GAÉTAN , PAULA
PACLA.
Enfin!... {Otant son masque.) Nous sommes «euls, monsieur... Me voici à ce render-vous que vous m'avez impose... que voulez-vous de moi? parlez.
GAÉTA>.
Quelques pas encore. sefior;i... il y aurait péril pour tous deux à être découverts... vous, par votre mari, moi, par les limiers de l'inquisition, auxquels je suis signalé et qui ."^oiit à ma poursuite... Pour vous, comme pour moi, ce n'est donc pas ici que je puis et dois vous parler. {It se dirhje vers la cabane de Mmuel.) Veuillez donc me suivre dans cette cabane dont j* suis le spul in'iître pendant deux heures.
PAULA
Je n'entrerai j)as, monsieur... jesuis venue jusqu'ici, c'cit beaucoup, c'est déjà trop... je n'irai pas plus loin.
GAÉTAN, lui prenant le bras.
Mais cependant, seûora...
PAULA , se dégageant.
Oh! n'essayez pas de m'y contraindre par la force... je vous l'ai dit, j'y suis résolue, je n'irai pas plus loin.
OAÉTAN.
Puisque telle est votre volonté, soit... restons.
PADLA.
Hâtez-vous î... que signifie ce terrible message que j'ai reçu ce matin, et dont les termes sont restés gravés dans ma mémoire : « Un homme tient en ses mains l'honneur de votre mari, le vôtre, celui de votre enfant... Si vous ne vous trouvez pas ce soir, au coucher du soleil, hors des murs de Madrid, du côté de la porte d'Alcantara... si vous montrez cette lettre à votre mari, les mesures de cet homme sont bien prises... demain, le nom que vous portez sera flétri ! »
GAÉTAN
Il l'eût fait, senora !
PADLA, épouvantée.
Mais qui donc étes-vous ?
GAÉTAN, lentement.
Vous souvenez-vous, senora, de Gaétan Linarès ?
PACLA.
Don Gaétan !... oui... un intime ami de mon mari... autrefois...
GAÉTAN, avec amertume.
Son ami !... et c'est pour cela sans doute qu'il trahit lAchementsa confiance, qu'il lui enleva le seul bonheur rêvé par lui sur la terre, une jeune fiilc adorée !... son ami!. .. et introduit par Gaétan dans In maisDn du pèri«. dt* celle qu'il .iJiii.iil, dont il avait l'espoir de liiiic lu romp.ifriic de toute sa vie, il ne s'est STvi de cette iircuvc d'a-
mitié que pour devenir traître et infâme; car, moins d'un an après, Gaétan apprenait que cette jeune fille était la femme de Lope del Rida'
PADLA.
Monsieur...
GAÉTAN
Oui! V. et celte jeune fille, c'était vous, senora
.PAVLA.
Mais il avait disparu... et depuis ce temps on n'a plus entendu parler de lui.
GAÉTAN
Oh ! sans doute, Gaétan n'était pas là... S'il eût été présent, il eût, l'épée en main, demandé compte au ravisseur de sa félicité volée, de sa confiance trahie; car en partant, il lui avait dit : « Si je reviens, jen'épouserai jamais qu'elle.-) Eh bien ! senora, Gaétan Linarès, en butte, pour quelques paroles imprudentes, aux fureurs de l'inquisition, Gaétan, condamné, déporté, qui a subi pendant dix-sept années les tortures de l'exil, Gaétan a brisé ses chaînes ; au iiéril de £a vie, il est revenu en Espagne, il est à Madrid i
PADLA.
Grand Dieu!
GAÉTAN
Durant dix-sept ans, il n'a eu qu'une pensée, la haine!., qu'un désir, la vengeance !... et il revient pour se venger!
PADLA.
Ciell les jours de mon époux menacés!
GAÉTAN
Oh ! mieux que cela ! mieux que cela !.. Gaétan n'en veut plus à sa vie, mais à son honneur... le message de ce matin vous l'a dit
PADLA.
Mais comment?... c'est impossible!... vous m'avez tendu un piège... L'honneur de mon mari est trop haut placé pour que la haine puisse l'atteindre!
GAÉTAN
Son honneur!... ils'en estdépouillélui-méme!... son honneur!... je vous dis cju'il est entre les mains de Gaétan Linarès... son honneur l... mais Gaétan n'a qu'à dire un mot, et l'on ne croira plus a l'honneur d'un homme qui a commis un faux 1
PADLA.
Un faux, dites-vous T. .. ah! vous mentez!
GAÉTAN
Non pas, seîîora, non pas!... une lettre de change faite par lui, signée par la même main du nom de Lope dol Rida et de celui de Gaétan Linarès... et celte main est bien celle de votre
mari I
PADLA, avec effroi.
Il se pourrait!... mais non, non... je vous le répète, vous mentez!... cette lettre de change, clic n'existe pas.. Don Gaétan, il n'est plus! CAKiAK, lui prr.l'i,iailt un papit?.
(>l(e li'tire de chan}:c, In voici! {Se déma$~ fjunni. ) Don Gaétan est devant vous!
PAUl.A.
PACLA, rfciilnnt.
Don Gaétan!... oui... ces traits... Oli ! serait-il donc vrai?... mon Dieu! serait-il donc vrai?
GAÉTAN
Oui... et c'est pour de l'argent qu'il a commis ce mensonge écrit, plus honieux que le mensonge de la parole... pour une somme de cinq cents ducats qu'il avait perdus au jeu, alors que nous étions en Tlandre, compagnons d'armes; moi riche, lui presque pauvre... bien jeunes tous deux... cette somme, je la payai sans qu'il en ait jamais rien su; je continuai même à le traiter en ami, en frère, parce que je me dis que ce n'était que l'erreur d'un moment, et je m'efforçai d'oublier qu'un jour mon ami. avait cessé de mériter mon estime... mais il a pris soin de me le rappeler !
PACLA.
Pitié! pitié!
GAÉTAN
A-t-il eu pitié de moi, lui?.,. Ohl que ma haine lui est bien acquise!
PAULA , suppliant.
Mais cette haine, i'étendrez-vous jusque sur moi, sur ma fille, une pauvre créature ionocente qui ne vous a point offensé, elle?... [S'écriant toui-à-conp.) Mais que voulez-vous donc, monsieur? que voulez-vous donc?
GAÉTAN , avec force.
Ce que je veuxî... vous reprendre à lui, qui vous a prise à moi!
PAULÂ.
Qu'entends-jeî
GAÉTAN
Écoutez-moi, senora... parla révélation que je viens de vous faire, j'ai tué dans votre cœur l'estime que vous aviez pour Lope... j'ai renversé l'autel que vous lui aviez élevé... l'affection ne peut tarder à s'évanouir comme l'estime... et un jour, qui n'est pas loin peut-être, vous comprendrez que cet amour, vous ne le devez plus à celui qui en est indigne, mais à l'homme que vous avez sacrifié, et qui a tant souffert !
PAULA, avec horreur.
Oh! jamais!... jamais!
GAÉTAN
Obligé de fuir et de me cacher quelque temps encore, le crédit d'amis puissans que j'ai retrouvés à isladrid me donne la certitude d'obtenir ma f,'ràce... et quand je serai de retour, senora, il fjiudra, lorsque je le voudrai, que je puisse vous revoir!... il faut que vous me promettiez de revenir lorsque je vous appellerai!
PAULA
Jamais je ne promettrai... Mais vous, qui me menacez, prenez-y garde!... songez que d'un mot, en appelant, je puis vous perdre I
GAÉTAN
Songez que si vous faites cela, si vous me livrez à mes ennemis, je puis, preuve en inuin, proclamer devant tous la honte de voire inari!
PACî.A.
C'est vrai, mon Dieu! c'est vrai!
GAÉTAN
Cette promesse de vous revoir, senora, je la veux, je l'exige !... et n'oubliez pas que s-'x vous révélez à voire époux ce que je vieu.s de vous dire!... s'il vient me forcer à une re.-titutiori par un combat, j'aurai placé le soin de ma venpcaiice en mains sûres, et peu d inslaus après celui où je serai lonibé sous ses coups, on saura dans Ai adrid que Lope del Rida a commis un faux!... et alors, toujours la Qélrissuie jiour son nom !... et son nom, c'est le vôtre, c'est celui de votre fille I PAULA , défaillant.
Assez, monsieur, assez... mon époux ne sera pas humilié devant moi, car je l'eslinie toujours! {Gaétan fait un signe ironique et négatif.) Vous l'avez dit vous-même, sa faute n'est que l'erreur de l'âge, d'un moment... mais si je parlais... ce serait pour lui le coup de la mort... il se tuerait !... Oh l je me tairai, j'obéirai !
GAÉTAN
C'est bien, senora.
PAULA, à part, indiquant un poignard.
Mais cette arme ne me quittera pas... et Dieu aidant, elljs sera ma sauve-garde !
GAÉTAN
Vous saurez en quel lieu et quand je vous attendrai... Adieu!
Il salue, remet sou masfjue et s'e'loigne ; au même momcat, Lope entre par la grille et aperçoit Gaétan qui ne le voit pas, et disparaît par le fond. Cris joyeux dans riiôtellerie ; vers le millieu de la scène le jour a commencé à baisser.
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