‹ [Magasin théâtralChapitre 217 sur 1545 · BAGNOLET, DIDIER · texte numérisé non relu

BAGNOLET, DIDIER

BAGNOLET. Ah ! excusez, monsieur, je ne vous voyais pas.

DIDIER. Eh mais, c'est Bagnolet.

BAGNOLET. Mou nom... mais pardon, pardon... je n'ai pas le temps de...

DIDIER. Tu n'as pas le temps de serrer la main à une ancienne connaissance, à un coiicitoyen?

BAGNOLET. Un concitoycu !... ah! vous êtes de Tours... Monsieur, je vous salue bien ; mais, je suis très-pressé... il faut que je rattrape...

DIDIER , le remettant. Ah ça , mais regarde-moi donc ! tu ne nie reconnais p-as ?

BAGNOLET, le regardant. Attendez... si fait... je n'ai pas la berlue... ah ! mon Dieu! est-ce possible... tn serais... vous êies ..

DIDIER. Charles Didier!

BAGNOLET. Cliarles Didier ! qu'on appelait le petit Chariot ?

DIDIER. Avec qui, dans ton enfance, tu allais...

BAGNOLET. A l'école... Oui, et qui me défendait toujours contre les grands... ({ui se battait à ma place... Ah ! Dieu ! m'en avezvous épargné des taloches... aussi, entre nous, c'est à la vie , à la mort , et si je puis vous être bon à quelque chose!... Avez vous vu l'obélisque?...

DIDIER. Pour le moment, j'ai plutôt besoin de repos ; car depuis que nous ne nous sommes vus , j'ai fait de grands voyages.

BAGNOLET. Ah ! bah ! des grands voyages ..

DiDiEn. Et j'arrive des ludcs, où mou pauvre père vient de mourir.

BAGNOLET. Votre vieux père. . . mais vous, qu'est-ce que vous avez été faire par là?

DIDIER. J'avais quitté la France... je m'étais engagé dans la marine , non par vocation, mais par amour.

BAGNOLET. Par amour !

DIDIER. Pour une jeune fdie qui me semblait si belle, si pure et si bonne, que je n'osais lui parler de ma tendresse ; je me trouvais indigne d'elle... et voilà pourquoi j'ai voulu me faire un nom. Je partis, emportant au fond de mon cœur , avec le souvenir do Louise , assez de force pour braver tous les dangers, pour surmonter tous les obstacles !. .. Courage, me disais-je souvent, un jour viendra où je la reverrai, où je pourrai lui dire... cette fortune que je possède , c'est pour la mettre à vos pieds que je l'ai acquise; ce nom qu'on entoured'uM pcud'cstirneet, dcrespect, c'était pour qu'il tut digue de vous que j'ai vouhi renrio!>lir.

HAGNOLET. Jc vou\ Comprends!... c'est comiiio ça que j'aime Arîhémise.

DiDiiiR. Jerevinsenfin aprèsunelongueab- Sfnce. .. j'avais amassé plus de fortune que je n'en avais désiré , et je m'étais distingué dans quelques expéditions; juge de ma joie, de mon bonlieur ! j'allais enfin revoir mon pays, me retrouver auprès de la seule femme qui jamais eût fait battre mon cœur!... hélas! c'était up.e i hn'um qui devait bientôt s'évanouir... j'apprends, en débarquant, qu'un ;iutrc , en mon absence, s'était introduit auprès de cette jeune fi'.lo ; que , profitant de quelques avantages pcrbonnels, et à l'aide de promesses mensongères , il s'était emparé de celte âme innocenie et crédule. Oui, elle, cet ange de pureté à qui, moi , jc n'osais penser ([u'avec respect , avec admiration , à qui je voulais un jour offrir ma fortune et mon nom... elle était flétrie, déshonorée, elle était la maîtresse d'un autre.

BAGNOLET. Ah ! grand Dieu ! et cet autre, vous êtes allé le trouver?... vous vous êtes vengé ?

DIDIER. Vengé!... moi!... [Â part.) O mon frère ! mon frère ! (Haut.) Je ne le pouvais pas... je ne pouvais pas me venger de lui.

LAGNOLET. Vous ne Ic pouviez pas? et pourquoi donc? Cristi!... ça n'est pas par le courage que je brille... quoique ancien

lion , je n'ai pas le naturel de cet animal

mais si on m'en avait fait autant, je... et cette femme, vous ne l'avez pas revue?

DIDIER. Non, ils étaient partis, partis ensemble.

BAGNOLET. Ah ! bon , j^ vous pénètre , vous venez les chercher.

DIDIER. Non... d'autres affaires, des affaires de famille m'appellent à Paris.

BAGNOLET. Ah! j'cntcnds... c'est juste; au fait, vous venez retrouver votre frère...

DIDIER. Mon frère!... Paul a recueilli sa part de notre héritage, il doit être heureux... je ne le verrai pas.

BAGNOLET. Comment?...

DIDIER, à part. Oh ! non , pas encore!...

BAGNOLET. Ilcureux , luï ? :(nais pas du

tout.

DIDIER. Que veux-tu dire?...

BAGNOLET. Qu'à son arrivée à Paris, monsieur Paul , votre frère , allait dans le inonde... il voulait briller... trop briller,

DIJ.MER. Ensuite...

BAGNOLET. Si bien qu'au bout de queli\\\e temps, il s'est trouvé sans le sou.. . alors, il s'est lancé dans ce qu'on appelle h Paris la Ijauic mauvaise société.

DiDii.B. 'in me fais frémir!

BAoNOLi.r. Mais, pour \ivro longU.nips

dans ce mondo-là, il faut ou beaucoup d'argent... ou beaucoup d'adresse... et...

DIDIER. Kt Paul, qui était pauvre, ne s'y est pas maintenu, lui, parce qu'il n'a pas rejeté tout sentiment de probité, parce qu'il est homme d'iionneur, n'est-ce pas?... et maintenant, il est en proie au besoin , à la souffrance, à la misère... [Apart.) Mais elle, mon Dieu , Louise , que sera-t-elle devenue?... [Uaut.) Oh ! je veux le retrouver, je veux le revoir!... tu dois connaître sa demeure, tu me conduiras...

BAGNOLET. Sa demeure?... ça n'est pas facile; n'importe, je soupçonne... dès ce soir! nous nous mettrons en campagne. :

DIDIER. Où demeures-tu?

BAGNOLET. Planclie-Mibrav street , numéro neuf, au cinquième au-dessus de deux entresols... il y a une patte de lièvre à la porte !

DIDIER. Il suffit !

UN FACTEUR . entrant. Monsieur Didier !

DIDIER. Eh bien?

LE FACTEUR. Monsieur , vos effets sont chargés; le fiacre vous attend.

DIDIER. Merci... {À part.) Qu'ai-je appris, grand Dieu?... Paul!... non, malgré ses fautes... je ne puis... je ne veux pas l'abandonner... [Haut.) Bagnolet, tu le souviendras de ta promesse, n'est-ce pas?... j'irai te prendre... tu me conduiras vers mon frère. . . et si en échange de ce service , tu as besoin de moi, tu n'auras qu'un mot à dire... et ma reconnaissance... A ce soir, donc, Bagnolet, à ce soir.

BAGNOLET. A CC SOir !

Didier sort.

ftAWV%\'W\VW'WV\WWWAAVVV\Wt'\\\WWWWiWWWVVV\W*^*.^

Page 1