‹ [Magasin théâtralChapitre 252 sur 1545 · MONTORGUEIL, LOUISE · texte numérisé non relu

MONTORGUEIL, LOUISE

LOUISE. Enfin , j'ai pu m'échapper... Ce bruit, cette gaieté me faisaient mal. Mais que peut me vouloir cet homme?... il s'agit de Paul, m'a-t-il dit?

MONTORGUEIL. Pardon, madame; je viens auprès de vous de la part d'un ami commun, de Cl)arles Didier.

LOUISE. Charles! lui serait-il arrivé quelque malheur?

MONTORGUEIL. Rassurez-vous , madame, vous n'avez rien à craindre , pour lui du moins.

LOUISE. Mais pour qui donc alors?

MONTORGUEIL. Pour notre pauvre Paul.

LOUISE. Grand Dieu !

MONTORGUEIL. Il est obligé de se cacher, de quitter Paris.

LOUISE. Se cacher!

MONTORGUEIL. Oui, madame; poursuivi pour une. somme très-considérable... Vainement pour le sauver nous avons épuisé toutes nos ressources, son frère et moi; nous n'avons pu ravoir qu'une partie des acceptations qu il a follcnit.ni souscrites; et tenez, en voici une... une seule, an profil d'un M. Digonard, qui s'élève à 200,000 friics. Voyez...

LOUISE. Oui, c'est vrai, c'est bien vrai!

MONTORGUEIL. Il faut donc ([u'il parte au plus tôt, sa fuite est ronvcnne, assurée. . . Vous, madame, (.liarles désire qu'au pins vite vous montiezen voiture pour vous rendre à Tours; c'est là, c'est au pays, que Paul doit vous rejoindre.

LOUISE. Partir sans lui ! oh! jamais! jamais!

MONTORGUEIL. Que dites-vous?

LOUISE. Je dis, monsieur, que s'il court des dangors, mon devoir est d'être près de lui; que je ne dois, que je neveux m'éloigner qu'avec l'aul.

MONTORGUEIL. Mais .si c'était impossible... si pour sa sûreté il était nécessaire qu'il partît seul?

LOUISE. Pardonnez-moi, monsieur, mais j'ai tant souffert que mon cœur a désappris la confiance, et je ne \ois plus autour de moi que pièges et que trahison. .. .Fe sais d'ailleurs qu'on a voulu m'enlever Paul pour toujours je sais qu'on a voulu le marier à une autre... et aujourd'hui, si l'on ne cherchait à m'éloigner que pour accomplir ce mariage...

MONTORGUEIL. QuC ditCS-VOUS?

LOUISE. Que je suis injuste , queje suis folle, peut-être, mais que je ne partirai que bien certaine qu'il ne peut en épouser une autre.

MONTORGUEIL. Ah!... pour cela que ferezvous, madame?...

LOUISE. Je verrai cette demoiselle Desrosiers.

MONTORGUEIL, bas. Diable!

LOUISE. Je lui dirai les liens qui m'unissent à Paul... ses serments,., mon amour... to\ite ma vie et la sienne... et quand elle saura tout, alors je partirai tranquille, alors j'irai l'attendre.

MONTORGUEIL, à part. Allous... c'est elle qui l'aura voulu ! {Haut.) Vos soupçons sont légitimes , madame ; eh bien , faites mieux, voyez-le vous-nièuïe.

LOUISE. Paul! oh! oui, oui; je vous remercie, monsieur; que je le voie, que je lui parle... et après j'aurai de la résignation, du courage.

MONTORGUEIL. Vous le verrcz.

LOUISE. Mais où donc?

MONTORGUEIL. Près d'ici, où il se cache, de peur d'êire arrêté... où je dois aller ce soir le prendre avec une voiture, à l'entrée des carrières Montmartre, au bout du village d'Orsel, dans la maison du gardien de jour...

LOUISE. Et vous êtes sûr queje l'y trouverai?

MONTORGUEIL. Lui , OU un homme qui vous conduira près de Paul... un homme auquel pour vous faire connaître, car la prudence est nécessaire, vous (Urez une phrase mystérieuse dont nous sonnnes convenus: J'ai vu mourir Marie lluberil

LOUISE, avec étonne ment. J'ai vu mourir... Marif Hubert! Ociell... mais pourquoi ces terribles paroles?

MONTORGUEIL. Avez-vous peur de les prononcer?

LOUISE. Peur! non. C'est Paul qui les a choisies, n'est-ce pas?

MONTORGUEIL. Lui-même!

LOUISE. Alors je n'hésite plus... Le trouverai-je maintenant?

MONTORGUEIL. Oui...

On entend les rires de la noce.

LOUISE. Adieu, monsieur.

Elle va pour «ortir.

LES BOHÉMIENS DE PARIS

3ÎS

MONTORGUEIL. Arrêtez!.. Un mot encore...

c'est le seul moyen de vous décider à partir?

LOUISE. Oh ! le seul !

MONTORGUEIL, avec résolutioti. Adieu donc, madame...

LOUISE. Adieu î...

Elle sort, et toute la noce entre gaiement en scène.

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