ACTE PREMIER
Un site pillorcsfjne aux portes <le Madrid. Au fond, l.i campagne ; a gauche du spectateur, une «îrillc et ilfs aclires: 'i la uiillf, une porte au-dessus de laquelle est écrit : IIÔTEI.I.EBIE. A droite , une maisonnette; des entrées sur tons li-s plans derrière la grille et la maisonnette. Sur le premier plaw, auprésde la maisonnette, un l).iiic. Ça il la des arlires.
SCKNE PUEMIKRE GAÉTAN, L'HOTKLIER.
.An lever du rideau, Gaétan Linaiës, le visage couvert d'un large cliapeau et enveloppe d'un manteau, entre en siènc par l'avenue du foM<l à gauche, et, après avoir • x.ioniii- les lien» , va si'iinir a !.i i;i ille <li' gaiiclie; 1" hô-
telier sort immédiatement de sa niaisnii , ouvre la srille et se présente devant Gaétan.
l'hôtelier.
Qu'y a-t-il pour voire service, scûor cavalier?
r.AÉTA>.
Tii Ci le iiiHilre tJf cetlc posatl;' '
MAC..ASI> TIIKAI I;ai.
i.'hotklikk. Oui, senor.
GAÉTAN
Vingt ducats, si tu rnc l.i cèdes, a moi seul, toute entière pour le rcsie «lu jour.
i.'hotemkr.
Impossible, In place est prise.
GAÉTAN
Une chambre au moins... lesvin-;! ducats pour une chambre... la plus petite, la plus retirée de loii liôrelierie.
l'uotkliek.
Vous joueï de malheur en vérité... tout a été iiicnu (lar son excellence le ji-une duc d'Alculiia, (]iii va venir avec sesamis.
GAÉTAN , a part.
Et dans une lienn.-... Damnation !.. .
i I Sf |iriinién(' iiçilc'.
l'hôtelier.
Désolé de ne pouvoir vous être apréable... {A lui-même.) Le senor cavalier a un rendez-vous d'amour, c'est sûr.
Il rentre cl ferme la yrille
GAETAN, ilnntlf'.
Tu refusps?
SCRNE II GAÉTAN, puis MANUEL.
GAKTAIf, seul.
Que faire? {Apercevant la cabane.) Ah!... (// va frapper.) Celui qui habite celte cabane doit être pauvre, et avec de l'or...
Il Irappe <lr nouveau, la purle s'ouvre, Manuel paiair.
MANUEL, entrant.
Que voulez-vous de moi, senor?
GAÉTAN
Celte maison est a toi?
MANUEL
J'y suis né
GAÉTAN
l'pux-lu et veui-tu me l'abandonner pour deui heures?
MANUEL, le regardant.
iMais...
GAÉTAN
Pour deux heures seulement?
MANUEL
Cela vous rendra donc service?
GAÉTAN
[;n bien grand !
MANUEL
Aliirs. volontiers... Justement j'ai alTaire à ^litdiid, et je ne reviendrai que lard dans la soif'f. l'.u mon absence, vous pourrez disposer de '• a pauvre demeure comme si vous en étiez le inallre.
GAÉTAN
•Merci 1 {Il lui tend une bourte.) Tiens, prends.
MANUEL
De l'or ? non pus.
MANUEL
Oui, senor. Aqnoibon tin salaire poursipcuî... Le service que vous me demandez, je suis heureux de vous le rendre !
GAÉTAN
Va moi je serais heureux de le récompenser... El je ne comprends pas...
MANUEL
Mon refus vous élonne, parce que je ne suis, comme j'en ai l'air, qu'un pauvre homme du peuple. . Mais, vpyez vous... je n'y ai pas ^rand mérite; je peux sans crainte livrer ma demeure au premier passant, je suis bien sûr (|u'uii voleur ne viendra pas risquer la corde pour une au^si misérable prise... tout ce qui est là-dedans ne vaut |ias vingt réaux .. Et puis il y a des jours où je me sens prêt a obliger tout le monde, et aujourd'hui e.<t un de ces jours-la ; car aujourd'hui je vais voir, je vais embrasser ma fille, ma Paquita, qui demeure a la ville, chez une grande dame qui l'a recueillie lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant... Si vous êtes père, senor, vous devez me comprendre.
GAÉTAN
Père?... non.
MANUEL
Je vous plains, car c'est le plus grand bonheur que le ciel [luisse nous donner sur la terre. GAÉTAN, avec ironie.
Le bonheur! Tu y crois donc, toi?
MANUEL
Oui, quand j'embrasse mon enfant, quand, «es bras passés autour de mon cou, elle me caresse et me sourit... oui. alors j'oublie les longues heures otj j'ai été séparé d'elle, j'oublie mes rudes journées <lc travail, ma misère; je suis heureux, bien heureux!
GAÉTAN
Tu as un bon et noble cœur.
MANUEL
Je suis père, seiïor, voilà tout .. Si je perdais ma fille, je serais peut-être méchant et iruel... Mais pardon, tout cela ne doit guère vous intéresser... Je vais partir, je ne vous demande que quelques instans. ..
GAÉTAN
Fais. Il faut moi même que je m'éloigne. MANUEL, xe ravifianl.
Ahl... Si je n'étais plus ici quand vous reviendrez... (1/ lui tiinntre un trou dans (a muraitie'. viiici ou je mettrai la clef.
GAKfAN.
Je m'en souviendrai... Adieu, mon hôte! et à défaut de cet or que lu refuses... (// lui tend la main.) Merci, encore une fois merci !
Manuel rentre ilans 54 maison ; hiuil île voi» à ilruile. Gaétan ralial >un cliapeau sur ses yeux, s'enveloitpc de MMi manteau il s'eloi|^ne \>»r le fontl.