‹ [Magasin théâtralChapitre 194 sur 1545 · ÉLISA, MAURICE, RENÉ · texte numérisé non relu

ÉLISA, MAURICE, RENÉ

MAURICE, que les deux jeunes gens font asseoir après la sortie de JJcsvarennes. Ma fille! ma chère l^isa ! Et toi, René, c'est du bonheur encore de te revoir. 31ais pourquoi Michel n'est-il pas avec toi , lui !

RENÉ. iMichel!

ÉUSA. Mon frère ?

RENÉ. Je ne sais ; il a des secrets pour moi , et quoique cependant plus que jamais nos destinées doivent être inséparables, voilà plusieurs jours que je le vois à peine.

ÉLISA, à part. Et moi aussi !

MAURICE. iMon fils ! mon pauvre Michel ! Tous les trois vous viendrez visiter souvent le prisonnier.

RENÉ, à lui-même, avec douleur. Souvent!

ÉLISA. Oui, mon père !

MAURICE. Vous me rendez mon courage , et il y a dans cet espoir de quoi me donner la force de supporter la vie.

On entend dans le lointain un bruit de tambour.

RENÉ, tressaillant. O ciel !

MAURICE. Qu'as-iu donc , ami ? et pourquoi ta main a-t-cllc tremblé dans la mienne ?

RENÉ. Monsieur Maurice, mon père, n'avez-vous pas entendu? C'est notre régiment qui va partir !

MAURICE et ÉLISA. Partir!

RENÉ. Oui, tout à l'heure, au second roulement nous devons être sous les armes.

MAURICE. Et... mon fils aussi?.. .

RENÉ. Tous les deux, puisque vos épargnes appartiennent toutes maintenant à Desvarennes.

MAURICE. iMa fille ! séparée de vous deux, et bientôt peut-être orpheline !

ÉLISA. Oh! ne dites pas cela, mon père , ne dites pas cela.

MAURICE. Si fait... je vous trompais tout à l'heure, ou plutôt je cherchais à me tromper moi-même ; mais la pensée de votre prochain départ me ramène à la réalité. Je le sens là, toutes ces émotions, toutes ces douleurs m'ont épuisé, et je ne sais si la hbcrté même pourrait me rappeler à la vie. Bientôt l'usurier aura complété son œuvre; bientôt je ne serai plus.

LES DEUX JEUNES GENS, ense^nbU .[Moïi père !

RENÉ. Ah ! le ciel sans doute exaucera nos prières, et non pas vos aiïreux pressentiments. Mais, écoutez-moi, Élisa, car à l'instant de vous dire adieu, moi, votre ami dévoué, il faut bien qu'ainsi que votre père je fasse abnégation de moi-même, que je songe seulement à votre avenir, et qu'avec lui... [il montre Maurice) je prévoie même la plus grande de toutes les infortunes. Élisa , il faut perdre à jamais le souvenir de notre amour, de cet amour qui n'a fait que vous coûter, à vous, monsieur Mam'ice, à vous, malhourensc fille , des sacrifices et des chagrins, de cet amour qui ne peut vous défendre, vous sauver l'un et l'autre! Élisa, oubliez-moi !

ÉLISA. Ah ! jamais ! jamais!

RENÉ. Il le faut, Elisa, il le faut. (.1 Maurice.) Mon père, il y a quelqu'un peut-être qui vous arrachera de cette prison.

ÉLISA. Quelqu'un !

MAURICE. Que veux-tu dire?

RENÉ. Oh! c'est le cœur brisé que je vous parle; mais qu'iinportent mes douleurs à moi? qu'importe ma vie ?

MAURICE. Enfin, parle donc!

ÉLISA. Oui, parlez, je vous en conjure.

RENÉ. Elisa , ce jeune honmie qui a demandé votre main, il v a six mois.

ÉLISA. Lui !

RENÉ. Songez qu'il rendrait peut-être la liberté à votre père. Vous, mon ami, songez que même après vous, et f|uand je ne serais plus là, quand mon destin m'aurait entraîné

loin de vous , loin de la France , il pourrait servir d'appui à votre fille , la dérober aux persécutions, à l'amour insolent de Desvarennes. Oh ! lui seul... lui seul aura ce pouvoir; et s'il est vrai, monsieur Maurice, que vous redoutiez de mourir, c'est un devoir pour moi de vous donner ce conseil, un devoir plus grand encore pour vous de le suivre, de vous adresser à lui à l'instant, à l'instant même.

MAURICE et ÉLISA, ensemble. A lui!

RENÉ. De lui écrire... hélas! quelques lignes bien opposées à celles que vous lui écriviez il y a six mois.... et qui me rendaient alors si heureux, si fier; mais les temps so!il changés, et lui seul, M. Lionel, ne se sera pas trompé sur l'attachement (pii devait nous unir, Elisa! je m'en souviens, il m'a nonmié votre frèie, et je crois être digne de ce nom en lui confiant à lui ce qui est au-dessus de mon pouvoir, le soin de défendre, de protéger ma sœur.

MAURICE. Oui, tu as raison , mon ami... mon fils, tes conseils, je les suivrai, en pleurant comme toi, en regrettant pour tous les deux tout ce bonheur que j'avais rêvé, et qu'il a plu au ciel de détruire; mais, Elisa, c'est mon dernier vœu , ma dernière espérance.

Il s'assied et écrit.

ÈLlSA, pleurant dans les bras de René, qui la soutient. 0 mon Dieu! tu ne voudras pas mettre le comble à tant d'infortunes... Non , tu ne voudras pas que je perde le même jour tout ce que j'aime au monde. ■

Maurice écrit toujours'; les doux jeunes gens, désespérés l'un etl'auire, forment un groupe dans un autre coiii de la chambre à gauclie. Ici rentrent dans la clianibnvoisine, Lionel c-t Uossignol.

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