SCÈNE VI
MONTORGUIEL, PAUL.
MONTORGUEIL. C'est ici , nous sommes arrivés.
PAUL. Et c'est ici, alors, que vous allez me rendre mon frère.
MONTOHGUEIL. Tou frère!... ton frère!
p.\i;r,. Souvenez-vous que je ne vous ai sui\i (pie parce que vous m'avez juré de me dire nù il est.
MO.NTOrtGUEiL. Et si je ne le savais pas!
rAfii,. Pourrpioi m'auriez-vous amené ici? Que vit-ndrions- nous faire dans celle maison î
MONTORGUEIL. Cette maison appartient à Desrosiers.
PAUL. Encore ce nom ! encore vos projets de fortune , de mari;*ge cl df trahison ! Mais vous savez bi<-n que je n'en veux plus, moi! et ne voyez-V(»u.s pas que je n'ai plus qu'une seule pensée, (pTiin seul désir... retrouver Charles... (Charles, ipii venait à moi pour me len. ire la main ? Chiulos, qui m'a rendue "Uonneur, a moi-même? Charles
LES BOHÈMlLiNS DE PARIS.
enûn dont la présence a déjoué lous vos plans. .. et que vous seul avez fait disparaître.
MONTORGUEIL. Il y a du vrai dans ce que tu dis là .
PAUL. Ah ! vous en convenez ; vous savez oi'i il est, vous allez me le dire , me le dire à l'instant.
MONTORGUEIL. A l'instant , non ; mais dès que nous serons entrés là , dès que tu auras signé le contrat , dès que la dot sera dans nos mains .. Acceptes-tu?
PAUL. Je refuse 1
MONTORGUEIL. Alors , je refuse de t'apprendre où est Charles.
PAUL. Et tu penses que je n'irai pas tout dire, tout dévoiler...
MONTORGUEIL. A la justice, n'est-ce pas?... Prends garde , ce mot-là porte malheur dans ta famille , et puis(iue je t'ai tout révélé, c'est que tu ne peux plus me quitter; etd'aïUeurs, quand tu m'éih^ipperais... quand je te laisserais parler... qui dénoncerais-tu? Moi! Mais lu ne me connais seuletneiil pas. Montorgiieil, dirais -tu aux magistrats... Moutorgueil, c'est un nom d'emprunt...
Tu donneras mon signalement... mais tu aurais à peine fait eut pas loin de moi que Moutorgueil n'existerait plus... C'était hier un brillant habitué du boulevard Italien, ce sera demain un pauvre diable perdu dans la foule, couvert de haillons, qui aura repris une des vingt professions qu'il exerçait jadis, qui s'appellera de l'un de.s vingt noms qu'il a di''jà portés , et , pendant ce temps, tu chercheras ton frère, tu chercheras cette maison où je le liens enfermé seul et sans secours.. . et si le hasard te le fait découvrir au bout d'un mois peut-être , tu ne trouveras qu'un cadavre... A présent, je t'ai tout dit... Acceptes- tu ce mariage, ou veux-tu me dénoncer?. . . Parle , choisis. . . tu es libre.
PAUL. Oh! infamie!... infamie!... Mais, s'il en est ainsi , chatjue instant (\m s'écuule est un nouveau supplice pourlui. Mon Dieu! il est donc vrai que je suis déshonoré , perdu sans ressource, ou que mon frère est mort! Charles 1 il faut bien que je t'arrache des mains de ce misérable!... [Haut.) Entrons!
MONTORGUEIL. Allons donc !
PAUL, à part. iMais dès que je t'aurai sauvé , je me tuerai , oui , je me tuerai , pour sauver aussi mon honneur!
MONTORGUEIL. VicDS donc , Ic contrat est prêt.
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Les Mêmes, CREVECQEUR, puis DESROSIERS.
CRÈVECŒUR. Le contrat est prêt, et vous ne le signerez pas.
MONTORGUEIL. Qu'ai-jCVU?
PAUL. Lui!
CRÈVECŒUR. Nous avons plus d'un compte à régler ensemnle , mais à plus tard le reste... Aujourd'hui ce mariage d'abord... ce mariage qui ne se fera pas.
MONTORGUEIL. El qui l'empêchera?
CRÈVECŒUR. Moi , et cela ne sera pas long!... {Allant à la porte.) Venez, venez, monsieur Uesrosiers.
DESROSIERS , entrant. Moutorgueil et Didier !
CRÈVECŒUR. Oui, ce sont eux... votre futur gendre et son digue ami ; l'un , qui a séduit et déshonoré une jeune lille...
PAUL. Que dit-il?
CRÈVECOEUR. L'autre , qui a tenté de me tuer, moi que vous avez recueilli.
DESROSIERS. Vous tuer?. .. Parlez, parlez, messieurs, je l'exige.
MONTORGUEIL. Si Cet homme est le même qui s'abrutissait naguère à force d'eau-devie... s il s'appelle Crèvecœur enfin; oui, c'est vrai, c'est moi qui l'ai blessé, car il s'est jeté sur moi comme un furieux , le couteau à la main , sans même me donner le choix, comme font ses semblables, sans me crier avant : La bourse ou la vie !
CRÈVECŒUR. Misérable!... mais ne craignez rien. .. je saurai me calmer pour le confondre... Oui, j'ai voulu sa mort parce que, profitant de mon état d'abrutissement , il a voulu se servir de mcn bras pour assassiner un pauvre enfant... ma Louise... ma ûlie , enûn !
PAUL. Sa fille I...
CRÈVECŒUR. Oui, la fille de Jérôme Hubert 1
PAUL. Jérôme Hubert!
MONTORGUEIL, bas. Songe à ton Irère !
DESROSIERS. Eh bien 1 que répondez-vous, monsieur? un pareil crime, une semblable accusbMon... encore une fois, que répondez-vousî...
MAGASIN TIIT ATRAL.
MONTOnr.UETL. A lui. rion.. . mnis l\ vous, monsieur, jo dirai (JUP vous èits promiJi à vous l;iis«T roiixiiiiK r«' pai li' |MCMii«'r inciidi.iil oti le premier voleur: (pie vous êli's pronipl à condamner vos amis!... Savcz-vous bien ce que < 'est que cet lionime (pu m'accuse... cet lioujmea fait \ingl ans de bajoue!
CRÈVECOELR. Oui; maisil sait bien, l'infâme, que ce crime , pour lequel j'ai été condamné, n'était pas le mien... ci niainienaul, j'.ii les preuves de nïon iniiocence... les prfuves qui accusent et condamnenlie vrai coupable, François llenaud.
MO.NTORCUEIL, has. François Renaud!...
(Uaiit) v()usavez\os preuves, n'esl-cepa.s?... Eh bien! failrs ariCicr, juger et condamner ce François Renaud, lii>re à \ous; mais c'est an procureur da roi, seul, qu'il faut vous adiesser.
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