SCÈNE II
LIONEL* seul.
La signature! le contrat!... II le faut! Elisa!... Elle est ici... depuis trois jours, placée sous la sauvegarde de mon honneur, de ma loyauté; je la vois sans cesse plus belle, plus touchante encore de sa douleur; mais je la vois tremblante devant nîoi, sans doute parce qu'elle a toujours présente à la mémoire la visite cjue j'ai faite autrefois à sa famille, parce qu'elle est frappée d'épouvante à la pensée d'être ma femme... Ma femme! et je
l'ai faite orpheline ! son père est mort en prison, abandonné de tous; et je repoussais le cri de ma conscience, et j'osais me dire que ma conduite était juste, que je n'avais faitde mal à personne!... Ah ! lui seul, lui seul avait raison, ce misérable Dominique, lorsqu'il me comparait à iui!... Voleur!... oui, pourquoi repousser encore ce nom comme une injure! ce nom... je l'ai mérité! Yoleur!... L'opulence dont je suis entouré, le luxe de cette demeure, et le bien mêuîc qliej'ai fait, cette fabrique que j'ai créée, ces ouvriers qui vivent ici de leur travail et qui m'appellent leur bienfaiteur, ce sont autimt de témoins qui m'accusent, autant de preuves vivantes de mon crime... Et quand je parviendrais h les fiijr, il y a près de moi une jeune fille qui pleure, il y a là surtout, toujours, toujours là, une image terrible, celle d'un malheureux vieillard expirant dans les bras de sa fille, et lui ordonnant à son dernier soupir de m'obéir et de me respecter.. . Ah! n'est-ce pas m'ordonner à moi de tomber à ses genoux et de lui dire : Je suis... oui, je suis l'assassin de ton père!... Remettons-nous. L'heure approche !... Du courage encore, mon Dieu ! jusqu'à la fin donne-moi du courage! car ce n'est pas le jour des regrets et du désespoir. .. c'est celui de la réparation.
Entre Dominique.
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