar.iîlre Lionel dans la plus grande agitation. Il s'arrùte en regardant sortir les deux personnages précédents. Il reste seul.
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SCÈjNE IX.
LIONEL, seul.
cherchez, mes bons amis, courez après la fortune... moi, je reste ici, calme et à l'abri de cet accès de cupidité que moi-même peutêtre j'ai souillé dans vos âmes... sans désir et sans espérance.... C'en est fait.... j'ai tout perdu, j'ai laissé sur le tapis vert mon dernier contrat de rente... Plus rien!... {Fouillant dans sapcche.) Encore une pièce d'or... ah! courons. . . peut-être. . .
Il fait deux pas comme pour retourner à la maison de jeu. Une pauvre femnie mendiante traverse le théâtre avec son enfant dans ses bras.
LA MENDIANTE. La charité, s'il vous plaît?..
LIONEL. Ob'... oui, oui... elle sera mieux placée que tout le reste de ma fortune... tenez!... ( Il lui donne la pièce d'or; elle s'éloigne.) Oh ! gardez, gardez tout, et ne me remerciez pas, je le veux... Maintenant tout est fini pour moi... [Regardant au fond le pont Neuf et la rivière.) Là bas est le terme de ma carrière... je ne serai regretté de personne , et moi-même je n'ai à regretter... Élisa!... ah! n'y pensons plus, j'étais indigne d'elle!... je n'ai plus rien qui puisse m'attacher à la vie... allons! {L'orrheslre exécute en sourdine l'air de Robert le Diable : O Fortune, à ton caprice. Pendant ce temps Lionel s'élance vers le jiont Neuf; il est parvenu an parapet, et s'appuie comme j)our se jeter èi Veau... Dans ce moment , le pied de Lionel touche qxiel<iue chose. Use baisse, ramasse, et pousse un cri de joie.) Ah ! ce portel'euille... celui de Desvarennes... A moi! à moi! j'en ferai bon usage.
11 descend vivement les degrés du pont Neuf, et s'élance vers la gauche du cùté du quai de l'IIorioge en chantant:
O Fortune, h ton caprice, Viens, je hvn; mon destin.
A mes désirs sois propice, Et viens diriger ma main.
Il a disparu dans la coulisse. On l'enlend continuer l'air :
L'or est une cliimi^rc, Saclions nous en servir...
7f j Jinxsignol rentre de l'autre rï\lé, essonfjlè, et comme si depuis un instant il courait de toute sa force.